Junk Head est à première vue une œuvre aussi étrange que peu accessible au grand public par son style à part, tout en étant une proposition artistique intéressante donnant recours à l’imaginaire d’un artiste: Takahide Hori. Ce dernier voit son nom pas moins d’une trentaine de fois crédité au générique pour tous les postes qu’il occupe: de la réalisation en passant par sa voix qu’il prête à de nombreux de ses personnages. Un film mettant en scène l’idée d’un seul cinéaste à travers son univers bizarre postapocalyptique en stop-motion nous rappelant une œuvre sortie plus tard par Phil Tippett: celle de Mad God (2021).

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Spoilers

UNE MISSION MENÉE PAR LA SURFACE

Tout comme Blade Runner, premier du nom sorti en 1982, ou sa suite parue la même année que Junk Head en 2017, le métrage nous présente la rébellion de la création humaine, tout comme pour les Replicants dans l’œuvre de Ridley Scott. Un humain est en quête de nouvelles aventures, mais surtout d’un meilleur salaire en se rendant au monde souterrain tenu par ses occupants: les Marigans. En effet, sa mission est de percer le secret de la reproduction de ces êtres et d’obtenir le code génétique de ces derniers afin de résoudre le problème qui menace l’humanité: l‘impossibilité de procréer suite aux développements génétiques excessifs réalisés par les humains. C’est à travers les yeux de notre espèce que nous allons découvrir cette biodiversité souterraine, ce peuple étrange qui va animer un univers à la personnalité marquée.

LE CAUCHEMAR DE TAKAHIDE HORI

Cette œuvre regorgeant d’idées provient de l’esprit créatif d’Hori en totale liberté artistique, qui a imaginé sa propre dystopie entre mystère et bizarrerie. Il va élaborer une direction artistique inspirée par ce qui pourrait s’apparenter à un cauchemar, que ce soit par le bestiaire fourni d’horribles créatures ou de personnages atypiques parlant, tout comme les humains, une langue incompréhensible. De plus, l’imagerie sera terne, grisâtre avec des murs délabrés, salis davantage par un éclairage jaune. Il va alors utiliser différents espaces de sorte à, soit nous cloisonner à travers ces couloirs exigus, soit en nous laissant contempler l’immensité de ce territoire inconnu. D’ailleurs, pour accentuer le côté artistique, quoi de mieux que de faire appel à l’artisanat et donc à une technique d’animation fascinante: la stop-motion. De plus, pour dynamiser ces mouvements, qui sont à l’origine statiques, Takahide Hori utilise des effets de caméra (sûrement faits en postproduction) permettant d’accélérer le mouvement, rythmé par des sonorités électro.

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L’ÉVOLUTION DE PARTON ET DE L’HUMANITÉ

Parton est cet humain qui va, tout comme Alita: Battle Angel (2019), être reconstruit, devenant alors une forme robotisée aux surfaces blanches avec ses petits orifices noirs en guise d’yeux ainsi que cette petite fente dessinant sa bouche afin de pouvoir révéler quelques expressions, lui donnant un aspect presque mignon.

Junk Head parle d’évolution. Le développement de Parton évolue également, passant d’un corps humain à métallique. Il découvre ce monde, s’acclimate, apprend, avant d’être redétruit et reconstruit en une forme encore moins humaine: celle d’un robot déshumanisé par son apparence ayant seulement une fente obscure pour pouvoir imaginer un potentiel regard. Il est dénué de parole. Une machine, qui semble néanmoins préserver ses caractéristiques humaines de par sa manière de bouger, de se comporter, faisant preuve de générosité.

Parton vient de la surface. Il est donc considéré comme une divinité, malgré le fait qu’il va devenir physiquement de moins en moins humain, comme une évolution graduelle négative, passant de l’appellation « Dieu » à celle d’un esclave appelé « Épave » avant d’être revalorisé. C’est une manière d’évoluer à partir d’une certaine résurrection, comme avoir la capacité de renaître de ses cendres.

Ensuite, un autre personnage s’avère être un autre humain, vêtu d’une cape rouge. Il est présenté en illustrant l’humanité dans une forme de misère, recueilli comme dans Le Livre de la jungle (1967) par une espèce différente.

Cette adoration envers Parton vient certes de son assimilation à Dieu, mais aussi du fait qu’il vient de paysages méconnus par les habitants du monde souterrain désirant les contempler, s’élever pour découvrir tout comme nous un monde méconnu.

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Junk Head n’est pas une œuvre faite pour convenir au grand public en raison de son ambiance particulière, même s’il vaut évidemment le coup d’être vu, pour pouvoir vivre la créativité sans limite d’un artiste.