Insidious démon

En 2010, James Wan et le studio Blumhouse sortent Insidious. Le 4ème long-métrage du réalisateur sera un ras-de-marée sur l’industrie horrifique et influencera les productions durant des années.

Déjà réalisateur des excellents Saw (2003) et Dead Silence (2007), James Wan est – en 2010 – un jeune nom prometteur du cinéma d’horreur et pour son nouveau film co-écrit avec son ami Leigh Whannel, il se tourne vers le studio montant de l’époque Blumhouse !

Créé par Jason Blum, la maison de production a pour objectif de financer des films d’horreur « à concept », c’est-à-dire des films qui ont une idée originale forte et de tout miser sur la nouveauté. Parfois, cette stratégie est un succès comme avec Paranormal Activity (2009) et parfois… pas du tout.

Fort heureusement pour James Wan, il se trouve plutôt dans la première catégorie ! Il parvient alors à faire produire son nouveau film par ce studio, le vend comme « Le Poltergeist de la nouvelle génération«  et obtient pour le réaliser un petit million et demi de dollars.

On y suit une famille qui vient d’emménager dans une nouvelle maison et un jour l’un des enfants tombent dans une mystérieuse forme de coma. En réalité l’âme de l’enfant est sorti de son corps et ne parvient plus à y entrer, ce qui attirera les esprits qui tenteront tout pour le posséder.

Le rêve n’est plus une safe place

En dehors des Griffes de la nuit (1984) de Wes Craven, très peu de films d’horreur se sont attaqués au sommeil. Les personnages se font généralement attaquer lorsqu’ils sont éveillés en soirée, mais rarement dans leur sommeil qui constitue souvent un refuge : on sait qu’il n’y a plus de danger, lorsque le héros s’endort. Ce n’est pas le cas dans InsidiousAu contraire, les problèmes commencent lorsque le sommeil les gagne.

Chaque nuit, le père devra effectuer une sorte de projection astrale, sortir son âme de son corps et aller chercher son fils dans le monde des morts. Ce concept est particulièrement fort, car il implique que ses personnages soient constamment dans une position de vulnérabilité : leurs corps physique sont immobiles et à la merci des esprits avoisinant.

C’est également une idée facilement transposable à la vie du spectateur, car tout le monde fini par s’endormir à la fin de la journée et il n’est pas difficile de s’imaginer que notre nuit pourrait ressembler à celles du film… (sûrement une des raisons pour lesquelles Insidious a traumatisé de nombreux enfants)

patrick wilson dans insidious

James Wan : le malin

Si Insidious est resté dans les mémoires, c’est aussi et surtout grâce à la réalisation virtuose de James Wan. Fan d’horreur depuis son enfance, le metteur en scène connait tous les mécanismes de la peur et se joue des attentes du public. En effet, il s’amuse constamment à faire monter la tension pour préparer un screamer facile, mais là où bien d’autres films se jetteraient tête la première dans la moindre amorce, James Wan choisi de retarder, de feinter son arrivée pour faire venir la peur d’un endroit inattendu.

Dans les grandes réussites du film, il faut également mentionner le design des esprits. Que ce soit le démon ou la vieille dame mariée, les maquillages et visuels sont tout simplement cauchemardesque. Ils sont à la fois ni trop éloignés du réel, ni vraiment proche de nous et se trouvent ainsi dans une « Uncanny Valley » très perturbante qui accroche la rétine.

La vieille mariée d'Insidious

Un film… de son époque

Insidious a inspiré de très nombreux films ! Il a eu des suites directes, a permis de financer un univers cinématographique avec les Conjuring (2013 et 2016), Annabelle (2014) et Malignant (2021) et a été un véritable carton ! Pour un simple budget de 1.5 million de dollars, il en a rapporté 100M !

Maintenant, le film accuse tout de même quelques effets – qui ont fait son succès et sa marque de fabrique à l’époque – qui le rendent un peu kitsch aujourd’hui. Les violons stridents et extrêmement forts ou la photographie sombre, sont autant d’éléments qui ont très mal vieillis.

James Wan a également une passion pour les effets visuels marqués (plans débullés, traveling numériques, etc) et l’on peut déjà voir les prémices des catastrophes à venir (Malignant (2021) et Aquaman et le Royaume perdu (2023)). Ici, le réalisateur se contient et son style matche parfaitement avec l’ambiance du film, mais l’on ressent déjà que la ligne est très fine entre le génie horrifique et le nanard.

Insidious recherche du démon

Insidious est un des films d’horreur les plus marquants des années 2010 qui a redonné un nouveau souffle au genre et propulsé son réalisateur en véritable star du style ! Effrayant et au concept fort, il est également l’un des films les plus rentables de l’histoire en ayant multiplié son budget par 100. Si aujourd’hui quelques ratures semblent visibles rétrospectivement, il ne faut pas oublier qu’à l’époque, Insidious était un véritable coup de pied dans la fourmilière horrifique.