
Le genre du nanar est très particulier, il relève non pas de l’ambiance, étant donné que n’importe quel genre peut l’être, mais il ne relève non plus de la technique. Il est communément admis de nos jours qu’un nanar est un film fait avec de « bonnes intentions » qui échoue royalement sur le plan technique ou narratif voire les deux. Pour le décrire, la maxime « on rigole du film et non pas avec » est souvent utilisée. Mais alors ce genre repose sur la croyance que le réalisateur a fait de son mieux et que le magnifique échec est soit issu de sa bêtise, soit de celle des techniciens, voire même de celle des décisionnaires. Cette définition est on ne peut plus bancale pourtant elle permet d’efficacement séparer le nanar du navet, la différence étant l’envie de bien faire. Le besoin s’est créé lorsqu’on a vu naitre des personnes ou groupes qui ont vu un moyen de capitaliser là-dessus. Le premier studio qui me vient en tête fut Asylum qui a trouvé, dans les films de monstres, une niche assez rentable. Certains viendront les comparer à Troma, un studio connu pour son amour des œuvres de mauvais goût, c’est notamment ici que James Gunn a fait ses premiers pas dans le monde du cinéma. Ce second studio croit en ses projets et font de leur mieux à contrario du premier. On revient encore une fois sur la question de la croyance. Cela reste tout de même versatile, le tampon de nanar étant décerné par des groupuscules élitistes. En France, on peut évoquer Nanarland qui fait office de référence, malgré tout cela reste tout de même flou. Pourtant il existe certaines œuvres pour lesquelles le doute n’est pas vraiment présent.
The Room est un film écrit, produit et réalisé par Tommy Wiseau en 2003. Il est souvent référencé sous le nom du « Citizen Kane des mauvais films« , tant pour son impact que par sa forme et son fond. Pour résumer le projet, Tommy est arrivé aux États-Unis fin du siècle dernier avec plusieurs millions et une envie de réaliser un long métrage. Cependant, il n’a aucune connaissance du domaine, ce qui ne l’empêchera pas de réaliser son projet. Le tournage se passa dans la douleur et la folie de son réalisateur. Pour ceux qui auraient envie d’en savoir plus sur les excentricités qui ont eu lieu sur le tournage, le second rôle du film, Greg Sestero a écrit un livre nommé The Disaster Artist qui résume assez bien le projet. The Room est un œuvre sérieux, pourtant lors de sa sortie, le bouche-à-oreille a créé un mouvement populaire de cinéphiles, d’étudiants en cinéma, … qui venaient le voir pour s’en moquer. Les salles de projection étaient remplies de personnes riant à chaque réplique, créant une immense frustration chez Tommy. Il a pourtant très vite compris qu’il pouvait gagner de l’argent avec et s’est mis à faire des tournées de projection à travers les USA. Il traîna avec le temps une réputation plutôt mauvaise, le dépeignant comme une personne imbue de lui-même, avec des soucis de colère et de manipulation. C’est quelqu’un de particulièrement détestable. Par la suite, lorsque Internet et YouTube se développèrent il fut par la suite érigé en meme. Son long métrage suivant fut seulement annoncé en 2019 avec pour thème les requins. Après un Covid destructeur, le film commença sa tournée des salles en 2023 pour finalement sortir en streaming début septembre 2026, soit il y a quelques semaines de cela. L’une des problématiques que cette œuvre soulève est son traitement du succès de The Room, va-t-il être fait pour être bon ou va-t-il donner tout simplement ce les fans attendent, une œuvre sur laquelle ils pourront créer des blagues ?
Le film s’ouvre sur un incendie durant lequel on nous introduit le personnage que jouera Tommy, un pompier très apprécié dans la ville d’Orléans accompagné de ses deux collègues/meilleurs amis. Le tout sera suivi d’une remise de récompense pour leur courage établissant d’ores et déjà le succès de Tommy dans sa vie, procédé présent dans The Room. On a ensuite un bref aperçu de la vie de Patrick, nom du personnage qu’il interprète. On comprend qu’il est fêtard et qu’il a une petite amie plutôt superficielle avec laquelle il s’embrouille souvent. Petit fait amusant, durant une soirée, il y a un début d’intrigue autour de la tromperie avec la copine de son meilleur ami qui ne sera plus jamais utilisée par la suite. L’intrigue démarre lorsque Tommy semble apercevoir un requin dans un lac (oui, oui, un requin dans un lac à Orléans) et sera fortement jugé par son entourage. La situation s’aggrava avec la soudaine montée des eaux temporaires dans différentes régions de la ville. Ses amis lui donneront raison, lorsque, au journal, l’envoyée sur le terrain se fera manger en direct. De là, une course contre la montre pour éliminer le requin commence. Le tout s’articulera autour d’un plan consistant à fourrer de dynamite une carcasse de porc et de lui faire ingurgiter. Sans véritable surprise, cette supercherie fonctionna. Le film se finit sur une fête de quartier à travers les rues d’Orléans.

