
L’Odyssée se dévoile enfin sur grand écran. Bien plus qu’une sortie, c’est un événement ! Juste avant l’arrivée de Spider-Man : Brand New Day (2026) à la fin du mois de juillet. Une sortie particulièrement attendue par les cinéphiles, car il s’agit du nouveau film du réalisateur le plus bankable de la planète : Christopher Nolan ! De plus, comme à son habitude, le casting impressionnant contribue au prestige du film, à commencer par les habitués de la filmographie du cinéaste britannique avec Matt Damon (Interstellar (2014) et Oppenheimer (2023)), incarnant le personnage principal, Ulysse, Anne Hathaway (The Dark Knight Rises (2012) et Interstellar (2014)), Robert Pattinson (Tenet (2020)), Eliott Page (Inception (2010)), Himesh Patel (Tenet (2020)), Benny Safdie (Oppenheimer (2023)). Mais aussi de nouvelle têtes comme le duo (et couple) d’acteurs que l’on retrouvera dans le deuxième événement du mois : Tom Holland jouant le fils d’Ulysse, Télémaque, et Zendaya qui donne vie à Athéna, déesse de la stratégie militaire. Lupita Nyong’o (Hélène), Charlize Theron (Calypso) ou encore Jon Bernthal (Ménélas) sont aussi de grands noms qui viennent étoffer le casting.
–Spoilers–
DU NOUVEAU CHEZ CHRISTOPHER NOLAN
Les œuvres de Christopher Nolan se caractérisent par le grandiose ainsi que par leurs thématiques temporelles. Ce qui est conservé dans The Odyssey, mais avec quelques nouveautés. Tout d’abord, pour l’aspect technique, avec la collaboration de son directeur de la photographie habituel : Hoyte Van Hoytema. Pour la première fois, le réalisateur tourne intégralement son film en IMAX. Ce format propre au réalisateur de la trilogie du chevalier noir repousse donc les limites techniques, ne se servant pas uniquement d’une caméra de 130 kg pour les scènes d’action et pour la grandeur de ses images, mais aussi en filmant les dialogues et moments plus calmes. Pour ce faire, IMAX a créé un caisson insonorisé permettant de résoudre l’une des problématiques liées au fait de tourner avec cet instrument gigantesque : le bruit de la caméra.
Ensuite, d’un point de vue plutôt artistique, Christopher Nolan s’attaque à un monde qu’il n’a pas l’habitude de développer. Après avoir adapté un morceau de notre Histoire en 2023, il reconstitue l’un des plus anciens et populaires poèmes épiques. Il sort alors de sa zone de confort basée sur le réalisme pour s’attaquer au fantastique, accompagné de bribes horrifiques que l’on a pu brièvement voir dans Batman Begins (2005).
L’Odyssée a été racontée par Homère des siècles avant Jésus-Christ et est encore aujourd’hui mise en scène des millénaires plus tard, nous faisant voyager à travers l’odyssée de la rédemption d’Ulysse.
LE TEMPS D’OUBLIER POUR RETENIR SES SOUFFRANCES
Ulysse est parti pour combattre lors de la guerre de Troie. Il est l’un des infiltrés dissimulés à l’intérieur du célèbre cheval avant d’envahir l’ennemi. Les Grecs remportent la victoire, mais Ulysse va payer le prix de son massacre ainsi que celui de ses hommes. Son premier châtiment sera de devoir affronter les Dieux et autres créatures mythologiques grecques pour pouvoir retrouver sa famille. Son fils Télémaque est devenu un jeune adulte. Il attend avec sa mère, Pénélope, le retour du roi d’Ithaque.
Le temps qui lui est retiré est ici la conséquence du mal auquel le protagoniste à participé. Un périple qui dure tellement longtemps qu’il doute de la véracité de son bonheur d’antan. Une souffrance qui fait d’ailleurs grandement écho au chef-d’œuvre de Christopher Nolan, Interstellar : un père voulant revenir auprès de sa famille, mais retenu au cours de son odyssée spatial ayant comme problématique majeur le temps qui s’échappe.
Le temps passé lors de son épopée l’embarque dans différents tableaux, notamment horrifiques :
- La grotte sombre de Polyphème, ayant comme résident un fils de Poséidon : le Cyclope, à l’esthétisme aussi inspiré que terrifiant. Nolan s’inspire de la peinture Saturne dévorant un de ses fils de Francisco de Goya (1819-1823) (image à droite) pour façonner l’horreur de son monstre, développant par la même occasion l’épouvante dans sa filmographie, après l’avoir entrevue dans son précédent film lors du discours d’Oppenheimer.
- Nous avons aussi Circé (Samantha Morton), qui punit les hommes en les transformant en animaux à travers une séquence de métamorphose organique et très graphique.
- Une manière de montrer frontalement l’horreur avant que Nolan utilise la pénombre pour dessiner ses créatures, que ce soit tout d’abord avec le Cyclope dans la caverne, ou « les ombres » (ces combattants morts), ou encore sa représentation subtile et intéressante de l’attaque auditive des Sirènes, aperçues brièvement à travers la brume.
- Les Lestrygons ne sont, quant à eux, certes pas dissimulés par l’obscurité, mais leur identité reste cachée sous leur heaume en acier.
- Scylla est une créature intervenant furtivement, s’attaquant au navire d’Ulysse grâce à ses longs cous. La prise de vue sur ce monstre est centrée sur sa forme, sans que l’on ne s’attarde trop sur son corps de grande envergure.

