Gros plan de Colin Farrell dans The Lobster

En 2015, Yórgos Lánthimos réalise son premier film américain : The Lobster. Une comédie noire et absurde où l’ennemi est la notion de couple dans la société.

Lorsque l’on pense à la dystopie, les premiers films à arriver en tête sont souvent des récits post-apocalyptiques comme Mad Max. Cependant, ce genre désigne plus généralement toute histoire qui s’opposerait à une utopie et c’est précisément ce que fais Yórgos Lánthimos avec The Lobster.

Il y décrit une société où être en couple est obligatoire. Tous les célibataires sont envoyés dans un hôtel où ils auront 45 jours pour trouver l’amour. Passé ce délai, ils seront transformés en animal qu’ils auront préalablement choisi (dans le cas de Colin Farrell : un homard). Grâce à ce concept, Yórgos Lánthimos questionne les raisons pour lesquelles les individus se mettent en couple. Est-ce parce qu’ils en ont réellement envie ? Par convention sociale ? Par pression sociale ? Est-ce que le couple est un système dictatorial ?

Un portrait absurde du couple ?

Dans The Lobster, l’hôtel donne des « raisons » qui devraient convaincre quiconque à se mettre en couple en organisant des ateliers théatraux. On y voit un homme manger seul, s’étouffer et mourir puis la même mise en scène lorsque l’homme est en couple. La deuxième fois, sa femme vient le sauver : on ne serait alors en couple que par un besoin de sécurité ? D’autres saynètes viennent appuyer ce point et c’est précisément ce qui pousse le personnage interprété par Ben Winshaw à mentir aux femmes pour en trouver une plus facilement.

Ce besoin de sécurité est renforcé par des chasses organisées par l’hôtel où les célibataires se chassent entre eux afin de gagner des jours de survies en tant qu’humain. Dans la vie comme dans l’hôtel, les célibataires sont en compétition les uns avec les autres et l’hôtel ne devient alors qu’une métaphore de la société qui pousse constamment les individus à s’entre-dévorer.

A travers The Lobster, Yórgos Lánthimos passe en revue toutes les situations : est-on heureux en couple ? Le célibat est-il la solution ? Doit-on nécessairement (se) mentir pour être avec quelqu’un d’autre ?

Balade dans le film The Lobster

Une fresque du célibat

Côté réalisation, Yórgos Lánthimos isole fréquemment ses personnages dans le cadre pour renforcer leur solitude sentimentale. Adepte des plans fixes, le réalisateur applique ici la même méthode que dans bons nombres de ses films et cela fonctionne à merveille dans The Lobster. Grâce à ses cadrages rigides, Yórgos Lánthimos montre à la fois la froideur du système dans lequel sont emprisonnés les personnages et compose de véritables tableaux vivants.

La colorimétrie joue également un grand rôle dans l’état émotionnel des personnages. Que ce soit dans le monde extérieur ou dans l’hôtel, le film est extrêmement désaturé ! Cela donne un côté « fade » à l’image qui montre bien qu’en couple (à l’institut) ou célibataire, la vie de David (Colin Farrell) n’est pas celle qu’il veut.

Ce n’est que plus tard dans le film lorsqu’il rencontre la femme sans nom jouée par Rachel Weisz que les couleurs arriveront progressivement, témoignant du véritable amour naissant entre les deux personnages.

Colin Farrell et Rachel Weisz dans The Lobster

The Lobster est une excellente dystopie absurde et noire teintée d’espoir qui aborde un thème trop peu souvent traité : les raisons de se mettre en couple. En effet, souvent lorsque l’amour est illustré au cinéma, tout est rose, tout est mignon, tout le monde s’aime. Voir un film peignant les relations de couple comme un système dictatorial qui oblige les individus à se mettre ensemble pour des raisons absurdes à le mérite de poser des questions rarement mises à l’image. Bien sûr, la bizarrerie générale de l’œuvre peuvent rebuter certains spectateur, mais The Lobster reste un excellent film à (re)découvrir.