Adapté d’une pièce de théâtre espagnole déjà portée plusieurs fois à l’écran, le remake américain L’Invitation, réalisé et incarné par Olivia Wilde, accompagnée par Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton, met le couple face à ses responsabilités dans un huis clos sympathique, drôle et très touchant. 

Chez Angela (Olivia Wilde) et Joe (Seth Rogen), le mariage bat de l’aile. Se disputant sans arrêt, ils ont depuis longtemps remplacé l’intimité par la vacuité et se rendent chacun misérables. Sans être réellement là l’un pour l’autre, ils continuent à se parler sans forcément s’entendre. Chacun cherche un moyen de s’échapper, comme le travail (qui le désintéresse pourtant) pour Joe ou la décoration intérieure pour Angela. Un soir, cette dernière décide de sortir de sa morosité en invitant un mystérieux couple voisin du dessus, Hawk (Edward Norton) et Pina (Penélope Cruz). Très bruyant lors de ses ébats, ce couple fascine Joe et Angela autant qu’il les agace.

Si le scénario vous dit peut-être quelque chose, c’est qu’il s’agit d’un remake du succès espagnol Sentimental (2020) de Cesc Gay, adapté par ce dernier de sa propre pièce Los vecinos de arriba. Ce film a déjà fait l’objet d’une multitude de remakes, notamment suisse, russe, sud-coréen mais aussi français, avec Et plus si affinités (2024). Alors qu’est-ce qui a valu à L’Invitation un énième remake ?

Son sujet universel dans tant de cultures : les relations humaines et amoureuses. La réalisatrice Olivia Wilde, en conférence de presse, s’est dite passionnée par des personnes qui sont techniquement en couple mais qui deviennent de parfaits inconnus aux yeux de l’autre. Et dans son long-métrage, la réalisatrice met face à face deux couples aux dynamiques totalement opposées, que la nuit va finir par rapprocher.

Le long-métrage se questionne sur le fait que ce couple en crise doit s’obstiner à rester ensemble ou à se quitter, mais aussi sur le fait de s’aimer autrement, d’explorer de nouvelles choses pour mieux se retrouver. La grande force de The Invite (en version originale) réside dans l’intelligente gestion de la tension entre le couple de base, puis ensuite entre les deux couples. Le début du film fonce à toute allure, tous azimuts, et les dialogues fusent entre les deux protagonistes, quasiment sans arrêt : cela peut paraître indigeste et parfois proche du malaise, mais l’intro résume parfaitement le déséquilibre total entre les deux personnages, où plus aucune communication n’existe, à part le fait de se faire du mal l’un à l’autre.

Même le chemisier d’Angela, exactement de la même couleur que le décor de l’appartement, semble souligner qu’elle fait désormais partie intégrante du décor et qu’elle est complètement effacée dans son couple.

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Les désaccords ruinent leur vie, à tel point qu’ils semblaient ne pas s’être accordés sur la venue des voisins. Leur dispute se centralise alors sur les ébats passionnés de leurs voisins : Joe est agacé, Angela est fascinée. C’est à ce moment que leurs voisins décident de frapper à la porte. À partir de ce moment, la tension change progressivement, en passant du malaise à la curiosité et à l’excitation. Dans le huis clos imposé de l’appartement, les deux couples se mélangent, discutent et se découvrent.

The Invite frappe fort dans ses complémentarités de ton, entre l’humour, le malaise et la sensibilité. Un chassé-croisé finalement assez enivrant et sympathique à suivre, surtout grâce à la tension sexuelle hilarante qui s’installe dans l’atmosphère. Le film finit par prendre une direction que l’on n’attendait pas forcément et surprend positivement ; il est plus touchant qu’il n’y paraît et se pose la question : est-ce qu’il est toujours possible de sauver un couple où plus rien ne semble fonctionner ?

L’autre grande force de L’Invitation, c’est l’alchimie dont fait preuve le quatuor. Chacun, dans son degré d’humour, de vulnérabilité et d’humanisme, apporte sa pierre à l’édifice d’un huis clos acéré et piquant, qui décortique les multiples facettes d’un couple. Un film qui file à toute allure, sans véritable temps mort jusqu’à sa résolution, porté par ses quatre acteurs inspirés et une alchimie qui nous fait passer par toutes les émotions devant l’écran.