L’éternelle figure du zombie au cinéma, un genre ultra connu de tous. Depuis La Nuit des morts-vivants (1968), du regretté George A. Romero, cette figure a connu de nombreuses variations, y compris parodiques et parfois jusqu’au-boutistes. Le réalisateur de Colony, le sud-coréen Yeon Sang-ho, est un féru du genre horrifique avec le très très bon Dernier train pour Busan (2016) et sa suite, moins réussie, Peninsula (2020). Intéressant dans sa manière de traiter le genre, en faisant notamment du zombie une créature enragée et une figure accélérée. Il nous revient avec un nouveau film, passé hors compétition en séance de minuit à Cannes, qui renouvelle intelligemment le genre mais qui pèche dans l’exécution.

Spoilers

Dans un gratte-ciel de Séoul, une conférence de biotechnologie vire au drame lorsqu’un homme nommé Seo (Koo Kyo-hwan), un chercheur dont les découvertes ont été ignorées et qui souhaite se venger, décide de relâcher un virus hautement contagieux dans l’immeuble. La contamination se propage extrêmement rapidement, forçant les autorités à placer la bâtiment en quarantaine. Des groupes de survivants se forment et au début, les infectés rampent comme des bêtes. Mais peu à peu, ils évoluent…

En 2016, Yeon Sang-ho avait frappé fort avec Dernier train pour Busan, qui était rapidement devenu une référence du genre, une sorte de Snowpiercer (2013) zombiesque sec et nerveux à la mise en scène acérée et des personnages forts, le tout avec un budget franchement pas élevé (10 milliards de wons, soit entre 5 et 6 millions d’euros seulement). C’est tout naturellement qu’une suite à été lancée en 2020, Peninsula, bien moins exaltante et qui avait fini par franchement décevoir par sa surcharge d’effets spéciaux.

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Colony se situe entre les deux sur l’échelle zombiesque du réalisateur sud-coréen. Un début de film anonyme, comme un encéphalogramme plat, où les motivations des personnages paraissent fades (à part pour le grand méchant du film, Seo), et, une fois que le film commence enfin à démarrer véritablement, Yeon Sang-ho l’appauvrit d’une intrigue parallèle, en dehors de l’immeuble, qui est inutile et ne relève rien que le spectateur n’avait pas déjà deviné au préalable. En déplaçant l’action à l’extérieur de l’immeuble confiné, Yeon Sang-ho dilue l’intensité de son huis-clos horrifique.

Dans les moments plus intimes, dans la construction de ses protagonistes, Colony peine à être efficace, et sa ribambelle de personnages secondaires peine également à exister. Le film s’aventure sur un terrain bien plus balisé et mainstream en termes de mise en scène, en tout cas dans sa première partie, peinant à se démarquer de la masse de films de zombies et prenant un temps fou à véritablement démarrer, même après l’apparition de la menace.

Mais Colony a néanmoins le mérite de renouveler le genre : contrairement aux films de zombies plus classiques, les monstres de Yeon Sang-ho communiquent entre eux à la manière des fourmis, apprennent et s’adaptent à leurs proies. Ce qui rend la menace forcément bien plus tangible : les corps des infectés se meuvent avec une étonnante dextérité, se contorsionnent, se redressent, courent, tout en se déplaçant en meute. Après un début très laborieux, comme on l’a évoqué, la mise en scène de Yeon Sang-ho se libère enfin des contraintes qu’elle s’est elle-même posées (en tout cas, quand elle suit l’action à l’intérieur du gratte-ciel).

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Même si Colony est loin de Dernier train pour Busan, le réalisateur sud-coréen sait toujours mettre en scène une horde de zombies avec une énergie pure, violente et sanguinolente. L’excitation monte crescendo quand le groupe de survivants navigue entre les étages à la recherche de l’antidote. Et derrière ce renouvellement du genre se cache également une réflexion sur notre époque, avec ces zombies qui s’échangent des informations à une vitesse vertigineuse avant d’évoluer tout aussi rapidement, telle une IA incontrôlable. Au final, l’intérêt du long-métrage ne réside pas vraiment dans le frisson qu’il suscite, mais plutôt dans la réflexion après-coup à laquelle il invite.

L’amour de Yeon Sang-ho pour les zombies a fini par perdre en qualité avec ce Colony à moitié décevant, qui pousse une réflexion intéressante sur les problématiques de notre époque mais qui n’atteint pas les sommets de mise en scène de Dernier train pour Busan. Pas une référence du genre.