La Palme d’or du Festival de Cannes 2017, The Square, a été écrite et réalisée par Ruben Östlund. Le film a été coproduit dans quatre pays : la Suède, l’Allemagne, la France et le Danemark. L’œuvre est le cinquième long-métrage du réalisateur et sa première Palme d’or puisqu’il en remportera une deuxième en 2022 pour Triangle of Sadness (Sans filtre).

Avec des critiques très dures dans certains journauxThe Square divisa d’abord la presse française. L’œuvre raconte la vie d’un conservateur de musée d’art moderne qui essaye de naviguer entre problèmes personnels et professionnels, et qui, spoiler, n’est pas très carré.

Le film s’ouvre sur le réveil de Christian (Claes Bang), ledit conservateur, après une nuit arrosée : réveil imprévu sur un canapé, verre d’eau, et le voilà parti en interview avec une journaliste qu’il ne manquera pas d’apprendre à connaître plus profondément par la suite. Les dix minutes qui suivent nous font tout de suite comprendre l’idée principale : les deux prochaines heures se moqueront du monde de l’art contemporain et de ses adeptes humanistes. Malgré un rythme un peu lent, le sujet est traité de manière assez amusante. Le film ne cesse de tourner cet univers lisse en dérision pour en souligner l’hypocrisie. Ce procédé repose principalement sur Christian qui se comporte comme un enfant simplet sur les bords et guidé par son intérêt personnel. Essayer d’anticiper les conséquences n’est en effet pas à la portée de tout le monde : qui aurait pu croire que pousser un enfant dans les escaliers n’était pas la meilleure manière de se débarrasser d’un problème qu’on avait soi-même créé…

L’autre émotion que le réalisateur a choisi de nous faire ressentir, c’est le malaise. Que ce soit par la durée excessive de certaines scènes ou par les situations elles-mêmes, on est très régulièrement gêné au cours du visionnage. Scène de sexe avec détails inutiles ou repas de 15 minutes avec un faux gorille qui court partout, il y a de quoi faire. Alors à quoi bon insister autant sur ce sentiment ? L’hypocrisie est mise en avant à travers toute l’histoire mais sa simple représentation resterait en elle-même extérieure au spectateur. Le choix de confronter le public au malaise pourrait donc être un moyen de rendre ces contradictions entre valeurs et actes tangibles. 

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Pour revenir à Christian, on a donc bien compris qu’il sert parfaitement la mise en avant de l’hypocrisie. Le problème est que cette hypocrisie, on la verra beaucoup, vraiment beaucoup, tellement que s’en est trop. Certes, le film traite bien de son sujet et ne part pas dans un débat parallèle sur la définition de l’art. Il se concentre sur la critique des individus d’un monde qui traite cette même question avec une prétendue évidence. Le fait est qu’il le fait aussi subtilement que ma blague d’introduction, soit donc pas vraiment. Il utilise plutôt une superposition de plans qui nous prennent par la main en demandant « est-ce que tu as vu que le deuxième plan ne correspond pas à ce qui a été dit dans le premier ? ». On a par exemple un plan sur la description des valeurs de l’œuvre The Square qui prône l’aide à son prochain et l’égalité, puis, une autre scène qui montre des sans-abris dans la rue, ignorés par les passants. Un autre exemple ? Pas de problème ! Un mendiant demande de l’argent à Christian qui, bien entendu, refuse, puis quelques minutes plus tard vient lui demander de l’aide pour surveiller ses sacs. Bref, vous l’aurez compris, à ce stade les sabots sont un peu trop gros…

Sans être une tribune politique contre le monde de l’art moderne, The Square met en avant les contradictions et l’hypocrisie d’un univers assez ésotérique. S’il réussit à le faire de manière intéressant et ironique, il manque malheureusement d’un peu de finesse et ne laisse que très peu d’autonomie au spectateur. Avis aux amateurs de palmes d’or, allez-y pour l’expérience mais méfiez-vous si vous ne supportez pas le malaise…