
Dans deux semaines sort en salle le nouveau film de Jeanne Herry : Garance, avec une nouvelle fois à l’affiche : Adèle Exarchopoulos. Une occasion de revenir sur son dernier long-métrage : Je verrai toujours vos visages (2023), qui a connu un succès critique très positif, notamment en remportant deux César en 2024, dont celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Adèle.
–Spoilers–
AIDER SANS PORTER DE JUGEMENTS
Le personnage principal est Judith (Élodie Bouchez), qui représente un système humaniste : celui de la justice restaurative. Une manière d’accompagner les victimes en les écoutant pour les aider, tout en ne privant pas de voix les coupables, de sorte à avoir une réflexion nuancée. En effet, le mal n’est pas forcément rempli d’ombre. C’est alors par ce dispositif minutieux et organisé que se présente cette méthode progressiste. Elle vise également à avoir une approche humaine tout en gardant un certain protocole.
Jeanne Herry développe deux axes : celui de Chloé (Adèle Exarchopoulos) se préparant à faire face à son agresseur et celui des victimes assises devant des détenus autour d’un cercle de parole. La réalisatrice ne délaisse aucun point de vue, que ce soit celui des coupables, des intermédiaires et surtout des victimes. L’objectif est d’aider par l’écoute, en mettant les différents personnages sur le même piédestal. Ils seront majoritairement assis sur une chaise afin de préserver une forme de non-jugement en mettant les participants de la justice restaurative dans une position d’égalité.
Je verrai toujours vos visages est un film sur la compréhension que nous ne pouvons pas comprendre, sans avoir vécu les drames. Des cicatrices présentes, malgré le temps qui continue de dessiner les conséquences du traumatisme. Jeanne Herry s’entoure, pour crédibiliser ses messages ainsi que ces visages de la manière la plus respectueuse possible, de grands acteurs et actrices français. Hormis Adèle Exarchopoulos et Élodie Bouchez, nous avons aussi Leïla Bekhti, Gilles Lellouche et Miou-Miou, entre autres. Un casting qui atteint une justesse puissante pour narrer des récits dramatiques entre la tristesse, la névrose et la colère.
Plusieurs facettes pour comprendre la complexité des situations vont être mises en scène : la culpabilité des victimes et des coupables, la responsabilité reconnue par les condamnés. Le développement des membres de ce cercle auquel nous allons nous attacher se confond entre les victimes et les coupables, allant même jusqu’à s’entraider. Ce qui amène, tout comme la culpabilité du coupable, au paradoxe.

Je verrai toujours vos visages est une grande œuvre portant les différentes voix, sans oublier les médiateurs qui mènent un grand combat, tout en essayant de préserver leur stabilité psychologique mise à rude épreuve. Jeanne Herry maintient intelligemment la moralité en portant la parole de la victime au premier plan, surtout par la trame développée avec Chloé. D’ailleurs, le métrage se clôt par la séquence la plus poignante, donnée vie par deux grands acteurs : ce face-à-face entre deux personnages détruits, mais nécessaire pour pouvoir se permettre de vivre de nouveau.




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