Sans grande surprise, ce long métrage ne réussit pas grand-chose. Pourtant, en rétrospective, ce film est bien mieux maitrisé que The Room, la technique et le récit ne sont plus brouillons, sûrement dû à une scénariste et à un directeur de la photo qui a réussi par miracle à proposer plusieurs plans intéressants. Cela n’empêche pas le film d’être submergé de défauts. Je ne les ai volontairement pas évoqués à cause de leur trop grand nombre. Parmi les plus notables, il y a le running gag du chant. Tommy se met à chanter à plusieurs reprises sans raison apparente, c’est insupportable, mais il le fait quand même. Il y a une scène durant laquelle un vieil homme tout décrépit donne une carte à l’un des pompiers puis disparaît comme un fantôme. Avec ce projet, est-ce que Tommy ne s’est pas volontairement moqué de nous ? Nous offrant du mauvais que pour faire du mauvais. Malgré l’originalité du personnage, il sait très bien qu’il n’est pas un bon réalisateur. L’œuvre semble se plaire dans une caricature de The Room durant certaines séquences. Rien que l’évocation de la tromperie dans l’une des premières séquences est une preuve. Contrairement à The Room, ce film n’est probablement pas baigné de bonnes intentions.
Comme évoqué en intro, The Room (ainsi que ce film) a fait le tour des salles indépendantes des États-Unis. C’est ainsi qu’il a pu garder pendant si longtemps sa notoriété. Il a sa communauté et je soupçonne même que durant la seconde scène, celle de la remise des médailles, le public soit composé uniquement de fans, comme l’avait précédemment fait le film www.RachelOrmont.com. Ainsi on revient à la question de la volonté intiale de Tommy, qu’est-ce qu’il voulait faire ? Et pour trouver une piste pour cette réponse, on va rappeler qui est ce réalisateur. Tommy Wiseau a un ego monstrueux et destructeur. Il a, par exemple, poussé l’équipe de The Room à partir durant le tournage, de plus, Tommy a été décrit comme abusif par Greg Sestero, le second rôle. Le documentaire The Room Full of Spoons qui décrit l’ambiance du tournage fut interdit par le réalisateur fou. Sans compter que Wiseau a toujours eu un comportement malsain. Dans son film, malgré les trois scènes de sexe l’impliquant, il n’y a eu aucune coordinatrice d’intimité. Dans le script original, le personnage de Denny, le fils adoptif du couple, devait être à l’origine un prostitué gay fou amoureux de Tommy. Tout devait tourner autour de cette horrible self-insert. Par la suite, il a tenté à de nombreuses reprises de faire des projets essayant tant bien que mal de reproduire son premier succès. C’est peut-être à ce moment-là qu’il comprit qu’il lui suffisait simplement de reproduire The Room.
C’est une œuvre complexe à appréhender. Il dure 1 h 45 et chaque segment pourrait être analysé et donner lieu à une conclusion différente. Pourtant, j’ai du mal à considérer ce film comme un nanar. Il a les codes, le langage ainsi que l’esthétique (les VFX en particulier), mais l’âme n’est pas présente. Personnellement, j’attendais ce métrage depuis longtemps. Je voulais être de nouveau transporté dans son univers, mais je me suis retrouvé devant ce qui peut être considéré comme un long métrage un peu trop inspiré par les banals navets de requin. Sa patte reste visible dans certaines scènes, mais elle se fond dans une sorte de vision de ce qu’est un mauvais film selon Tommy. Cette critique est à l’image du long métrage, elle va dans toutes les directions et se conclut artificiellement par ce qu’il faut bien une fin. Je pense sincèrement qu’analyser de véritables nanars est une pratique intéressante, mais particulièrement difficile en raison de leur forme et leurs codes différent. Je vous invite tout de même à aller le découvrir et à tirer vos propres conclusions. Il y a de nombreux aspects et scènes que je n’ai pas évoqués par manque de liens à l’intrigue. Malgré tout, le film reste un bon divertissement à plusieurs et vous offrira votre meilleure soirée entre potes.




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