
Mulholland Drive (2001) est très probablement le film le plus réputé de la carrière de David Lynch. Toujours à la frontière du rêve, du cauchemars et du fantastique, ce chef-d’œuvre plonge son spectateur au cœur d’une romance hollywoodienne.
David Lynch est un des réalisateurs les plus impactants du XXème siècle ! Malheureusement disparu en janvier 2025, le metteur en scène laisse derrière lui des classiques comme Twin Peaks (1990-1991 puis 2017), Eraserhead (1977), Elephant Man (1980), Lost Highway (1997) et bien sûr : Mulholland Drive (2001). Plus que des films, David Lynch est aussi un personnage.
Que ce soit par ses prises de position « C’est d’une telle tristesse que vous pensiez avoir vu un film sur votre p*tain de téléphone… Soyez réaliste » ou ses bulletins météo depuis chez lui pendant la crise du Covid, David Lynch était ce qui se rapproche le plus d’un « artiste contemporain » du cinéma. Au fil des années, il a réussi à créer son univers, son monde Lynchéen où tout semble bizarre, tordu et fantastique, mais où tout s’harmonise sous l’œil de son réalisateur.
Une des clés importantes pour comprendre le cinéma de David Lynch se trouve surement chez Quentin Dupieux. Au début du film Rubber (2010), un personnage monologue sur le « No reason« et explique que les films n’ont pas à être rationnels. « Pourquoi E.T est marron ? Aucune raison […] Pourquoi, dans les romances, les personnages tombent-ils amoureux ? Aucune raison » et que cette absence de raison existe dans les films, car elle existe aussi dans la vie réelle.
Tout ne doit pas forcément avoir un sens, un but ou une raison d’être, surtout chez David Lynch qui a souvent représenté des rêves et les rêves sont par nature décousus, confus et flous ! Mais est-ce que cela veut dire que Mulholland Drive n’a aucun sens ?
Du rêve à la réalité
Le film est jonché de personnages réalisant que leur rêve est une catastrophe lorsqu’il se réalise. Le réalisateur qui se voit imposer une actrice par des mafieux, la jeune actrice pleine d’espoir qui se retrouve dans des séries B avec un papy lubrique ou cet homme dans un dinner qui revient sur les lieux de son cauchemars et prend peur lorsqu’il se réalise.
Les rêves sont-ils fait pour être vécu ? La question se pose tout au long de Mulholland Drive qui s’amuse à mêler le fond et la forme. En effet, si l’histoire nous montre des personnages en quête de leur rêve, David Lynch mélange constamment dans son montage des scènes réalistes avec du fantastique. Si bien qu’il est impossible de dire (avant la résolution finale de la séquence) si ce qu’on a vu était réel ou non.
C’est d’ailleurs surement pour cela que Mulholland Drive figure toujours dans les classements des meilleurs films de tous les temps, il est parvenu à utiliser les propriétés du Cinéma pour représenter quelque chose de profondément intangible : un rêve éveillé.

L’absence de grille de lecture : un problème ?
David Lynch ne prend pas son spectateur par la main pour lui montrer ce qu’il faut comprendre ou non dans ses films (ou séries). Il n’y a pas une lecture claire et unique de Mulholland Drive, ce qui implique qu’il n’y a pas de mauvaise ou de bonne manière de comprendre le film.
« On n’a pas tous besoin de comprendre la même chose. On a tous vécu des choses différentes, qui influencent notre manière de voir et d’interpréter le film » expliquait Naomi Watts en interview.
Certains comme Philippe Rouyer (célèbre critique) pense que le film se découpe en deux parties : la première (de 100 minutes) qui se situe chronologiquement après les événements de la seconde et qui serait un rêve d’un des personnages (Diane).
D’autres pensent qu’il s’agit d’une critique d’Hollywood et de la promotion canapé avec la jeune actrice (Naomi Watts) qui perd son rôle au profit d’actrices déjà sélectionnées parce qu’elles couchent avec des producteurs/réalisateurs.
Enfin, l’illusion est également une possibilité. Après tout le film s’ouvre sur une femme ayant un accident de la route : peut-être que tout ce qui suit n’est qu’une projection de son inconscient qui alterne entre rêverie et réalité ?
David Lynch était, par ailleurs, parfaitement conscient que son film était incompréhensible. Déjà parce qu’à l’origine Mulholland Drive devait être une série spin-off de Twin Peaks et que le producteur a refusé le pilot au motif qu’il était incompréhensible, mais aussi car dans les premières éditions des DVD, le réalisateur avait laissé 10 pistes pour « comprendre son film ».
« faites attention au début du film : 2 indices sont révélés avant les crédits » / « Qui donne les clés ? Et pourquoi ? » / « Est-ce que seul le talent a aidé Camilla ?«
Véritables indices ou fausses questions destinées à encore plus brouiller les pistes ? Chacun y comprendra ce qu’il voudra ou pourra.

Mulholland Drive est encore à ce jour, l’une des plus grandes preuves que l’art n’a pas à se justifier. Chacun peut y voir ce qu’il veut et le « message caché » derrière une œuvre est souvent caché chez le spectateur. Avec ce film, David Lynch ne tente pas de projeter une vérité éclatante à son spectateur, mais l’invite au contraire à une introspection et à projeter de lui-même ses pensées sur les personnages, l’histoire pour en tirer du sens ou non.
Véritable ovni cinématographique indescriptible et clivant, qui ne peut se réduire à une analyse technique ou un résumé du scénario : Mulholland Drive est une expérience de cinéma qui se vit et ne s’oublie pas (qu’on l’aime ou non).




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