Derrière un nom un peu banal peut se cacher un film qui ne l’est pas. C’est le cas aujourd’hui en ce qui concerne The Neighbor No.Thirteen ou Rinjin 13-go pour celles et ceux qui maîtrisent la langue japonaise. Adapté d’un manga de Santa Inoue, également auteur du célèbre Tokyo Tribe (2014) adapté par Sono Sion, réalisé par un certain Yasuo Inoue dont c’est le seul et unique film. Cette œuvre injustement méconnue mérite qu’on s’y attarde le temps de quelques paragraphes.

Débutant comme un rêve un peu trop fiévreux, le film nous présente le personnage de Juzo (Shun Oguri), enfermé dans une pièce sombre au milieu de nulle part, dansant en compagnie d’une silhouette masculine tout aussi trouble que l’ambiance générale les entourant. Le ton change, la musique techno laisse place à un acharnement physique sur Juzo de la part de celui qui se fera appeler No.13 (Shidō Nakamura) et celui-ci traîne son partenaire hors de la pièce.

De ce point de départ pour le moins hypnotisant, l’histoire nous ramène un peu plus à la réalité, suivant Juzo dans son petit quotidien d’ouvrier du bâtiment. Malheureusement supervisé par un certain Toru (Hirofumi Arai). Celui-ci n’est pas inconnu au personnage principal puisque pendant leurs années de collège, il a été l’instigateur d’une véritable campagne de harcèlement sur Juzo, se terminant par un horrible supplice qui laissera sa cicatrice sur le visage de la victime : une brûlure à l’acide en pleine classe de biologie. Que reste-t-il de tout ça ? Juzo ne semble pas avoir de marque sur le visage, par contre No.13 semble bien porter les stigmates de l’événement… Qui sont-ils l’un pour l’autre ?

Le film ne répond pas totalement à cette question, s’amusant à perdre le public dans une ambiance lourde, oppressante, absurde, noir et constamment en décalage avec la réalité. Le détachement apparent de Juzo, sa réserve contraste admirablement avec la violence décomplexée de No.13, donnant aux deux acteurs un terrain de jeu jouissif. Pour celles et ceux qui apprécient les subtilités de l’acting japonais, c’est un régal. Porté par une réalisation n’en faisant jamais trop, le film gagne progressivement ses galons de grand film d’horreur psychologique.

Car, fidèle à la réputation du cinéma japonais, il s’agit bien ici d’un effroi cérébral davantage que physique. La peur et la tension s’immiscent doucement dans le cerveau, creusant sa place au gré des thèmes dévoilés : la vengeance, les marques littérales ou métaphoriques du passé, la possible rédemption ou non, mais aussi les yōkai, les mondes alternatifs, entre autres. Rinjin 13-go marque son empreinte en laissant celle-ci aussi précise que floue, choisissant le malaise avant toute chose. Rien ne frappe vraiment en plein visage, mais tout parvient à laisser sa marque sur le moment. Il suffit de voir comment une certaine séquence de Juzo avec un ami de travail peut parvenir à réellement surprendre sans qu’on s’y attende.

Media Suits Inc. Film The Neighbor n°13

Lorsque le film se termine, quelques questions restent en suspens sur la nature profonde de ce qui vient d’être dévoilé. On s’interroge sur la finalité, sur des détails perçus ici et là, sur la réalité concrète de ce qui vient de se dérouler… Mais surtout, hors du prisme du film, on se demande pourquoi Yasuo Inoue n’a réalisé qu’un seul et unique film. À ce niveau de maîtrise, c’est un réel gâchis de ne pas avoir pu découvrir davantage l’ampleur de son talent. Mais qu’importe, il est peut-être plus important d’avoir fait un film aussi fort, quitte à ce qu’il soit méconnu, que plusieurs moins impactants, et connus pour les mauvaises raisons.

Besoin d’un peu de tension, rehaussé de vraies surprises pour Halloween ? Partez à la recherche de ce petit bijou, vous ne le regretterez pas !