Malmené par la critique, voire carrément envoyé à l’échafaud, le film de Rob Savage a pourtant des qualités intrinsèques qui font que ce n’est pas la catastrophe industrielle annoncée, même s’il n’est bien évidemment loin d’être exempt de défauts.

Vous avez dû en entendre parler ces derniers jours : après un bon démarrage au box-office américain ce week-end, Malfaisante de Rob Savage (“Other Mommy” en VO), la nouvelle production d’horreur de James Wan (Saw, Conjuring, Insidious) et Jason Blum, arrive dans les salles obscures françaises précédé d’une sale réputation. Assassiné par la critique, le film commence son aventure dans les salles françaises avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Derrière la caméra, Rob Savage (Host, The Boogeyman) transpose à l’écran un roman de Josh Malerman, où une jeune fille de sept ans d’un couple californien fait face à une entité démoniaque prenant l’apparence de sa mère (Jessica Chastain). Son but : entrer dans le cœur de la jeune fille et devenir humaine. Baptisée “Autre Maman”, cette entité démoniaque capable de déformer la réalité et de prendre l’apparence de n’importe quelle personne va tourmenter la jeune fille et les parents pour révéler des secrets bien enfouis dans la famille. Et malgré ces critiques majoritairement incendiaires, force est de constater que Malfaisante a certaines qualités, sur le fond comme sur la forme.

Tout d’abord, il convient de dire d’emblée que non, Malfaisante n’est pas un grand film, loin de là. En termes d’horreur, 2026 nous a offert d’autres films d’horreur de bien meilleure facture (Obsession, Hokum, Undertone, entre autres). Mais à la lumière des critiques assez disproportionnées, il convient également d’apporter un peu de nuance sur ce long-métrage. Dans la forme, par exemple, on peut mettre en avant la performance stressante de Jessica Chastain, pour son grand retour à l’horreur depuis Ça : Chapitre 2 en 2019, dérangeante dans son double rôle de mère / entité démoniaque.

Copyright Atomic Monster / Blumhouse Productions Stars Jay Duplass, Jessica Chastain Film Malfaisante

Certains mouvements grotesques et profondément perturbants de cette dernière rappellent par moments l’horreur et le folklore japonais, notamment les yōkai, des esprits surnaturels farceurs voire carrément malveillants. Ses transformations physiques peuvent également être comparées à des onryō, des fantômes vengeurs présents dans des classiques japonais tels que The Grudge par exemple. Dans son esthétique, Rob Savage incorpore donc énormément de la “J-horror”, pour un résultat parfois franchement dérangeant. Les expressions faciales et mimiques de Jessica Chastain, dans sa version entité démoniaque, sont glauques à souhait. Et, contrairement à ce qui était attendu, le film compte bien moins de jumpscares faciles que prévu, et encore mieux, ils sont plutôt réussis.

Dans le fond, également, Malfaisante a le mérite de proposer quelque chose de différent. La dualité mère / entité démoniaque du personnage d’Ursula renvoie aux deux visages de cette dernière, qui semble cacher quelque chose, que l’on finit par vite comprendre. Le long-métrage ne perd pas de temps à se lancer directement dans le grand bain, et instaure au bout de quelques minutes ce dysfonctionnement familial qui servira de fil conducteur au reste du film, qui propose finalement une réflexion féministe sur le fait d’être mère, le choix de l’être, et sur la pression qu’impose la société sur les femmes de l’être absolument. Ce qui amène à des répercussions sur le développement de l’enfant et la perte de son innocence.

Bien évidemment, tout cela ne sauve pas les défauts de Malfaisante, qui peut paraître par moments grotesque, presque involontairement drôle par ses situations rocambolesques (on pense à une séquence d’invocation de l’entité démoniaque). La réalisation de Rob Savage paraît plate et manque d’une véritable direction artistique autour d’une entité démoniaque si dérangeante et parcourue d’inspirations diverses, et tombe parfois dans la fainéantise. Mais si le film a donc de gros défauts, ses qualités méritent aussi d’être soulignées : Malfaisante est finalement un film d’horreur plutôt efficace, sans prétention, et c’est pourquoi les critiques paraissent démesurées.