Mad God est un pur cauchemar. Né à la fin des années 80 et ayant fermenté dans l’esprit torturé de Phil Tippett 30 ans durant, le résultat ne pouvait qu’être vertigineux.

Artiste d’effets spéciaux de génie ayant travaillé avec les plus grands, Tippett a donné naissance à certaines des créatures et machines les plus cultes du cinéma, comme Jabba le Hutt, le TB-TT, ou encore les insectes géants de Starship Trooper (1997) . Mad God est son premier film en tant que scénariste et réalisateur. L’idée du film germa d’un cauchemar qu’il eut lorsqu’il travaillait sur RoboCop 2 (1990), cauchemar où Tippett faisait face à un Dieu tyrannique et tout puissant, et il le conclura quasiment seul en 2021.

Ce film, on y plonge en cherchant ses repères, en essayant de s’accrocher à la formalité qu’un film se doit de proposer. Un personnage principal, un scénario, une ligne à suivre. Mais on comprend rapidement que Mad God ne nous tendra pas la main. Qu’aucune aide ne nous sera proposé à nous, spectateur. Qu’on sera, pendant 1h23, plongé entièrement dans ce cauchemar et qu’on prendra part à cette descente dantesque entreprise par ce soldat qui sera la seule source permettant de s’accrocher à un semblant de récit.

On se pose beaucoup de questions durant le visionnage, on cherche, on essaye de comprendre, de se situer. Puis, devant le fourmillement de détails à l’écran et l’esthétique complexe et torturée du film, on finit par lâcher prise et s’y perdre. On finit par plonger de tout son corps dans le monde aberrant, incohérent et grandiose de Mad God, et on laisse nos sens nous guider, là où le cerveau n’est plus d’aucune utilité.

C’est une véritable expérience sensorielle que Phil Tippett nous propose de vivre durant ces 83 minutes. On passe d’obscurité épaisse à caverne luxuriante et psychédélique, on s’imagine aisément l’odeur de certaine scène, on se laisse porter par une bande-son souvent anempathique exacerbant la démence de cette univers, et on sait que les textures à l’image sont tangible puisqu’en stop-motion. En plus de ses décors halluciné et nauséabond, Mad God nous expose un bestiaire toujours plus abominable venant nourrir nos cauchemars et rappelant les œuvres de Bosch. Le sound-design est lui aussi assujetti à ce monde abject, comment se sortir de la tête le bruit angoissant et perturbé de cette horloge ?

Finalement, c’est lorsque l’on accepte d’être égaré en ses entrailles que Mad God se révèle alors. Et une fois pris dans son étreinte, le film nous absorbe et nous envoûte.

Difficile donc de ressortir indemne de cette expérience intense, tout droit tirée du subconscient de Phil Tippett. Mad God est marquant et insensé, et vient nous rappeler qu’il est irrationnel de chercher quelconque signification au sein d’un cauchemar.

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