
La Palme d’or 2011, The Tree of Life, récompense la personnalité artistique marquée de Terrence Malick que l’on retrouve grandement dans cette œuvre. Un film qui ne fait certes pas l’unanimité, mais qui a de quoi faire reconnaître à ceux n’ayant pas réussi à rentrer dans l’expérience sensorielle du cinéaste américain ses qualités visuelles et oniriques. Un métrage biblique avant la sortie de son nouveau film prévu pour cette année : The Way of the Wind, un projet autour de la vie de Jésus, succédant à son dernier métrage, sorti sept ans avant : Une vie cachée.
–Spoilers–
UN DOCUMENTAIRE ENTRE DEUIL ET EXPÉRIMENTAL
Le film s’ouvre sur une citation de la Bible. Des chants divins viennent parfaire la bande sonore après les premiers chuchotements en voix-off, telle une prière de Mrs. O’Brien (Jessica Chastain) pour pouvoir se faire entendre auprès de son fils défunt, pour l’appeler à travers l’immensité du temps et de l’espace. En effet, la poésie de The Tree of Life passe par l’expérimental, en nous emportant bien plus loin que le foyer américain des années 50, grâce à un montage alterné exposant le personnage de Sean Penn, qui a également perdu un être cher : son frère. Nous atteignons alors des paysages astronomiques, grandioses et infinis, à l’instar de l’immensité du temps et de la tristesse de la famille des victimes. Ce segment met donc les personnages au second plan pour illustrer quelque chose de plus grand : l’espace, le temps et l’océan, pour pouvoir laisser place à la protagoniste : l’humanité.
Ces plans d’univers ouvrent une page de l’humanité en illustrant son berceau : l’espace. Ensuite, le métrage nous fait voyager, nous transportant dans des milieux et des temps différents. Terrence Malick utilise des plans passant du documentaire sur des méduses sous l’eau à un dinosaure qui se résout à en dévorer un autre, agonisant sur une rive, bordée par de l’eau. Ce n’est pas anodin, car l’eau est la métaphore de Dieu, de l’humanité, de la vie. Elle recouvre d’abord plus de 70 % de la Terre d’un point de vue scientifique, tandis que d’un point de vue religieux, l’eau est représentée comme le bourreau d’un enfant noyé, un paradis pour ces âmes errantes sur la marrée basse de la plage, ou cet hadrosaure dans un décor subtilement aquatique pour accompagner ses derniers souffles. La mort précède la naissance, car comme il est mentionné dans le métrage : « Le Seigneur donne, le Seigneur reprend« . De plus, les textes religieux énoncent l’eau comme premier élément de toute chose, en bref la naissance de l’humanité.

UNE PARTIE ONIRIQUE TERRE À TERRE
Après un long chapitre expérimental, la poésie et l’onirisme s’immiscent dans un cadre beaucoup plus terre à terre, traitant d’un sujet universel : la famille. En effet, M. O’Brien (Brad Pitt) est un père éduquant ses enfants à la dure, de manière militaire, en étant violent envers eux. Un comportement qui provoque la rage de l’un de ses fils, mal dans sa peau en raison de la tyrannie de son père. Cependant, ce dernier aime profondément ses enfants, à sa façon et avec pudeur, ceux-ci représentant pour lui sa plus grande fierté. On suit cette famille à travers un montage non chronologique, néanmoins présenté par une continuité de plans beaucoup plus claire que la première partie.
Le son, quant à lui, complète la dimension poétique du film. Par exemple, les sons du vent et des oiseaux, ou des vagues (autre référence à l’eau), vont se faufiler à travers des plans citadins, ou dans un décor faisant contrepoint à ce que l’on pourrait entendre sur une plage. Le cinéaste met la nature sur un piédestal. Elle est glorifiée par des musiques symphoniques telles que La Moldau de Smetana, le Prélude de Bach joué par le personnage de Brad Pitt, ou du Brahms retentissant entre les murs de la maison des O’Brien.
De plus, le film parle d’une nouvelle thématique universelle pour parfaire la densité de tout ce que Terrence Malick illustre, à savoir la nécessité de l’amour dans une vie.
The Tree of Life est sur le papier un projet qui peut sembler prétentieux, pouvant en ennuyer plus d’un, mais il est en réalité une œuvre magnifique sur l’humanité à travers sa métaphore religieuse de l’eau : la piscine, les rivières, la plage, les océans. Un film qui va bousculer les structures traditionnelles pour façonner un poème humaniste ainsi qu’une introspection sur une situation familiale, résumée par la violence, le deuil et l’amour, avant de pouvoir s’évader dans une dimension onirique grandiose.





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