
Le nouveau grand nom du cinéma d’épouvante moderne revient avec une nouvelle œuvre similaire à sa précédente. Il ne lui aura fallu qu’un an pour nous dévoiler sa nouvelle pépite, après le très remarqué Hérédité (2018) qui lui a permis de se révéler, en bousculant la monotonie horrifique servit par la flopée de films d’horreur plus ou moins insipides. Ari Aster est tout comme Jordan Peele, réalisateur de Get Out (2017) les nouveaux noms qui vont rimer avec qualité. Deux cinéastes à la personnalité marquée qui vont directement inscrire leurs œuvres au panthéon du cinéma d’horreur ! Cela est notamment dû à leur mise en scène intelligente, aussi minutieuse qu’inspirée bien aidée par ces acteurs et actrices qui se révèlent au sommet de leur art.
–Spoilers–
-Rien que dans le concept de tourner un film d’horreur en extérieur, en plein soleil, Midsommar intrigue par son originalité- :
Ari Aster nous plonge dans Midsommar à travers une nouvelle exposition traumatisante de son personnage principal : Dani (Florence Pugh) faisant face au deuil de sa famille. Un suicide collectif qui vient encore plus briser la psyché de la protagoniste, la fragilisant par la souffrance qu’elle vit. Hérédité traite également du deuil. Cette fois, ce ne sera pas les liens de la famille qui seront abîmés, mais ceux du couple dysfonctionnel entre Dani et Christian (Jack Reynor). Pour changer d’air, et pour se documenter sur un sujet méconnu, le groupe d’amis de Christian, accompagné par Dani, se rend en Suède, lors du solstice d’été.
Le cinéaste va avec un certain sadisme appuyer sur la blessure psychologique de Dani. Il accentue son mal-être par la perte de ses parents et sa sœur avant de brandir des suicides devant elle. Ari Aster l’engloutit dans un climat anxiogène, harcelant une victime du deuil pour la piéger dans un profond inconfort. De plus, une scène montre à quel point la relation du couple a atteint un point de non-retour, malgré le fait que Christian souhaite raviver la flamme par la métaphore de ce « gâteau d’anniversaire » qu’il peine à rallumer. La fin confirme cela dans sa manière la plus extrême.
L’arène de Midsommar se déroule dans un terrain vaste en plein milieu de la nature, oppressé par l’éclat du soleil. Ils sont accueillis par une communauté à la tunique blanche, ornée par différents symboles constituant la mythologie particulière de ce qui s’avère être une secte…

Les symboles vont contribuer à l’égnimatisme de l’œuvre. Une envie de les déchiffrer pour répondre à nos questions, sans le pouvoir, car comme le dit l’un des membres de cette secte s’adressant à Josh (William Jackson Harper) : « tu en es incapable » (en parlant du livre à l’alphabet communautaire). Les portes ainsi que les pierres portent ces dessins mystérieux. Et à côté de ça, des dessins comptant des histoires seront beaucoup plus explicites que les autres indices disséminés à l’image.
Ari Aster réutilise sa recette qui fait de lui déjà un grand réalisateur. Les jump scares ne seront pas sa priorité. Ce qui compte pour le cinéaste, c’est d’instaurer le malaise (même quand il ne s’agit pas d’horreur), l’atmosphère aussi déconcertante que désagréable, une direction et performances d’acteurs et actrices impeccables, évoluant dans une mise en scène brillante pour façonner l’un des mots d’ordre du cinéma d’Aster : le glauque pour permettre de nous impacter, en nous choquant. Ensuite, l’image est soignée. Ici, le directeur de la photographie Pawel Pogorzelski, après son travail sur Hérédité façonne une image donnant l’impression d’être pâlie par l’intensité du soleil, et par la réflexion de l’omniprésence du blanc des tuniques ainsi que par la roche calcaire. Cela contribue à styliser l’épouvante et à créer une certaine beauté paradoxale, grâce à l’horreur. Ces déguisements de fleurs, cette nature d’apparence ressourçant et ce soleil revigorant sont des éléments réconfortants qui seront en réalité des éléments horrifiques dans le paysage de Midsommar. Une manière ingénieuse de nous déstabiliser en nous plongeant dans ce fameux sentiment d’inconfort. Sans oublier ces chants folkloriques, ces onomatopée et respirations spirituelles qui seront dans le cas du film des outils horrifiques.
DROGUER JUSQU’À LE DEVENIR A NOTRE TOUR
Midsommar joue sur une mécanique intelligente : celle d’effets dus à des substances venant altérer la perception, mais aussi l’esprit (qui reste étroitement lié). En effet, dès le début, Ari Aster insiste sur un médicament : l’Ativan, permettant de réduire l’anxiété. Ce n’est pas pour rien que le réalisateur porte notre regard sur ce médicament, car c’est un moyen de nous amorcer le mécanisme d’altération, de distorsion et de déformation. Une fois arrivé en Suède, le groupe s’essaye au champignon. Une expérience qui va avoir un effet planant sur les personnages, accompagnant l’arrivée d’hallucinations. S’ensuit une distorsion de l’image, jusqu’à une déformation du visage de Dani dû à l’hallucination. Plus tard, l’arrière-plan sera également victime de la distorsion due au choix de la focale. Ensuite, Dani va aussi avoir recours à des somnifères pour pouvoir dormir et espérer voir partir ses angoisses le temps de son sommeil. C’est alors que les breuvages un peu spéciaux des hôtes vont droguer les personnages que l’on suit, les mettant dans un état second. Enfin, toute l’intelligence et la mestria d’Aster se déploie à travers cette fin illustrant des procédés aussi choquants que déroutants. C’est alors qu’Ari Aster réussit à nous transmettre ces hallucinations par ces images semblant venir d’un enfer féerique afin d’être immergé dans une expérience unique et d’avoir l’impression d’être tout comme les personnages, drogués, à la merci de la secte. Car, une nouvelle fois, même si le climax de l’horreur s’opère, la musique exerce un contrepoint par rapport à ce que l’on voit, via la présence des cordes grandiloquentes composées par The Haxan Cloak. Enfin, la présence d’un personnage énigmatique est en adéquation avec le procédé mis en place par Ari Aster, en ayant elle-même un visage déformé.

Distribué par A24 aux États-Unis comme Hérédité, Midsommar confirme le talent d’Aster avant de s’écarter progressivement vers ce genre. En effet, quatre ans plus tard, Joaquin Phoenix est à la tête d’affiche de cette satire horrifique : Beau Is Afraid (2023) avant de s’éloigner davantage de l’épouvante deux ans plus tard avec, encore une fois, notamment Joaquin Phoenix dans un récit politique : Eddington (2025). Il n’y a plus qu’à attendre son nouveau film appelé Scapegoat en 2027 qui s’apparente à la lignée d’Eddington, ce qui est pour moi une mini-déception, car je voudrais qu’Ari Aster revienne au genre qui représente le mieux son ADN et son talent !




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