
Complètement snobé et oublié par les critiques au moment de sa sortie en 1975, The Rocky Horror Picture Show est pourtant devenue au fil du temps une œuvre singulière, à tel point que cinquante ans après, il a donné (et donne toujours) des performances collectives exaltées. Canonisé par ses plus fidèles adeptes, ces derniers continuent de lui vouer un véritable rituel à chacune de ses ressorties en salles. Et plus d’un demi-siècle plus tard, il est d’ailleurs le long-métrage qui est resté le plus longtemps à l’affiche dans l’histoire du cinéma. Porté par les immenses Tim Curry et Susan Sarandon, cet opéra rock’n’roll et débridé mérite plus que tout autre œuvre le terme “culte”. Retour sur un objet pop fascinant et exaltant.
The Rocky Horror Picture Show met en avant Brad et Janet, jeunes tourtereaux, qui s’égarent la nuit en voiture après que cette dernière soit tombée en panne, et alors que les éléments se déchaînent. Seul refuge aux alentours : un manoir détenu par le Docteur Frank-N-Furter, scientifique travesti qui les embarque dans une nuit délirante et débauchée.
The Rocky Horror Picture Show a fait figure de véritable OVNI à sa sortie, en 1975. Sorti une année après le Phantom of the Paradise de Brian De Palma, il est avant tout une pièce de théâtre créé par Richard O’Brien (Riff-Raff dans le film) à Londres en 1972. Passé sur grand écran et financé par la Fox à hauteur d’un million de dollars, le film prend un malin plaisir à vouer un culte à son personnage principal, Frank-N-Furter (Tim Curry), icône transgressive et queer.
Tout est fait pour le mettre en valeur : le personnage est souvent placé en hauteur ou surplombant tous les autres personnages, et la caméra n’hésite pas à le filmer en contre-plongée. Exubérant, provocateur, charismatique, il est montré presque comme une divinité : chacune de ses apparitions révèle du mysticisme et du spectaculaire. Tim Curry est absolument fascinant et délivre une performance hallucinante et hallucinée, sans contexte la vedette du film.

À la croisée entre comédie musicale, porno-chic, horreur et science-fiction, The Rocky Horror Picture Show assume un côté kitsch et une esthétique appuyée, haute en couleurs saturées, flirtant avec l’expressionnisme : le “mauvais goût” et l’excentricité visuelle y sont vus comme des armes de liberté et de satire. Parodiant avec amour et beaucoup d’autodérision l’horreur et la science-fiction, le film souffre certes d’un scénario prétexte à toutes les transgressions possibles, mais y trouve justement sa plénitude en détournant ses multiples références, comme par exemple la créature du Docteur Frank-N-Furter qui se transforme en bodybuilder blond et décérébré.
Et le film n’est pas seulement qu’une succession de scènes musicales ou de références à outrance : s’il est devenu culte, c’est grâce à sa volonté d’accueillir la différence, et de sortir des représentations sexuelles et sociales jugées traditionnelles. Libérateur pour tout un pan de la population non-hétéro et devenu une sorte de véritable étendard, le film explose les codes établis et embrasse l’altérité avec empathie et une énergie débordante et contagieuse.
Finalement, The Rocky Horror Picture Show épouse parfaitement le rôle qu’il a fini par se construire au film des années et au culte qu’on lui a voué : un film de série B décidément pas comme les autres, hommage parodique à l’horreur et à la science-fiction qui ne se prend jamais au sérieux. Mais sous ses traits de parodie loufoque, débridée et transgressive, se cache aussi une vraie critique des valeurs “traditionnelles” américaines, étriquées et conservatrices (avec pour modèle le couple de Brad et Janet), enfermées dans une rigidité dans laquelle il est libérateur de s’extirper. Un long-métrage plus sérieux et plus intelligent qu’il n’y paraît, et une véritable référence culturelle qui traverse les générations.




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