Nous voilà face à un film sur le désir d’évasion, sur le besoin irrépressible de partir, de quitter leur Tunisie natale pour Alyssa et Mehdi, frère et sœur de cœur d’une vingtaine d’année. Un âge d’entre- deux particulièrement confus, quand on quitte définitivement l’adolescence mais qu’on est pas encore tout à fait adulte… Dans un pays traversé par les tensions sociales et politiques, la nécessité de prendre son destin en main devient de plus en plus concrète, surtout lorsqu’Alyssa apprend l’existence d’un concours d’art dont le prix est une résidence artistique en Allemagne. Tout se bouscule dans sa tête, elle décide d’y inscrire Mehdi qui dessine depuis toujours. Seul obstacle : le concours se tient à Djerba, à plus de 500 kilomètres au sud de Tunis. L’audace d’Alyssa va contaminer Mehdi et les pousser à prendre la route, remplis d’espoirs et de rêves pour une vie meilleure, et échapper à un quotidien sans horizon.

TU SAIS D’OÙ VIENNENT LES NUAGES ?

D’où vient le vent est un road movie unique, sur un tandem extrêmement touchant et attachant, qui ne tombe jamais dans la romance classique. C’est une vraie, belle et grande histoire d’amitié entre Alyssa et Mehdi, pure, sans ambiguïté. On est immédiatement embarqué dans ce récit lumineux à la lisière du coming-of-age movie, du road trip et du buddy movie (film de potes). Un film sur le fil, toujours « entre-deux »… Entre le drame et la comédie, entre l’espoir et la résignation, entre le réalisme et l’imaginaire… Entre le rouge et le bleu.
Afin de marquer visuellement leur opposition et leur complémentarité, la réalisatrice Amel Guellaty associe ses personnages à des couleurs précises. Alyssa c’est le feu, impulsive, fougueuse, libre, elle est systématiquement vêtue de rouge. Mehdi c’est l’eau, toujours en bleu, il est plus calme, timide et mesuré. Ensemble, ils forment un équilibre.

Je voulais que le film puisse être compris presque sans dialogues, que l’image parle d’elle-même. Chaque couleur correspond à un état intérieur. Le rouge est lié à la colère, à l’urgence, au feu. Le bleu est associé au rêve, à l’apaisement, à la fuite mentale. Le jaune renvoie à la Tunisie elle-même, le désert, la lumière, la chaleur, mais aussi une forme de mémoire. À mesure que les personnages évoluent, les couleurs se déplacent, se mélangent, se contaminent. La palette accompagne leur transformation intérieure. Je n’ai rien inventé, j’utilise les codes couleurs qui existent déjà, je les emprunte au cinéma d’Almodóvar. Malgré leurs différences, nos personnages se complètent et partagent à la fois leur envie d’un ailleurs plus doux, et leur grande sensibilité à l’art. Le dessin pour Mehdi, l’imagination pour Alyssa, la poésie pour les deux…

TU SAIS CE QU’IL Y A SOUS LE SABLE AU CENTRE DE LA TERRE ?

Le film est orné de passages oniriques, d’une grande poésie, qui permettent de respirer entre deux scènes de course-poursuite ou de problèmes rencontrés au cours du road trip vers Djerba. L’imagination débordante d’Alyssa (alimentée par les croquis quotidiens de Mehdi) prend vie à travers de brefs mais sublimes moments d’animation en 3D, nous permettant avec les personnages de rêver un peu. La poésie se manifeste dans l’image même avec notamment cette utilisation de l’animation, mais aussi plus simplement à travers les mots, lorsque Mehdi raconte des histoires à Alyssa au fil de leur aventure. Il lui demande, presque naïvement d’où viennent les nuages, le vent et le sable… puis il narre avec toute la beauté du monde une histoire surréaliste et mythologique, parfois tirant son origine de l’Histoire même de la Tunisie.

Tu sais d’où vient le vent ? De l’autre côté de la planète, dans un désert comme celui-ci, il y a ce qu’on appelle des hurleuses. Ces femmes, pour réveiller le vent, crient du plus profond de leur être. Quand le vent est fort, on peut les entendre.

On voyage, on en sort grandit et surtout inspiré, de ce petit joyau tunisien qu’est D’où vient le vent.

D'où vient le vent