
Tout le monde connait Freddy Krueger, le grand méchant des Griffes de la Nuit, au gant à lames acérées, qui hante les rêves de teenagers pour les terroriser, puis les tuer violemment, pour se venger de leurs parents l’ayant eux-mêmes immolé pour se débarrasser de lui une vingtaine d’années avant. Sorti en novembre 1984, le film avait fait grand bruit et un énorme succès qui l’amenèrent à devenir une des légendes du cinéma d’horreur.
Pourtant, près d’un an avant le début des aventures du tueur des rêves, un autre film, Dreamscape, au concept étrangement similaire, se voyait donner le feu vert à la 20th Century Fox. Vaguement basé sur un roman de Roger Zelazny intitulé Le Maître des Rêves (1965), le film prend rapidement une voie différente dès le synopsis acheté par le studio, qui n’implique pas l’auteur dans l’écriture du scénario, confié au scénariste de télévision David Loughery.
Au même moment, le réalisateur de films de série F… ou G, H, etc. mais certainement pas de série B, Joseph Ruben (The Sister in Law (1974), Lâche-moi les baskets (1977), Joyride (1977)), est à la recherche d’un nouveau projet et tombe sur le scénario par l’entremise d’un agent. Ruben tombe amoureux des descriptions détaillées des séquences de rêve et propose le projet au producteur de ses films précédents, qui lui offre 6 millions de dollars de budget.
Le tournage commence en février 1983, dure deux mois, sans encombre, et le film sort aux USA le 15 aout 1984, soit 3 mois avant Les Griffes de la Nuit, après une longue postproduction qui tentera de reproduire les nombreux effets spéciaux du scénario. Le film est plutôt bien accueilli à l’époque et s’avère un succès commercial en rapportant plus de deux fois son budget au box-office.

–Spoilers–
L’histoire est plutôt simple : Alex Gardner (Dennis Quaid), est un jeune homme possédant un don psychique qu’il met principalement à partie pour chasser la gente féminine et gagner aux courses de chevaux. Poursuivi par des petites frappes qui voudraient une part du gâteau, il leur échappe en se réfugiant dans un projet top secret instigué par son ancien mentor, le professeur Novotny (Max Von Sydow), assisté de la belle chercheuse scientifique Jane De Vries (Kate Capshaw), et sous l’œil du financier gouvernemental Bob Blair (Christopher Plummer). Voyant le potentiel du projet, qui consiste à développer une méthode pour s’inviter psychiquement dans les rêves d’autrui afin de résoudre des problèmes psychologiques, Alex s’implique et grâce à son don incroyable, devient rapidement le sujet principal des études de Novotny, tout en séduisant la Dr De Vries, et en faisant progresser le projet à pas de géant.
Mais voilà, Blair a un autre sujet, Tommy Glatman (David Patrick Kelly), qu’il pousse depuis le début du projet, et les deux voient Alex comme un intrus et le traitent de la sorte, jusqu’à ce que notre curieux héros se rende compte de ce que les associés maléfiques sont en train de planifier : s’insérer dans les rêves du président des USA pour l’y assassiner, et ainsi se débarrasser de lui dans la réalité puisqu’ils ont découvert que tuer quelqu’un dans ses rêves résulte en la mort physique de celui-ci dans le monde réel, mais sans traces de ce qui est arrivé dans le monde onirique. Pas d’arme du crime, pas de scène du crime : le crime est donc parfait, et pourra être reproduit à foison selon les besoins du service ultra secret que dirige Blair. Bien entendu, cela ne sied point à notre héros qui entre en révolte immédiate contre Blair et ses acolytes, aidé par De Vries, et le film se résout (trop) rapidement, à l’américaine : le héros vainc les méchants et conquiert la princesse!
Peu de ressemblance avec les aventures de Freddy Krueger, donc, si ce n’est le lien entre les rêves et la réalité. Le ton de Dreamscape est bien plus ancré dans le thriller mené par le héros beau mâle américain un peu arrogant et sûr de lui. Dennis Quaid y est parfait dans le rôle principal, et est bien soutenu par le reste de la distribution, pour un produit final qui, comme mentionné plus haut, aura un succès public et critique raisonnable dans l’ensemble, confirme le statut de Dennis Quaid comme acteur principal montant, et pave la route pour Les Griffes de la Nuit et la carrière qu’on lui connait. Le graphiste de l’affiche de ce dernier rendra d’ailleurs hommage à Dreamscape en dissimulant le monstre principal du long-métrage dans les détails de son œuvre (cherchez dans la chevelure du personnage de Nancy), en un hommage discret.
Alors… un nanar… pourquoi ?

Il faut bien l’avouer, le film a mal vieilli, surtout par rapport aux Griffes de la Nuit, qui lui tient toujours la route cinématographiquement. Dreamscape est filmé comme un film TV du dimanche soir, sans grand talent visuel derrière la caméra. La direction d’acteurs laisse parfois vraiment à désirer (Max Von Sydow, Christopher Plummer et Kate Capshaw ont été bien meilleurs et donnent un peu l’impression d’être là pour le cachet). Le rythme du film est assez irrégulier, oscillant entre passage longs et un peu ennuyeux et résolutions (trop) rapides des conflits auxquels les héros font face, demandant un gros effort de suspension de l’incrédulité de la part du public. Les effets spéciaux sont respectables, mais utilisent des technologies en fin de vie comme la claymation et des composites optique avec fond bleus et verts.
Toutes ces choses, qui passaient au début des années 80, sont depuis longtemps devenues des sujets tabous au cinéma, et même dans certains cas à la télévision. Alors oui, on y retrouve le charme des films de dernière séance pas chers, mais le niveau de sophistication est digne d’un épisode TV de L’Incroyable Hulk (1977-1982) de la même époque. On peut tout de même noter que le film fut le second de l’histoire du cinéma Hollywoodien à se voir affligé de la nouvelle classification « Interdit aux moins de 13 ans » (PG-13) introduite en 1984, le premier ayant eu cet honneur étant L’Aube Rouge, de John Milius.
Fier de son succès, Ruben partira ensuite réaliser toute une série de thrillers mélangeant les genres avec de l’horreur psychologique (Le Beau-père (1987)), du drame (Les Nuits avec mon Ennemi (1991), Le Bon Fils (1993)), et même la comédie d’action (Money Train (1995)), mais ne fera jamais vraiment d’étincelles, demeurant un « faiseur » de films respectable, qui aidera tout de même pas mal d’acteurs à la carrière sur le déclin à maintenir un niveau de vie acceptable, en attendant leur prochain grand succès, sans lui.




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