
Le roman d’Emily Brontë : Les Hauts de Hurlevent, paru en 1847, a été adapté plusieurs fois au cinéma. Emerald Fennell propose en 2026 sa version de cette histoire d’amour, loin d’être aussi belle et enviable que la plupart des récits de romance présentés sur le grand écran.
–Spoilers–
Porté par un casting bankable, Emerald Fennell a sous sa direction un duo de très bons acteurs pour pouvoir donner vie à sa vision de l’œuvre. Une histoire d’amour se déroulant au XVIIIᵉ siècle, débutant dès l’enfance. Catherine (Margot Robbie) va accueillir et nommer ce garçon (Heathcliff) abandonné et recueilli par le père de cette dernière. Elle va l’appeler comme son frère décédé, ce qui annonce un lien entre un frère adoptif et une sœur spirituelle. Cependant, la relation va, dès l’enfance, être ambiguë, posant les bases d’un lien allant à l’encontre de l’éthique.
AIMER DANS LA SOUFFRANCE
Hurlevent nous propulse plusieurs années plus tard par le biais d’une ellipse, présentant les deux personnages adultes. La crise financière du père de Catherine va mener cette dernière à assurer son avenir en se mariant avec une figure de richesse incarnée par Edgar (Shazad Latif). Une décision qui va bien évidemment impacter les deux personnages. Cependant l‘amour impossible entre les deux personnages prend une place étouffante, comme cette manière de toujours abandonner l’autre, alors qu’ils font en réalité partie de la même âme. Ils s’attirent comme des aimants et se détruisent tel un poison venant maudire Catherine et Heathcliff se détruisant tout en s’autodétruisant.
Une manière sadique de s’aimer, entretenant une relation malsaine. En effet, laisser partir n’est absolument pas une éventualité. Ils s’aiment au point d’être conscients d’appartenir à l’autre, se servant de cela pour se faire souffrir et faire souffrir l’autre, plongeant dans la dépression, la folie jusqu’à l’inévitable… Une histoire d’amour désagréable à regarder tant la relation malsaine vient nous plonger dans une dramaturgie lourde en émotions négatives.
De plus, ajouté à cela, le couple a vécu dans la destruction insufflée par cette représentation paternelle agressive ainsi que par la présence de Nelly (Hong Chau), la domestique qui assume vouloir détruire Catherine. Tout cela renforce un cadre expulsant, ne serait-ce que l’once d’un aspect positif.

UNE REPRÉSENTATION SUPERFICIELLE
Même si plusieurs années séparent le récit d’Hamnet de Chloé Zhao et d’Hurlevent, les deux métrages d’époques, adaptés d’un livre, sont néanmoins sortis en salle à quelques semaines d’intervalle seulement. Une comparaison avec le film sur William Shakespeare permettra de présenter les différences ainsi que les défauts d’Hurlevent.
Tout d’abord il faut prendre en compte l’évident budget qui diffère. Pour Hamnet, entre 30 et 35 millions de dollars ont été nécessaires pour être produit contre 80 millions de dollars pour Hurlevent. Cela se voit à l’écran, même si une grande partie paraît être adressée au cachet de ces stars, l’autre partie permettra de façonner une image beaucoup plus superficielle que les visuels en décor et éclairage naturel d’Hamnet offrant une authenticité à l’image. Cela peut sonner comme un défaut, mais pas vraiment, car la superficialité d’Hurlevent est en accord avec son récit. En effet, le bonheur de vivre un réel amour résulte d’une fantaisie. Linus Sandgren, le chef opérateur du métrage réalisé par Emerald Fennell, va façonner une image superficielle. Les couleurs seront vives et certains seconds plans sont soit réalisés à l’aide d’un fond vert soit créés de manière à ne pas rendre l’éclairage naturel.
Une image qui va, malgré sa volonté de servir son récit, rester fidèle au blockbuster, avec cette manière peu subtile de filmer ces acteurs qui sont déjà très beaux, en voulant les rendre magnifiques. Cela est accompagné par les musiques originales écrites par Charli XCX, modernisant l’époque de ce drame pour la rendre accessible à un plus large public.
Le personnage de Margot Robbie est présenté avec beaucoup de couleur de par ses costumes dissimulant la noirceur de sa souffrance derrière le confort de ces décors impressionnants. Heathcliff, quant à lui, garde la tonalité de sa tristesse en restant dans une ambiance gothique, son air grave, accompagné par la brume accentuant son air sinistre. Ce brouillard va alors retranscrire la manière dont le « couple » avance dans le flou, occultant eux-mêmes leur vision par leur toxicité.

Hurlevent est une expérience particulière à vivre. Un film désagréable à voir en raison de sa dramaturgie, en manquant sans doute d’authenticité ainsi que de subtilité.




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