Un écrivain en panne de succès décide de s’installer avec sa famille dans une maison où de sordides meurtres ont eu lieu. Si le pitch rappelle certains grands classiques du cinéma horrifique, Scott Derrickson en fait un huis clos efficace dans sa première partie, mais malheureusement beaucoup trop prévisible pour être un grand film d’horreur.

Loin d’être le premier coup d’essai du réalisateur Scott Derrickson (Docteur Strange (2016)) à l’horreur, Sinister suit une famille dysfonctionnelle qui tente de se réinventer. Dix ans après le succès de son dernier livre Kentucky Blood, Ellison Oswalt (Ethan Hawke, plein de justesse dans ce rôle de père assoiffé de sa gloire ancienne et un peu égoïste) est en panne d’inspiration. Désireux de retrouver le succès qu’il a connu par le passé, il espère écrire un best-seller dans la maison où des meurtres atroces ont été commis : une famille entière a été décimée, sauf un enfant disparu. Commence alors pour Oswalt une enquête qui mettra toute la lumière sur l’affaire, et révélera des choses profondément enfouies dans la maison. 

Dans sa première partie, Sinister est plutôt agréable à suivre, avec cette enquête cloisonnée sur les mystères et horreurs qui entourent cette maison. Le fait d’être en huis clos dans cette même maison provoque un frisson assez particulier et oppressant, en jouant beaucoup sur le hors-champ et les bruits de pas, comme si une force invisible rôdait dans les parages : Scott Derrickson construit progressivement un univers domestique envahi par une entité démoniaque. En trouvant un carton rempli de bobines Super 8 dans le grenier, Oswalt va continuer son enquête à l’aide d’un projecteur. Un regard nouveau qui s’offre tant au protagoniste qu’au spectateur, qui découvre en même temps les horreurs qui se sont déroulées ici et ailleurs.

En jouant subtilement avec le hors-champ et les apparitions furtives dans les films Super 8, Sinister dévoile l’entité démoniaque de manière intelligente et crée de l’attente et de la stimulation sur ce qu’elle représente. Les tueries sont d’ailleurs dépeintes de manière hyper glauque (caméra à l’épaule, immergeant directement le spectateur avec un regard voyeuriste dérangeant, atmosphère ultra sombre, aspect granuleux des films), certaines sont mêmes mémorables, notamment la scène de la tondeuse. Le mystère entourant l’entité démoniaque et ses capacités renforce l’aura mystique qui entoure le film dans sa première partie, et ce dernier aurait beaucoup gagné à garder cette part de mystère.

Copyright Blumhouse Productions Stars Ethan Hawke Film Sinister

Cependant, après cette première partie plutôt efficace, Sinister s’essouffle et finit par plonger dans les mécanismes traditionnels du genre horrifique. Les apparitions furtives et les surgissements dans le cadre prennent de plus en plus de place dans la mise en scène à mesure que la deuxième partie se déroule, rendant de facto certains mécanismes et certaines scènes prévisibles. Le film finit par se vautrer dans des jumpscares tout aussi prévisibles.

Même scénaristiquement parlant, Sinister a du mal à trouver une véritable organicité dans son récit, en répétant souvent les mêmes schémas. On sent donc que le long-métrage commence à devenir poussif en approchant de la fin ; c’est comme si révéler l’entité démoniaque et son but avait fait perdre au film sa singularité visuelle et atmosphérique. Et à part Ellison Oswalt, le reste de la famille a du mal à exister, si bien qu’il y a peu de place pour s’attacher à ces personnages.

Une construction psychologique bancale, qui avait pourtant bien démarré dans l’atmosphère dérangeante qui régnait, mais qui finit par abandonner ses personnages secondaires. Il n’y a plus trop de place à l’interprétation et au mystère, avant un final qui fait malheureusement l’effet d’un pétard mouillé, surtout après avoir construit son récit de manière plutôt subtile en première partie. Dommage, le potentiel de Sinister était là mais finit par s’évaporer.