Saviez-vous que MTV, la célèbre chaîne TV musicale des années 80, ensuite pionnière de la TV réalité, reine d’un empire dans le même genre, puis finalement sabordée par ses propriétaires sur l’autel du profit en décembre 2025, faisait tellement d’argent dans les années 90 que ses dirigeants décidèrent de lui adjoindre une division cinéma ? Et bien entendu, quoi de mieux pour lancer cette nouvelle division, nommée MTV Films, qu’une comédie musicale irrévérencieuse au ton teinté de Beavis et Butt-head (1993-), du Jon Stewart Show (1996-), et de The Real World (1992-2019) ?

Il fallait du Grunge sale, des restes de pizza de trois jours, des tas de cannettes de bière vides, des gags stupides, de l’humour noir bien sûr, de la bromance (mot qui n’existait pas encore), de la romance, et… évidemment, un happy ending à l’américaine! Le script vint donc du directeur de la promotion des programmes de l’époque : John Payson, qui passa plus d’une année à développer le script de son court métrage de 1992 (Joe’s Apt) en un long métrage destiné à lancer l’aventure de MTV Films.

Joe (Jerry O’Connell), jeune provincial naïf à l’hygiène douteuse, débarque avec des yeux émerveillés de son Iowa natal à New York, pour y vivre suite à la fin de ses études. Très vite mis face à la réalité de la violence et des difficultés de la vie dans la capitale, il finit par trouver un appartement en se faisant passer pour le fils de la dernière locataire d’un immeuble HLM qui vient de décéder. Seulement voilà : l’immeuble fait partie des plans de développement du sénateur véreux Dougherty (Robert Vaughn) qui veut construire à sa place une prison privée de haute sécurité pour enfermer les nombreux criminels et démunis de la capitale, ET est également infesté de cafards. Dougherty envoie ses sbires tenter de régler le problème de Joe, mais les cafards sont persuadés que Joe est le colocataire idéal, et se chargent des brutes, tout révélant au jeune homme leur existence ainsi que leur capacité à parler, chanter et danser. Joe n’a pas trop de problèmes à composer avec ses nouveaux amis qui deviennent un chouïa envahissant, l’empêchant notamment de trouver un emploi stable. Mais arrive Lily (Megan Ward), la fille du sénateur, qui veut construire un parc sur le terrain de l’immeuble, et Joe tombe éperdument amoureux. Quand Joe l’amène finalement chez lui, les cafards se font une joie de faire les présentations, envoyant la jeune fille dans une crise de terreur se concluant par un Joe très en colère, qui tente alors de se débarrasser de ses insectes favoris, qui ne comprennent bien entendu pas où est le problème et maitrisent le jeune homme en le ligotant au sol façon Gulliver. Alors que les hexapodes planifient de se débarrasser de lui, car il en sait trop sur eux, les acolytes de Dougherty tentent le tout pour le tout et incendient l’immeuble. Les cafards changent d’avis et sauvent Joe, puis créent un faux titre de propriété de l’immeuble au nom de celui-ci, construisent un parc pour Lily, et tout est bien qui finit bien… enfin presque puisque les cafards, qui n’ont plus d’endroit pour habiter, décident de suivre Joe qui va emménager chez la jeune fille.

Film Joe’s Apartment

En 1996, le film est rempli de clichés et d’exagérations « à la MTV » et vise une certaine partie de la population qui est déjà acquise aux frasques de la chaine. Grâce à la participation de musiciens connus comme des membres du groupe Rockapella, Moby, ou De La Soul, MTV espère également remplir les salles, et un succès pour la bande originale du film. Mais le ton caricatural, qui aurait pu fonctionner pour de l’animation, échoue ici et le film se plante totalement au box-office, avec un déficit de plus de 8 millions de dollars. Alors oui, on s’amuse et on passe un bon moment, mais il faut vraiment une suspension de l’incrédulité poussée au maximum. Les passages de comédie musicale ou les cafards en image de synthèse, créés avec les mêmes outils que les effets visuels à la pointe de la technologie de l’époque, comme ceux de Terminator 2 – Le Jugement Dernier (1991) , ou de Jurassic Park (1993), sont absolument hilarants pour ceux qui ne sont pas dégoutés par les petites bêtes (mais alors pourquoi même regarder le film?) et la parodie fonctionne plutôt bien, mais ce qui marchait pour le public de 1993, en pleine période Grunge, n’a plus l’air de captiver les foules de 1996, déjà passées à la folie BritPop, plus propre et moins rebelle.

Coté réalisation, jeu d’acteurs, direction photo, etc. bref, tout ce qui fait un film de cinéma, ne nous voilons pas la face, rien n’est extraordinaire, et même Jerry O’Connell le disait : les vraies stars du film, ce sont les cafards.

Alors si vous n’abhorrez pas les blattes, les êtres humains pas super hygiéniques, les comédies musicales des années 40, les années grunge, et avez un humour douteux, Donnez une chance à Joe’s Apartment, vous passerez surement un bon moment.

Sinon… peut-être vous faudra-t-il mieux regarder West Side Story (original de 1957 ou Spielberg de 2018) pour assouvir votre envie de comédie musicale?