Christopher Nolan montre donc, après Oppenheimer et L’Odyssée, qu’il n’est pas fermé à l’horreur, considérant ce genre comme « la forme de cinéma la plus viscérale ». Ce qui pourrait peut-être rendre les rumeurs d’un prochain film d’épouvante plus concrètes…
Voici tout ce qu’Ulysse doit traverser pour pouvoir expier les souffrances qu’il a causées à Troie. Il doit parcourir l’enfer, subir sa culpabilité et consentir à faire des sacrifices pour espérer rejoindre sa famille. Et ce n’est pas tout, car l’un de ses obstacles les plus douloureux sera celui de la nymphe Calypso, qui efface sa mémoire en lui administrant des fleurs de lotus. Cela a pour effet de rendre ce dernier amnésique, ne se rendant même plus compte qu’il est échoué depuis des années sur cette plage aux côtés de cette divinité.

LE RETOUR D’UN HÉROS
Les Dieux peuvent être déguisés. Une manière d’offrir l’hospitalité aux démunis. Ulysse revient à Ithaque de cette manière. Il dissimule son identité, encapuchonné, jusqu’à rentrer réellement chez lui, surtout face à l’antagoniste Antinoos (Robert Pattinson). Sa longue barbe témoigne du temps passé loin des siens. Finalement, il sera rentré dignement dès qu’il aura redonné à celle qu’il aime, Pénélope, cette broche. L’objet réel permettant de se rappeler le souvenir de sa famille. Il va tout d’abord se défaire des rapaces voulant récupérer le trône afin de laisser en paix Pénélope et son fils Télémaque, qui pourra alors régner. La dramaturgie impactante d’Homère est très bien retranscrite par Nolan.
Athéna apparaît telle une entité divine. Elle guide, tout en hantant de manière bienveillante, la souffrance d’Ulysse parcourant son épopée. Elle lui rappelle ses péchés tout en l’amenant vers sa rédemption et ce dénouement qui s’achève dans la paix et la sérénité. Il parcourt alors son dernier voyage afin d’accomplir son expiation, en rendant hommage à ses hommes par l’exil.
L’Odyssée a inspiré de nombreux récits, que ce soit Le Voyage de Chihiro (2001) par l’étape mettant en scène Circé, ou tout simplement les contes classiques voyant la princesse attendant d’être libérée par son prince charmant, cloîtrée dans son château. De plus, cette œuvre va rendre ses monstres populaires, repris au sein de la pop culture et modernisés par cette (nouvelle) immense œuvre que Nolan a encore réussi à créer.
Enfin, il est impossible de clore l’analyse d’un Nolan sans parler de la musique ! Ludwig Göransson, triple oscarisé et dernier tenant du titre en date pour la bande originale de Sinners (2025), est pour la troisième fois consécutive le compositeur de Christopher Nolan. Alors, pour ma part, je trouve que la musique est en deçà de celle d’Oppenheimer (2023), mais néanmoins toujours très réussie. En effet, Göransson réussit à façonner une bande originale majoritairement discrète, se contentant de l’ambiance pour porter Ulysse dans son périple. D’ailleurs, le thème, ou plutôt le motif qui se démarque, est celui nommé « Sirens« , avec son air hypnotique tournant autour de très peu de notes, à la couleur mystique, due aux sonorités provenant de flûtes venant d’un temps passé.

Vous l’aurez compris, ce film est une grande réussite. Le scénario n’est cette fois ni très verbeux ni trop complexe, a contrario de la majorité des métrages du réalisateur. Il est agréable de pouvoir admirer sans être frustré de ne pas tout comprendre grâce à cette aventure populaire, portée par un grand Matt Damon dirigé par le génie de Christopher Nolan. Le réalisateur marque à nouveau nos esprits avec modestie, mais toujours et pour notre plus grand plaisir, de façon grandiose.




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