
En 2019, le réalisateur sud-coréen, Bong Joon-Ho sort Parasite : un film satirique sur la lutte des classes qui sera à la fois son plus gros succès critique, mais également public.
Attaché à la représentation de la lutte des classes – qu’il dépeint dans tous ses films (Memories of murder (2003), Snowpiercer (2013), Mickey 17 (2025)) – Bong Joon-Ho dresse un portrait satirique de la société dans Parasite, en y confrontant une famille sans argent à une très aisée ! Sur le papier, le scénario a l’air simple et pourtant, il renferme de très nombreuses subtilités et a été brillamment mis en scène pour rapporter : une palme d’or à Cannes, un Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, un César dans la même catégorie et pas moins de 4 Oscars dont meilleur film international, meilleur scénario, meilleur réalisateur et meilleur film tout court !
Un succès écrasant, mais était-ce vraiment mérité ? (Spoiler : OUI)
Le point culminant de la carrière d’un Auteur
Bong Joon-Ho fait parti de ses réalisateurs qui écrivent également leurs films. Cela implique qu’en plus de certains gimmicks de réalisation, on y retrouve également des thèmes récurrents et chez le réalisateur coréen, la lutte des classes est très souvent (tout le temps) présente ! Que ce soit pour opposer les lobbies de la viande à des manifestants (Okja (2017)) ou le peuple à un groupe industriel qui pollue les eaux au point de créer un monstre (The Host (2006)), le metteur en scène travaille toujours autour de la même thématique et s’entoure quasi exclusivement des mêmes acteurs : Song Kang-Ho en tête de liste.
L’avantage est qu’avec le temps, le réalisateur a affiné son geste et qu’il est désormais extrêmement fin ! Bien sûr, on reste dans un genre de vaudeville où le jeu et les situations sont volontairement grotesques, mais il n’y a plus de « trop » : toutes les scènes et actions ont un but précis et serviront à un moment dans le récit.
Précision importante : nous n’aborderons ici que la première heure du film, car en grand mettre du scénario, Bong Joon-Ho a placé un twist majeur dans son récit qu’il convient de ne pas spoiler.

Une mise en scène parfaite
Divertissant dans son histoire, Parasite brille aussi et surtout par sa mise en scène ! En effet, 3 points sont particulièrement notables dans la représentation des différences économique et sociales à l’écran.
On peut tout d’abord noter une différence de couleurs entre les classes sociales. La famille principale et globalement toute la ville du bas est éclairée en orange alors que la famille Park (aisée) tend vers une teinte verdâtre plus sobre et classieuse. Cette opposition est particulièrement marquée lorsque la famille précaire fuit vers la cité basse et passe à travers toutes les couches de couleurs du vert au orange avec notamment un passage sous un pont qui marque une rupture franche entre les deux mondes.
Cette opposition se matérialise aussi par l’absence de soleil dans la ville basse et son omniprésence chez les Park. On peut également souligner que dans cette même ville basse, la caméra est toujours placée de sorte à créer des lignes de fuites allant vers le haut afin d’induire qu’il y a toujours quelque chose au-dessus d’eux (une rue, un bâtiment, un quartier).

Cette opposition entre riche et pauvre est renforcée par un placement judicieux des personnages tout au long du film. Que ce soit l’emplacement des maisons (les riches en haut de la colline/les pauvres tout en bas dans un entre-sol) ou le positionnement même au sein de la demeure principale (notamment une scène où les membres de la famille principale se cachent sous un canapé alors que M.Park et sa femme sont juste au-dessus), la distinction entre riche et pauvre est toujours présente visuellement à l’image et appuyée par des travelings ascendants ou descendants en fonction de la situation.
Enfin, pour bien insister sur l’opposition entre les classes sociales : Bong Joon-Ho a composé ses cadres de telle façon qu’il y ait toujours un élément qui sépare l’image en deux lorsqu’un riche et un pauvre sont dans le même cadre. En effet, il y a constamment une jonction de mur, une vitre, la jointure d’une porte de frigo, etc. À chaque fois que les deux mondes se rencontrent, le metteur en scène y a placé un objet qui dresse une ligne visible à l’image qui sépare les deux personnages. Il appuie d’ailleurs sur cet élément avec M.Park qui félicite M.Kim (le père de la famille précaire) de ne pas « franchir la ligne ».

Un film grand public
En plus d’être un film très intelligemment mis en scène et qui favorise constamment l’expérience visuelle (le fameux « show don’t tell« ), Parasite n’oublie pas d’être un très grand divertissement pour tous les publics ! Il y a de tout : du vaudeville, du thriller, du drame, un tout petit peu d’horreur ! Tout le monde peut y trouver son compte et passer un agréable moment devant ce film et c’est surement pour cela qu’il a rapporté 270 millions de dollars dans le monde (pour un budget de 11 millions) !
Un véritable succès public et critique qui a permis à Bong Joon-Ho d’obtenir son premier vrai gros budget pour Mickey 17 (198 millions de dollars) et l’a consacré comme un des plus grands réalisateurs de l’Histoire (le seul – avec Walt Disney – à avoir remporté 4 Oscars personnels en une soirée).

Parasite n’est pas juste le meilleur film de Bong Joon-Ho ou le meilleur film de 2019, c’est un des plus grands films de l’Histoire. Une satire politique à la fois grand public et extrêmement fine dans sa mise en scène. C’est un long-métrage qui parvient à réunir sous la même bannière les « cinéphiles » et les spectateurs occasionnels. Drôle, touchant, effrayant et surprenant : Parasite a tout pour plaire et c’est évidemment une excellente raison de le (re)voir.




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