
Vince Gilligan, le créateur de la meilleure série (objectivement) réalise El Camino (2019) après Breaking Bad qui s’est déroulé entre 2008 et 2013. En 2026, c’est au tour cette fois d’une autre grande série d’avoir son métrage. Cependant, la finalité du projet sera différente, car L’Immortel permet de conclure la série Peaky Blinders (2013-2022) régie par Steven Knight, qui accorde la réalisation à Tom Harper.
–Spoilers–
Nous ne reverrons malheureusement pas Arthur (Paul Anderson). L’univers de gangsters britanniques va cependant accueillir de nouveaux visages plutôt prestigieux pour rejoindre le casting : Rebecca Ferguson dans le rôle de la jumelle de la femme de Tommy, qui est la personnification du fantôme de sa femme défunte. Tim Roth en mercenaire infiltré pour le troisième Reich et Barry Keoghan, incarnant le fils du protagoniste principal ainsi que le nouveau chef des Peaky Blinders.

UNE TÊTE ENTAILLÉ
Encore une fois, ces nouveaux personnages vont venir graviter autour du grand Tommy Shelby, prenant vie toujours à travers l’aura intacte de Cillian Murphy. Son personnage s’est éloigné de la criminalité et du gang qu’il a autrefois gouverné. Il est maintenant reclus chez lui à écrire un livre, hanté par ses fantômes. Il en devient alors lui-même un. Encapuchonné, toujours sous le poids de cette malédiction qui s’abat sur ce qui lui reste sans lui permettre de pouvoir quitter ce monde. Sa dépression l’amène à régler en priorité les tourmentes de sa tête s’occupant donc plutôt de lui, que de la Seconde Guerre Mondiale qui débute. L’Allemagne menace l’Angleterre en voulant bouleverser son économie par la falsification de billets. En effet, Beckett (Tim Roth) est un collabo voulant se servir de Duke (Barry Keoghan) pour détruire son pays. Cependant, un nouvel assassinat va appeler cette entité, Tommy Shelby, à Birmingham afin de venger la mémoire de l’une des ses dernier proche.
Nous allons le retrouver dans toute sa splendeur par une scène marquante, nous rappelant alors le premier épisode de la série avec Tommy Shelby qui arpente la rue à dos de son cheval noir accompagné par la chanson du générique de ces six saisons Red Right Hand résonnant avec un rythme beaucoup plus lent et essoufflé pour en concordance avec l’état du personnage principal. Il culpabilise toujours de ce qu’il cause, indirectement ou directement se confessant qu’à sa famille défunte, se maudissant lui et sa famille, portant un fardeau qui finit par faire ployer ce soldat de la Grande Guerre.
« Tous sont morts sauf celui qui veut mourir«
Le plaisir de revoir l’intrigue de cette série revenir sur nos écrans et certes présent, mais même si notre subjectivité peut venir impacter la réelle valeur de la qualité du long-métrage, il faut reconnaître que ce film est en-dessous de la série. L’utilisation d’ailleurs de son intrigue est soit sous-exploité, soit pas à la hauteur de la conclusion, ou les deux, de l’une des plus grandes série de ce premier quart de siècle.

UNE FIN QUI EST UNE ERREUR D’ÉCRITURE POUR TOMMY SHELBY
Tommy prend une balle et demande à son fils de l’abattre. Voilà comment se termine le personnage invulnérable que l’on connaît. Comme les autres films de gangsters, cette écriture finit souvent par se terminer par « personne n’est invincible, même ceux qui le paraissent » comme pour Les Affranchis (1990), par exemple. Cependant, même si cette fin peut paraître logique, elle vient dénaturer ce qu’est vraiment Tommy Shelby : un personnage puissant, ambitieux, loyal, devant supporter le fardeau de l’empire qu’il a créé. Il a à de nombreuses reprises frôlé la mort, mais sa malédiction ne lui permet pas de mourir, car elle le tient en vie de sorte à qu’il puisse souffrir le plus longtemps possible. Cela lui permet de se dresser malgré lui au-dessus des mortels, voilà ce que représente Tommy Shelby, à trop vouloir dominer tout le monde, il se verra injecter cette malédiction ne pouvant se détacher de ce statut divin. C’est pourquoi le voir abattu peut certes le rendre plus humain, mais à l’inverse ce geste vient déconstruire tout ce qui a été fait pendant toutes ces années. Par exemple, le voir partir dans la brume, dans les ruelles de Birmingham alors que l’on le croyait à nouveau mort pouvait être beaucoup plus percutant par rapport au développement de son personnage. De continuer à vivre et souffrir tel un immortel.




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