Dix ans après le remake dEvil Dead (2013) par l’Uruguayen Fede Álvarez, et avant le tout dernier bébé du cinéaste français Sébastien Vaniček, Evil Dead Burn, en salles en ce moment même, la saga chouchou du cinéaste américain Sam Raimi avait fait son retour en 2023 avec Evil Dead Rise, porté par l’Irlandais Lee Cronin derrière la caméra et le duo Sam Raimi / Bruce Campbell en tant que producteurs exécutifs. Avant la sortie d’Evil Dead Burn cette année, le réalisateur irlandais revisite la mythologie comico-horrifique de la saga de Sam Raimi, en installant cette fois l’histoire dans un décor urbain.

Cette fois-ci, Evil Dead Rise suit le personnage de Beth (Lily Sullivan) qui rend visite à sa sœur Ellie (Alyssa Sutherland) et ses trois enfants, Danny, Bridget et Kassie, dans leur appartement à Los Angeles. Le bâtiment est secoué par un tremblement de terre et les enfants finissent par trouver une pièce cachée dans le parking du sous-sol. Et ce qu’ils vont y trouver, bien évidemment, va réveiller les forces du Mal et emprisonner la famille à travers un huis-clos sanglant.

Lee Cronin avait un sacré challenge avant de se lancer dans la production de son Evil Dead Rise. Parsemée de bons films fabuleusement gores et loufoques, la saga n’a quasiment jamais fait fausse route (le dernier en date, Evil Dead Burn, est un sommet de brutalité). Même la série Ash vs. Evil Dead (2015-2018) (injustement annulée après sa saison 3), jouissive, kitsch et jouant sur la carte de la nostalgie, reprenait avec brio la mythologie de la trilogie originelle. Face à cet héritage lourd à porter, le réalisateur irlandais décide de jouer la carte de l’humilité, sans réinventer la mythologie d’origine mais en piochant par-ci, par-là dans la trilogie et le remake tout en façonnant sa propre imagerie gore et sanglante.

Copyright New Line Cinema Stars Gabrielle Echols, Nell Fisher, Lily Sullivan, Morgan Davies, Alyssa Sutherland Film Evil Dead Rise

Là où Vaniček prend le temps d’introduire ses personnages (non sans mal), Evil Dead Rise est bien plus direct et hyperactif. Une fois lancé, le rythme du long-métrage faiblit rarement et ce dernier a le mérite d’embarquer son spectateur dans un rollercoaster d’action et de violence. La bonne trouvaille du film, c’est d’avoir déplacé l’action, qui en général se situe en forêt (à part pour Army of Darkness (1992) , situé au Moyen-Âge), dans un décor urbain, à Los Angeles, et dans un immeuble à l’apparence vétuste. Après une courte période d’introduction et la mise en place de l’intrigue, qui se résume donc à une seule unité de lieu et de temps (une nuit), Lee Cronin fait évoluer ses personnages à travers un huis clos électrique et suffocant, où la marge de manœuvre pour les personnages est bien plus fine.

Le personnage d’Ellie est probablement l’un des deadites (les êtres possédés par les forces du Mal libérées par le Livre des Morts) les plus marquants de la saga, joué par une Alyssa Sutherland littéralement possédée et terrifiante à chacune de ses apparitions, notamment grâce à son langage corporel, là où le body horror de Lee Cronin se laisse aller à toutes les excentricités (la scène de la râpe à fromage reste notamment en tête). 

Copyright New Line Cinema Stars Alyssa Sutherland Film Evil Dead Rise

Evil Dead Rise aurait sans doute gagné à être plus méchant, plus sordide, plus loufoque, plus brutal encore comparé à ses prédécesseurs, au moment où il peut paraître parfois un peu “sage”. Et là où les précédents films de la saga s’appuyaient très peu sur les effets spéciaux, Rise affiche parfois son côté un peu plus artificiel. Regrettable, alors que le long-métrage affiche une mise en scène solide et par moments très inspirée, rendant hommage à la trilogie de Sam Raimi sans pour autant l’accaparer sur tous les fronts.

Malgré ses défauts, le film est plus subtil qu’il n’y paraît, avec un propos sur la grossesse de son personnage, et sur les responsabilités de la maternité, elle qui ne trouvait que peu de temps pour sa sœur et ses neveux, et qui se retrouve obligée de les protéger face à un mal innommable. Lily Sullivan campe une protagoniste à la fois vulnérable et puissante, contrainte d’agir face au danger, dans une sorte d’arc de rédemption. Reste donc un film très solide, ultra gore (notamment dans son climax) et jouissif dans la tension permanente générée par le huis clos. Un épisode réussi de plus dans la saga horrifique la plus loufoque jamais créée.