Adieu ma concubine, réalisé par Chen Kaige est lauréat de la Palme d’or en 1993. Un prix qui a cette année une spécificité, car il partage la récompense prestigieuse avec un autre film : La leçon de piano de Jane Campion.

Spoilers

LA GLOIRE APRÈS LA MALTRAITANCE

Le métrage s’ouvre en 1924 prenant place à Pékin. Un contexte qui plante d’emblée le décor avec la mère de Dieyi (Leslie Cheung) qui abandonne son fils pour qu’il puisse être recueilli par une école à vedettes d’opéra qui s’apparente plutôt à un orphelinat. Dès son plus jeune âge, ce personnage subit un châtiment injuste, contre son gré. Une souffrance qui va être accrue en raison du traitement de l’enseignement tyrannique qui maltraite les élèves. Un premier acte qui expose donc l’enfance inhumaine vécue par Dieyi, qui va néanmoins se lier d’amitié avec celui qui deviendra plus tard son frère de jeu : Xiaolou (Zhang Fengyi). Les deux futures stars deviennent alors les têtes d’affiche de l’opéra intitulé « Adieu ma concubine« . Ils incarnent des personnages haut en couleurs, à travers des maquillages et des costumes impressionnants. Le métrage parle à certains moments de réalité et du jeu de scène confondus.

Mais l’intrigue centrale du film est représentée par la relation homosexuelle impossible, car à sens unique entre ces deux amis ayant une relation fusionnelle à travers leur art, adulés par les spectateurs. C’est d’ailleurs à partir de l’union entre Xiaolou et Juxian (Gong Li) que cette pièce de théâtre musical va devenir une réalité personnelle, car Dieyi va devoir dire adieu à sa concubine, ou plutôt à son concubin.

Copyright 1993 TOMSON (HONG KONG) FILM CO. LTD.Film Adieu ma concubine

UN ENGAGEMENT PROGRESSISTE A TRAVERS UN RÉCIT POLITIQUE

Adieu ma concubine retrace les dates marqueurs de la Chine qui ont influé sur le développement des personnages ainsi que sur leur art et sur son évolution, notamment avec la menace japonaise arrivée sur terre chinoise :

  • 1937 : L’entrée en guerre du Japon
  • 1948 : Le gouvernement nationaliste quitte la Chine
  • 1949 : République populaire de Chine
  • 1966 : Révolution culturelle

Xiaolou n’est pas attiré par Dieyi. Sa liaison avec Juxian rend ce dernier jaloux, le plongeant dans une profonde frustration. Un châtiment qui ne dépend une nouvelle fois pas de lui, car son « frère » de jeu n’éprouve pas de sentiments envers lui. De plus, son homosexualité à laquelle il ne peut avoir le contrôle dessus, est reçu par la vision chinoise comme un châtiment. Finalement, Dieyi aura passé sa vie à souffrir des autres ainsi que de ce qu’il est, incompris par la société de son peuple. En effet, la représentation de l’homosexualité dans le film reste discrète, notamment car Xiaolou n’est pas de la même orientation que Dieyi, ce qui ne permet pas de développer une romance, contrairement à la dramaturgie. Ensuite, les termes « homosexuel » ou « aimer une personne du même sexe » sont considérés à travers cette séquence de fin de jugement (qui est la meilleure du film) comme encore plus grave qu’une trahison, tellement interdit qu’ils ne sont même pas énoncés.

C’est donc avec un engagement nécessaire que Chen Kaige traite d’un thème progressiste pour ce pays qui encore aujourd’hui en 2026 interdit le mariage pour tous. Une Palme d’or méritée pour dénoncer les mentalités arriérées de la Chine, pays du cinéaste indigné par ce châtiment injuste auxquels les homosexuels sont dès la naissance confrontés.