
Il fut un temps où Gore Verbinski régnait sur Hollywood, en particulier dans les années 2000. Auteur de la trilogie Pirates des Caraïbes (2003-2007) originelle (les trois meilleurs de la saga d’ailleurs), qui a fait décoller sa carrière, le réalisateur américain était promis à un avenir florissant, lui qui est loin d’être un manche en tant que metteur en scène. Malheureusement, la suite de sa carrière se verra être beaucoup plus anonyme, avec de cuisants échecs commerciaux tels que Lone Ranger (2013), ou encore A Cure for Life (2017). Et ce n’est pas la sortie en catimini en France (ni même aux États-Unis) et le nouvel échec commercial de son nouveau joujou, Good Luck, Have Fun, Don’t Die, qui changera malheureusement la trajectoire descendante de sa carrière.
Après neuf longues années sans tourner, le voilà donc de retour au cinéma avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die, tragi-comédie loufoque de SF sur les dangers de l’intelligence artificielle. Dans un restaurant très connu de Los Angeles, le Norms, un homme étrange, hirsute et débraillé (Sam Rockwell) débarque et perturbe des convives trop occupés sur leurs téléphones à regarder des vidéos de chats ou une appli de rencontres.
Déterminé à recruter une équipe de combattants, il se lance dans un long discours sur les dangers de l’intelligence artificielle, de la déconnexion des gens entre eux et lance l’alerte sur un futur dystopique, dominé par la technologie et l’IA. Pour cet homme venu du futur, c’est la cent-dix-septième fois qu’il remonte le temps pour tenter de sauver l’humanité. À chaque fois, ses combinaisons de personnes ont échoué. Mais cette fois, il espère arriver au bout de sa mission.

À la faveur de sa géniale scène d’introduction chaotique, on comprend que Good Luck, Have Fun, Don’t Die a beaucoup de choses à raconter et concentre les peurs et obsessions du cinéaste américain sur l’intelligence artificielle et le futur de l’industrie cinématographique. Sam Rockwell incarne à lui seul ce chaos, en incarnant une sorte de Jack Sparrow du futur, hirsute et excentrique. Ce personnage exprime le goût du cinéaste pour les personnages extravagants, en marge de la société. Sam Rockwell est évidemment génial dans le rôle, en faisant des caisses dans son jeu d’acteur frénétique et jusqu’au-boutiste mais toujours contrôlé. Tête de gondole du long-métrage, il est également accompagné d’un casting fort de personnages secondaires.
Malheureusement, passé cette super introduction, Good Luck, Have Fun, Don’t Die a un peu de mal à tenir ses promesses. Sans doute débordé par ses propres ambitions, le film se perd dans un récit un peu foutraque et non-linéaire, alternant entre présent, où l’équipe tente d’arrêter une IA consciente sur le point d’être créée, et scènes de flashbacks sur chacun des personnages secondaires afin de leur donner de l’épaisseur. L’intention est louable, mais le film souffre de ce fait d’un sérieux manque de rythme, alors qu’il aurait justement gagné à être beaucoup plus énergique. Good Luck, Have Fun, Don’t Die a de ce fait un côté un peu “sage”, en tout cas dans sa première partie, déception qu’il faut digérer malgré une belle entrée en matière.

Derrière la vision alarmiste de Gore Verbinski, et sa critique un peu facile et peu subtile du doom scrolling et des dangers de la technologie à outrance, se cache un film à fort potentiel qui n’est malheureusement exploité que sur quelques fulgurances. Good Luck, Have Fun, Don’t Die n’est pas un mauvais film, fourmille d’idées à la minute mais semble confus sur la façon de les utiliser et de les développer. Le long-métrage est à son meilleur quand il se laisse aller dans les bizarreries les plus folles (comme une créature géante et hybride assez dérangeante), ou encore dans des situations tragi-comiques assez corrosives dans leur humour noir, où l’on se surprend à rire jaune devant, tellement elles paraissent saugrenues et en même temps de plus en plus plausibles.
Good Luck, Have Fun, Don’t Die souffre donc d’une vision un peu “boomer”, où des adultes s’allient pour affronter des adolescents. Malgré son manque de subtilité et de finesse, le long-métrage a néanmoins le mérite d’alerter sur les dérives obsessionnelles d’un monde de plus en plus ultra-connecté. Le film de Gore Verbinski reste plaisant à regarder grâce à son esthétique et son sens de l’aventure que maîtrise le papa des Pirates des Caraïbes, mais reste coincé dans un entre-deux entre folie visuelle et satire corrosive sans jamais vraiment trop savoir où se situer, et sans jamais atteindre une certaine plénitude.




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