
Sorti en 2022, The Fabelmans est un film grandement autobiographique de Steven Spielberg. En montrant l’origine de sa passion pour le cinéma, l’auteur dévoile également l’intimité de sa famille atypique et pourtant si commune.
« À 16 ans, j’ai arrêté de regarder ma mère comme un parent, mais plus comme un individu », explique Steven Spielberg dans le making-of de The Fabelmans. C’est autour de l’événement qui a créé ce recul que s’articule l’entièreté du film. On y découvre également la genèse de son goût pour le cinéma, le spectacle et les récits initiatiques.
Plus qu’un film sur sa famille, The Fabelmans est surtout un film sur le pardon et les illusions perdues. Mélancolique, drôle, triste, il s’agit probablement de l’œuvre la plus touchante de Steven Spielberg.
Une singularité si commune
The Fabelmans est une représentation de la famille de Steven Spielberg et en particulier de ses parents Arnold et Leah Spielberg (morts respectivement 2 et 5 ans avant la sortie du film). À l’écriture, Spielberg et son co-auteur Tony Kushner (lauréat d’un prix Pulitzer en 1991) ont été très précis sur les particularités de cette famille. Que ce soit le père féru de technologie, la maire pianiste, les sœurs excentriques ou leur confession juive (la différence de foi est au cœur de la relation entre Sammy et Monica) : les détails sur les caractéristiques sociales, mentales ou physiques des Fabelmans fourmillent.
Pourtant, plus les personnages deviennent précis dans leur construction, plus ils s’éloignent de ce à quoi le spectateur ressemble et plus l’identification devient intense. En effet, bien qu’on ne soit pas tous des réalisateurs en herbe avec une famille en pleine implosion, la singularité très précise de ses composantes fait que l’on peut parfaitement s’identifier, car chaque famille est singulière à sa façon et chaque détail peut trouver un écho, un point de rattachement dans nos vies personnelles.

Une écriture brillante
Au-delà de l’identification, The Fabelmans brille par son écriture non manichéenne : il n’y a pas de méchant. Certes, quelques personnages ont des actes répréhensibles qui impacteront Sammy (le jeune Steven Spielberg), mais une rédemption leur sera toujours offerte, car le film s’axe notamment autour de la notion de pardon !
Le jeune Sammy, qui avait une image idéalisée de ses parents, voit d’abord celle de sa mère s’écorner à la suite d’un séjour en forêt, mais finira par comprendre ce qui l’a poussée à agir ainsi et à la pardonner. Plus généralement, The Fabelmans traite également des illusions perdues, que ce soit le statut sacré des parents qui s’écroule, la rencontre d’un réalisateur adulé (avec un caméo incroyable de David Lynch), la confrontation avec la réelle condition matérielle d’un artiste ou l’estime que les gens ont pour son travail : le parcours de Sammy est une longue suite de déceptions frontales et d’acceptation de la réalité.

Une maestria technique
Le cinéma est au cœur de The Fabelmans. Sa séquence d’introduction résume d’ailleurs parfaitement tous les enjeux du film ! Alors qu’ils se rendent au cinéma pour voir un film, le père explique au jeune Sammy tous les aspects techniques alors que la mère se focalise sur le ressenti et l’importance de l’art : tout est là, la passion de Sammy et la différence entre les parents.
Enfin, tout culmine dans la séquence phare du film, lorsque Sammy monte le film des vacances avec ses parents et découvre la face cachée du couple de ses parents. Plus qu’un twist d’écriture, cette scène est également un tour de force à la réalisation et au montage ! En effet, Steven Spielberg joue sur deux endroits :
- Le père et la mère au rez-de-chaussée : la mère joue du piano et le père l’écoute.
- Le jeune Sammy dans sa chambre qui fait son montage.
En plus d’une opposition thématique (le rez-de-chaussée qui est dans le mensonge alors que l’étage découvre la vérité), Spielberg crée visuellement cette différence ! Le jeune Sammy est dans le noir alors que ses parents sont à la lumière du jour ou les plans du rez-de-chaussée sont relativement fixes alors que la caméra tourne tout autour de Sammy.
De plus, on peut voir une évolution dans le traitement de Mitzi (la mère) dans le cadre. Lorsque la séquence s’ouvre, on ne voit que ses mains jouant du piano et son reflet. Ce n’est que lorsque Sammy découvrira les agissements de sa mère que l’on reverra réellement Mitzi, comme si durant son montage elle n’était qu’une ombre/un reflet d’elle-même et, lorsqu’il découvre la vérité, Sammy, comme le spectateur, revoit la « vraie » Mitzi.

The Fabelmans est dédié à Leah et Arnold Spielberg (les parents de Steven), il y décrit ce qu’il a vécu avec une grande tendresse sans jamais pointer du doigt, juger ou blâmer un des deux parents. Le réalisateur livre une véritable tranche de vie mélancolique qui est parfois teintée de comédie et qui, par sa justesse d’écriture, concerne à la fois l’intimité de Steven Spielberg mais touche aussi à l’universalité des relations familiales.




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