C’est au Festival international du film de Toronto (TIFF) 2026, où il figurait dans la catégorie Présentations spéciales, que nous avons découvert le dernier long-métrage du réalisateur irlandais oscarisé Martin McDonagh, se prénommant Wild Horse Nine, et quel choc!

De loin le meilleur film parmi les 28 visionnés durant les 10 jours du festival, la comédie noire de l’auteur des Banshees d’Inisherin (2022) nous emmène d’abord au Chili à l’été 1973. À Santiago, Lee et Chris, deux agents de la CIA spécialisés dans la déstabilisation de gouvernements étrangers jugés encombrants par les USA, se préparent à partir pour une semaine de vacances sur l’île de Pâques, que Chris (John Malkovich), le vétéran du duo, a toujours eu envie de visiter. Lee (Sam Rockwell) accompagne son mentor et ami, mais dès le début du film, et suite à une discussion houleuse avec son supérieur MJ (Steve Buscemi), il semble que pour lui, il s’agisse plus d’une mission secrète que d’un réel voyage de détente. Dès le départ des amis, Chris semble ne pas être totalement lui-même, et aborde sans filtres des passants et un couple de jeunes voyageuses appartenant visiblement au soutien du premier président socialiste chilien élu démocratiquement : Salvador Allende. Arrivés sur l’île, Lee s’inquiète de l’état de santé de son aîné, alors que celui-ci préfère retrouver les deux jeunes militantes et se lier d’affection pour l’une d’elles, Monica (Mariana di Girolamo). L’Île de Pâques, ses géants de pierre, ses chevaux sauvages et l’insouciance de Monica ont un effet saisissant sur l’agent vieillissant, et lui font reconsidérer et réfléchir à ses actions et choix de vie personnels et professionnels passés, son amitié avec Lee, et les notions de confiance et de trahison.

Comme toute reconstitution historique dotée d’un budget conséquent, de plus se déroulant dans un lieu aussi inhabituel et sauvage que l’île de Pâques en 1973, le long-métrage est bien évidemment magnifiquement photographié et offre des paysages époustouflants qui gagnent à être découverts sur grand écran dans une salle obscure. Mais ce n’est pas seulement ce qui fait sa force : les dialogues chargés d’humour très noir sont ciselés sur mesure pour les trois grands comédiens qui portent magnifiquement le film du début jusqu’à la toute fin, dans une série de révélations et de rebondissements que, dans un souci de préservation de votre surprise, nous ne dévoilerons pas ici. Malkovich, Rockwell et Buscemi sont parfaits dans leur interprétation de ces agents désabusés dont l’unique mission est de préserver le chaos maintenant l’hégémonie des États-Unis d’Amérique dans le monde, mais aussi chez eux, et pour qui les théories de conspirations fantaisistes de certains sont la réalité quotidienne. La désinvolture avec laquelle ils discutent des coups d’État et assassinats variés qui firent partie de leurs missions passées ne manque pas de faire mouche dans le public, surpris plusieurs fois à éclater de rire à des moments plutôt inconvenables.

Copyright Searchlight Pictures Film Wild Horse Nine

Martin McDonagh prouve encore une fois qu’il est un grand auteur/réalisateur, maître du grand écran, qui sait émouvoir, faire rire et grincer des dents, donc préparez-vous à une pluie de nominations et de récompenses, et allez découvrir le film avant le gros buzz qui ne manquera pas d’arriver!