
La franchise Evil Dead au cinéma est marquée par sa trilogie. Elle débute dans les années 1980 et suit les pérégrinations d’Ash (Bruce Campbell), affrontant un mal démoniaque, invisible, prenant possession des objets et des gens dans le but de le tuer, lui et ses derniers compagnons.
Ce triptyque reste une légende du cinéma. Le premier épisode est réalisé grâce aux talents de personnes décidées a prouver au monde que l’horreur ne valait pas cher et pouvait rapporter gros. Il a aussi créé un nouveau mouvement cinématographique mettant sur un piédestal le gore. Sam Raimi puise ses inspirations visuelles chez Lovecraft et Tex Avery, se moquant des codes narratifs. En effet, les trois épisodes ne sont pas liés par une grande logique. Evil Dead (1981) est une histoire de cabane hantée dans les bois. Le deuxième est un remake avec plus de budget et le troisième un véritable cartoon médiéval. Bruce Campbell apporte sa pierre à l’édifice du non-sens en campant le même héros, Ash, de trois manières différentes. Tantôt jeune innocent, puis aventurier impulsif, il termine son combat en américain moyen. Ce sont tous ces codes qui font la saveur de la trilogie. Le cliffhanger à la fin du troisième opus avait toujours laissé une envie aux fans d’un quatrième épisode. Pourtant depuis 1992, plus rien, Sam Raimi est parti faire du gros budget, réalise de temps à autres un film d’horreur. Mais son histoire de cabane hantée dans les bois n’a plus jamais eu de suite.
Et en 2015, plutôt discrètement, comme pour un message caché, la série Ash Vs Evil Dead sort à la télévision. Les épisodes sont à durée variable. Bruce Campbell reprend le rôle d’Ash. Il n’est
plus un héros, il n’est plus un américain moyen, il est un redneck de bas étage vivant dans sa caravane, s’enivrant jour et nuit en allant voir les travailleuses du sexe dans les bars. Ash est le gardien du Nécronomicon, mais comme Frodon avec l’anneau, les années ont affaibli son mental. Un soir de déprime, pour passer le temps, il lit quelques pages, réveillant à nouveau une terreur sans nom. Dans sa quête contre les démons accompagné par deux jeunes gens. Chaque épisode est un mini-film se déroulant dans un huis clos hanté. Le gore est au rendez-vous. Attention, même si cela est sanglant, la violence est montrée de manière crue. Cela devient comique devant une telle absurdité. C’est ça la patte Evil Dead !
Le premier épisode de la saison 1 dure une heure, il est réalisé par Sam Raimi et fait le lien avec L’armée des morts (1992), reprenant là où l’histoire nous avait laissé, 20 ans plus tard. Dans ce premier épisode, on y retrouve tout le charme de la première trilogie. L’amour du maquillage pour Sam Raimi y est pour quelque chose. Des situations terrifiantes et absurdes ont lieu les unes après les autres. La mise en scène est intelligente et Bruce Campbell perce l’écran.
Si je devais émettre une critique, ce serait que la série m’ennuie au bout d’un moment. J’ai l’impression d’y voir des scènes à rallonge où les trois quarts de l’histoire ne servent qu’à nous faire attendre. À chaque épisode, une maison hantée différente, un petit cliffhanger à la fin, qui sera résolu au début du prochain épisode et une scène permettant de faire avancer un peu plus la grande intrigue liant les épisodes les uns aux autres. C’est une écriture on ne peut plus classique. Le montage, lui, ne fait pas de folie, car on est à la TV. C’est bien dommage, car les montages de Sam Raimi sont toujours fort agréables, puisant son inspiration dans le cinéma russe des années 1920. Et quand même, peu de série peuvent se vanter d’avoir emmené le gore à un tel niveau de comédie et de démonstration visuelle. Bruce Campbell est toujours aussi juste en jouant un anti-héros antipathique, alcoolique, voulant provoquer la fin du monde. Le maquillage garde toujours cette même patte en latex et le sang a le goût de la sauce tomate.

Ce premier épisode réalisé par Sam Raimi est l’Evil Dead 4 qu’attendaient les fans. Bien qu’un peu incomplet, cette histoire enchaîne sur une trentaine d’autres très sympathiques, mais exploitant le filon. Un peu comme si, le réalisateur n’avait pas eu le droit de sortir son histoire au cinéma, car de nouveaux films sont en chantier pour le grand écran. Alors, dans la discrétion, sans rien dire à personne, cet enfant terrible d’Hollywood est allé le faire pour la télé, car il nous l’avait prouvé. Il n’y a pas besoin d’un gros budget pour faire un film d’horreur, il faut juste de l’imagination.




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