Sorti en 2005 et réalisé par Steven Spielberg, La Guerre des mondes est la troisième adaptation cinématographique (après celle de 1953 par Byron Haskin et celle de 1981 par Piotr Szulkin) du roman éponyme de H. G. Wells, publié en 1898. Le livre raconte l’arrivée d’aliens sur Terre, exterminant la population à l’intérieur de gigantesques tripodes. Le long-métrage de Spielberg adapte librement le roman fondateur de H. G. Wells en le réinterprétant à travers les peurs du XXIᵉ siècle. Sorti dans une Amérique post-11 Septembre, La Guerre des mondes est un film somme de toutes les angoisses d’une société meurtrie et de son cinéaste, tout en étant ultragénéreux en termes de spectacle. 

Ray Ferrier (joué par l’intemporel Tom Cruise), jeune ouvrier portuaire américain, arrogant, égocentrique, immature, et père divorcé, se retrouve avec la garde de ses deux enfants, Rachel (Dakota Fanning) et Robbie (Justin Chatwin) pour le week-end. Lorsque des extraterrestres envahissent la Terre après une longue période d’observation de l’espèce humaine et dévastent absolument tout sur leur passage, il va tout faire pour protéger ses enfants et les ramener à leur mère (Miranda Otto) à Boston.  

S’ensuit alors un long et terrifiant périple entre New York et Boston pour Ray et sa famille. Après vingt minutes d’exposition nécessaires mais un peu tendres, La Guerre des mondes finit par décoller dans des proportions spectaculaires. Mais le long-métrage de Spielberg n’est pas seulement un film de science-fiction ; il se transforme également en film d’horreur angoissant, avec plusieurs scènes terrifiantes et des symboliques puissantes. Dans une esthétique très sombre, poussiéreuse et franchement cauchemardesque, Spielberg déploie une profonde terreur, celle qui nous questionne depuis toujours : l’extermination du genre humain. 

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Pour reprendre les mots d’Ogilvy, incarné par Tim Robbins, « this is not a war, it’s an extermination » (« ce n’est pas une guerre, c’est une extermination »). Les corps humains sont désintégrés dans des nuages de cendres, où flottent par centaines à la surface de l’eau. Un train en feu traverse la nuit, devant une foule terrifiée. Ces mêmes mouvements de foule qui paraissent sans espoir, oppressants, désabusés, avançant vers une mort certaine. Des toiles de sang écarlates se développent tout au long du paysage terrestre, issues des personnes aspirées par les tripodes, à la manière d’une apocalypse zombie. Autant de fresques monumentales et dantesques qui parcourent La Guerre des mondes, théâtre de toutes les angoisses.

Car si le film souffre d’incohérences et de facilités scénaristiques, on comprend vite que l’objectif de Spielberg est ailleurs : faire de son long-métrage un cauchemar éveillé. Le cinéaste américain aligne quelques séquences d’anthologie, baignées d’un gigantisme saisissant (comme la première attaque du tripode, ou la désintégration du pont de Bayonne avec une vraisemblance stupéfiante), accentuant encore plus l’impuissance de l’espèce humaine face à ces machines sorties tout droit des profondeurs de la Terre.

Face à cette impuissance, Spielberg montre aussi la déchéance de l’espèce humaine envers elle-même. Plus aucun espoir n’est permis, les gens s’entretuent pour une voiture, se bousculent et s’abandonnent pour une place sur un bateau dans des déferlantes de violence inouïe. Les peurs les plus primales se réveillent et poussent le film à des sommets de tension.

Comme évoqué plus tôt, La Guerre des mondes est traversée par plusieurs fausses notes : ses incohérences parfois grotesques, la fin ultra-expéditive et curieusement sabotée, et qui fait carrément faux raccord par rapport au reste du film, glauque, violent, pessimiste et angoissant. On passera également sur le patriotisme et le militarisme un peu creux et lourdingues incarnés par le personnage de Robbie, désireux de se fondre à l’armée pour combattre les tripodes. En résultent des problèmes de rythme assez flagrants. Malgré tout, La Guerre des mondes reste un long-métrage d’une puissance et d’une tension folles, entre SF et horreur cauchemardesque, et l’un des films les plus spectaculaires de la filmographie de Steven Spielberg.