affiche du film Clayface

Nouveau film de l’univers DC chez Warner, Clayface tombe à pic pour Halloween en remettant sur le devant de la scène le bodyhorror ! Loin de la saga en cours, ce stand-alone est-il la voie qu’aurait dû emprunter DC depuis le début ?

Alors que Marvel brillait avec son MCU et sa galaxie de films interconnectés, DC a toujours peiné à en faire de même. Batman a fréquemment eu de bons, voir très bons films notamment grâce à Nolan et Burton, mais a, à de rares occasions, pu basculer dans le nanard (cf Batman & Robin (1997)). D’autres héros comme Superman ont également eu plusieurs films sur des décennies avec leurs lots de réussites et d’échecs, mais sans jamais lier tous les héros les uns aux autres.

Sauf qu’au cours des années 2010, le concurrent (Marvel) écrase le box-office mondial et détruit tous les records ! DC se dit alors qu’il faut faire pareil avec ses super-héros et lance à la hâte un projet Justice League en 2017. D’abord initié par Snyder et fini par Joss Whedon. Le film présente tous les futurs super-héros de l’univers en 2h : Aquaman, Wonder Woman, Flash, Batman, Superman… C’est lourd, bâclé et annonce déjà une triste issue pour le reste de l’univers… Car oui, il y aura d’autres films qui viendront s’interconnecter à celui-ci : précisément les films introductifs des héros comme Wonder Woman ou Aquaman car après tout, pourquoi ne pas faire l’introduction après la conclusion… Tout est fait à l’envers avec un ton à la fois sombre mais qui tente de calquer l’humour de Marvel.

Il n’y a pas d’autres mots que « catastrophique » pour décrire le DCEU qui se termine tristement en 2023 avec Aquaman 2… Sauf que l’avenir est peut-être radieux grâce à un homme : James Gunn ! Déjà derrière les excellents Gardiens de la Galaxie (2014-2023) chez Marvel, le réalisateur et maintenant producteur chez DC était derrière le nouveau Superman en 2025, mais aussi la très bonne série Peacemaker (2022-2025), le très réussi soft reboot de la Suicide Squad en 2021 et la sympathique série d’animation Creature Commandos en 2024.

Si l’on peut voir un début d’univers connecté avec Supergirl (2026) notamment, DC et James Gunn ne semblent pas pour autant fermer la porte à des films solitaires qui seraient plus libres artistiquement comme les Batman de Matt Reeves ou en l’occurence Clayface de James Watkins.

Un bodyhorror efficace

Clayface ou Gueule d’Argile en français est centré sur un méchant de Batman (exactement comme Joker en 2019). On y suit Matt Hagen un acteur hollywoodien en plein ascension qui, après avoir couché avec la femme d’un mafieux, va être défigurer… Sans son beau visage, les studios lui tournent le dos et alors qu’il voit sa carrière s’éloigner et les tentatives de chirurgie classique échouer, Matt tombe sur le profil d’une jeune scientifique qui aurait mis au point un prototype de solution reconstructrice. Évidemment tout ne se passe pas comme prévu et la solution pour reformer les tissus va (beaucoup) plus loin.

C’est le premier très bon point du film ! James Watkins s’est particulièrement amusé sur les visuels dégoutants et il faut souligner l’excellent travail de l’équipe de maquillage/prothèse. Que ce soit le visage coulant de Matt Hagen, les opérations chirurgicales en gros plan ou les auto-mutilations pour tenter de résoudre les excès « restructurants » de la solution, l’horreur corporelle est très réussie (avec une mention spéciale pour la scène dans l’avion).

Clayface le plan dans la baignoire
Copyright Warner Bros Stars Tom Rhys Harries Film Clayface

L’IA le vrai méchant du film

Sans spoiler le film, Clayface peut être vu comme une grande critique de l’intelligence artificielle. En effet, les nanocellules qui permettent à Matt Hagen de se remodeler le visage son drivées par de l’IA. À partir de là, notre héros perd progressivement le contrôle et passe par plusieurs phases qui sont ni plus ni moins que les étapes observées dans la vraie vie par les IA génératives.

Entre le moment où Matt se remodèle le visage et celui où il parvient à se métamorphoser en quelqu’un d’autre. Il passe par des phases d’absurdités où il mélange plusieurs corps en un. Puis l’IA se perfectionne répond aux besoins de son utilisateur jusqu’à atteindre une forme d’autonomie inquiétante à la fin…

Le cul entre deux chaises

Tout au long du film, l’acting est parfait et il faut souligner les excellentes performances de Tom Rhys Harries et de Naomi Ackie. James Watkins multiplie les choix de cadre signifiant (notamment une séquence à la fin dans la maison de la scientifique avec son mari policier où le réalisateur utilise à merveille le surcadrage) et les maquillages et prothèses sont véritablement bluffants de réalisme.

Cependant, 2 défauts viennent ternir le tableau…

Il ne serait pas surprenant qu’une version longue sorte un jour, ou du moins existe dans un tiroir de la Warner, car le film semble charcuter à certains endroits. On peut notamment penser au début qui parait rusher pour aucune raison ou à la séquence où l’on découvre le « vrai » Clayface qui arrive comme un cheveu sur la soupe sans qu’on nous ai jamais évoqué l’idée que le vrai visuel n’était pas Matt Hagen… De même, certains plans semblent avoir été oubliés dans le montage final. Lors d’une scène dans une boite de nuit, un personnage dit « le patron est dans son bureau« , cut, plan sur le patron qui boit un whisky dans son bureau, et c’est tout. Que vient apporter ce plan qui n’était pas déjà contenu dans la réplique du personnage ? Rien et il y a 3-4 plans comme celui-ci au cours du film qui viennent ponctuer des scènes de manière un peu aléatoire.

À ce montage questionnable, il faut également ajouter un ton changeant qui laisse penser que des réécritures ont dû être opérées en cours de route… On retrouve bel et bien la patte horrifique glauque de Mike Flanagan et parfois le film bascule dans le clownesque sans prévenir. C’est dommage car tout le reste du temps, James Watkins instaure un climat de tension qui est soudainement désamorcé par un visuel volontairement grotesque ou une réplique too much…

Matt Hagen a l'hopital dans Clayface

Clayface est globalement un très bon film solitaire qui ouvre de belles perspectives pour le nouveau DCU de James Gunn. Si Superman semble lancer une voie de films interconnectés, celui-ci pourrait bien confirmer qu’il faut persévérer les films uniques à petit budget.