
Takashi Miike présente Sham, son deuxième film de l’année 2025, après Blue Fight Aoki Wakamono Tachi no Breaking Down. Bien loin de Dead or Alive (1999), ce métrage se rapproche beaucoup plus de la palme d’or 2026 : Fjord. Miike met en scène la violence faite aux enfants dans le milieu scolaire et de la responsabilité des adultes d’enseigner et donc d’une certaine manière d’éduquer.
–Spoilers–
DEUX VERSIONS DIVERGENTES, MAIS CONFONDUS
Sham se présente en deux parties distinctes : tout d’abord nous allons être témoins de l’harcèlement physique et des agressions odieuses subies par Takuto (Kira Miura) par son instituteur. Miike nous positionne à travers le point de vue de la vérité. Il nous montre frontalement, sans dissimuler le traitement monstrueux subi par Takuto face à ce diabolique enseignant. Ce dernier, désormais écarté de l’école laisse sa place à son remplaçant : Seiichi Yabushita (Gō Ayano). Cette fois le contexte est beaucoup plus surveillé, que ce soit par le corps enseignant ou surtout la mère de Takuto qui va à juste titre défendre à tout prix son enfant. Yabushita va émettre certaines erreurs avec, certes une intention complètement différente de son prédécesseur, mais qui va tout de même lui coûter son entrée dans la tempête médiatique qu’il ne pourra déjouer. Ce sera à lui de prouver sa crédibilité et son innocence pendant que la vérité est étouffée par l’école, pensant avant tout à son image ou par l’intransigeance compréhensible de la famille de Takuto qui vient paradoxalement parasiter la vérité.
Des châtiments corporels ont été utilisés par ce premier instituteur. Le récit nous pousse à comparer ces horribles séquences à celle où Yabushita touche la joue de Takuto. Seulement la volonté n’est pas la même, car un châtiment corporel est différent d’une main positionnée sur une joue pour lui faire prendre conscience qu’il peut faire mal à ses camarades. Alors oui, le geste suffit à être répréhensible et c’est d’ailleurs ce mouvement qui va le rendre préjudiciable. Il sera également accusé de pousser l’enfant à se tuer, ce qui est faux, car le réalisateur porteur de vérité, nous a à aucun moment présenté une telle scène.
Yabushita se lance donc dans un combat sans la moindre aide avant que les partis viennent le soutenir afin de défendre la vérité. Sa famille, le témoignage d’un autre camarade de classe de Takuto ou de cet avocat Toshio Yugamidani interprété par le très attachant Kaoru Kobayashi, fortifiant la défense de Yabushita. Ce dernier va d’ailleurs délivrer un monologue intéressant par ce qu’il dit, mais aussi grâce au lent travelling avant qui permet de nous immerger dans sa défense. En effet, le mouvement subtil de caméra permet de nous rapprocher de l’orateur pour que l’on se positionne près de lui. On est de son côté. Le choix du travelling permet aussi d’écarter progressivement la mère: Ritsuko Himuro (Kō Shibasaki), qui s’avère être beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît. Une manière de se détacher légèrement de son empathie pour la transvaser sur Yabushita, même si elle reste encore très brièvement hors de la profondeur de champ afin que son oppression demeure dans le cadre.

Takashi Miike élabore une critique contre la politique de son pays. Le Japon est dirigé par le Parti-libéral-démocrate, un régime conservateur qui va être extrémisé par ce premier professeur maltraitant Takuto en raison de son sang, qu’il qualifie d' »entaché ». Une appellation provenant du racisme et du dégoût du coupable, responsable de cette cruauté à l’égard de son élève ayant des origines américaines. La guerre du Pacifique revient alors dans son argument pour justifier sa mentalité démoniaque. C’est d’ailleurs en faisant un commentaire sur la lignée de Takuto que Yabushita va creuser sa tombe, alors que son intention était bien loin d’être identique à celle de son précédent homologue.
Sham est un thriller dramatique réussi, nous embarquant dans une quête à la vérité. Takashi Miike la développe intelligemment en reproduisant, par exemple, à l’exactitude la première déclaration de l’accusé. En effet, Yabushita va dire exactement la même chose, positionné au même endroit avec le même langage corporel que le monstrueux instituteur. Le cinéaste positionne donc l’interrogation du jugement poussant à se poser la question suivante : Comment différencier un coupable et un innocent qui disent exactement la même chose pour se défendre ?





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