
Le cinéma de Pedro Almodóvar est peut-être l’une de mes plus grandes lacunes dans ma cinéphilie, n’ayant seulement vu son dernier court-métrage : Strange Way of Life (2023). Autofiction est donc mon premier long-métrage du cinéaste espagnol. Amarga Navidad, dans sa version originale est présenté en compétition cette année au Festival de Cannes.
–Spoilers–
Raúl Durán (Leonardo Sbaraglia) écrit son prochain film. Il élabore des personnages inspirés de lui-même avec Esla (Bárbara Lennie) ou de son entourage éloigné avec le personnage de Natalia (Milena Smit) avant de se rendre compte que celle qui l’inspire le plus est son ancienne agente : Mónica (Aitana Sánchez-Gijón).
CONVERSER ENTRE RÉALITÉ ET FICTION
Autofiction est une mise en abyme non pas que de Raúl, mais de Pedro Almodóvar qui est un réalisateur écrivant sur un cinéaste créant son récit à partir de sa protagoniste metteuse en scène. Une transposition de ces personnages conversant à travers deux temporalités différentes avec comme instrument de liaison : leur ordinateur portable pour pouvoir développer leur histoire.
Celle du présent avec Raúl et la seconde étant la reconstitution du texte de ce dernier en 2004, portée par Esla souffrant du deuil de sa mère. Deux récits en un clairement différenciés grâce à la maîtrise d’Almodóvar qui, entre les mains de nombreux cinéastes tournerait au téléfilm.
Cela est permis grâce à sa manière hypnotique de transformer des scènes banales en séquences émouvantes avec, ce qui est pour moi la meilleure séquence du film : ce chant accompagné au violoncelle lors de la soirée de Gabriela (Rossy de Palma) avant de retrouver cette manière d’émouvoir par cet enregistrement provenant des tripes d’une cantatrice. Alors oui, la prestation des acteurs est très bonne, mais, ce qui va tout de suite rendre Autofiction cinématographique visuellement est la narration par l’harmonisation des couleurs.

LA NARRATION PAR LA COULEUR
Sans avoir vu un film d’Almodóvar, on peut distinguer que les affiches de ses films sont globalement très colorées, vives. Autofiction ne fait pas exception avec ce jaune qui incarne l’auteur Raúl et l’alliance du rouge et du bleu pour le personnage d’Esla. Les couleurs expriment un sentiment, un état ou une personnalité. Celle d’Esla est reconnaissable par le rouge qui l’incarne, portant du bleu pour l’harmoniser. Natalia, quant à elle est victime de dépression suite au deuil de son enfant. Elle porte du noir avant d’endosser une couleur jaune accompagnant sa réplique : « Je suis bien ici », donnant l’illusion qu’elle va mieux via cette couleur solaire.
De plus, les couleurs vont traduire de l’ambiguïté d’Esla avec ses autres « amies ». En effet, Esla porte du rouge et Patricia (Victoria Luengo) du vert. Ils vont alors plus tard échanger leurs couleurs, ce qui symbolise leur relation fusionnelle. Et enfin cette maîtrise des couleurs va permettre de façonner des contrastes comme ce magnifique plan zénithal sur cette plage au sable noir illuminée discrètement par les couleurs vives des personnages.

L’ART DEVIENT MALSAIN
Raúl ne se satisfait pas de sa première fin. Il décide de l’étoffer en développant le personnage de Natalia en se basant sur un moment dramatique de la famille de Mónica qui, folle de rage dénonce la liberté malsaine de son ancien employeur de vouloir capitaliser sur un drame de sa famille sans demander le consentement à quiconque. Il se cache derrière la soi-disant « subtilité » de l’adaptation qu’il appelle « autofiction ». De là, nous allons nous rendre compte de l’obsession de Raúl à retranscrire des tragédies qui ont vraiment eu lieu.
Autofiction est un bon film qui ne peut être que prometteur pour la suite de ma découverte du cinéma d’Almodóvar avec des œuvres plus connues telles que Tout sur ma mère (1999), Parle avec elle (2002) et bien évidemment son plus populaire : Volver sorti en 2006.




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