Après Get Out en 2017 et US en 2019, Nope est le troisième film entièrement réalisé, écrit et produit par Jordan Peele. Sorti en 2022, il est le dernier opus en date d’une série de thrillers horrifiques imaginée par ses soins. On retrouve à l’affiche un de ses acteurs fétiches, Daniel Kaluuya, accompagné de Keke Palmer et Steven Yeun. Avec un budget de 68 millions de dollars Nope réalisa plus du double au box-office.

Pour ce qui est du scénario, il ne s’agit pas de la suite de Yes Man mais plutôt d’une histoire d’ovnis. Après la mort mystérieuse de leur père, la fratrie Haywood tente de maintenir le business familial à flot tant bien que mal. Lorsque OJ et Em commencent à remarquer des phénomènes étranges, ils développent alors une nouvelle obsession : devenir riche en étant les premières personnes à filmer des aliens. 

Si la situation initiale n’est pas particulièrement compliquée, la qualité du film est au rendez-vous. Le scénario est bon, les personnages ne sont pas demeurés et on passe un bon moment. Il n’y a pas vraiment de points négatifs, Nope est simplement un film efficace. Sans pour autant être le film de l’année, dit-il quatre ans après sa sortie. Il fonctionne très bien et on retrouve le contre-pied que prend Jordan Peele vis-à-vis du genre de l’horreur. Le film ne repose pas sur des screamers et des nonnes possédées qui font peur aux trois mêmes acteurs dans vingt films différents. Ça faisait du bien dans Get Out, et ça continue de faire du bien ici. Deux particularités l’expliquent : le comportement des protagonistes et la manière dont le scénario traite l’alien. 

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Pour ce qui est du comportement des deux personnages principaux, c’est simplement qu’il n’y a pas de choix stupides, pas de frustration liée à un « on se sépare » qui conduirait les personnages à mourir un par un. On découvre les évènements avec eux et leur réaction est suffisamment naturelle pour nous faire croire qu’on aurait pu réagir comme ça. L’atmosphère en devient très crédible et rend l’histoire encore plus immersive.

–Spoilers–   

La seconde composante est la manière dont est traitée l’alien. Pour donner un peu plus de contexte sur la représentation de l’extraterrestre au cinéma, on distingue souvent deux positions : les aliens comme ennemis d’un côté, et de l’autre, les aliens comme êtres pacifistes venus nous aider ou naufragés sur notre planète. Le premier type est le plus commun, sans doute car plus sensationnaliste, et se développa particulièrement sous la forme classique de l’envahisseur venu sur terre pendant la guerre froide. Les plus fins analystes y verront sans doute un lien avec le contexte historique de rivalités entre deux superpuissances technologiques. Le second mouvement se démocratisa grâce aux œuvres de Spielberg dans les années 70/80 : Rencontres du troisième type en 1977 et E.T en 1982. Même si plus minoritaire il fait ressortir l’humanisme et la possibilité du dialogue avec autrui et trouve écho dans des œuvres plus récentes comme Premier Contact (2016) ou Project Hail Mary (2026). Au vu du nombre de morts dans Nope, l’œuvre ne fait à priori pas partie du courant optimistes. Alors où se trouve sa particularité ? Elle est plutôt dans la manière de présenter l’envahisseur. La présentation n’est pas grossière et ne nous prémâche pas notre ressenti. L’œuvre ne nous surstimule pas avec des signaux tels que « regardez il vient d’ailleurs ça fait peur ». Un peu à la manière d’Alien (1979-2024), il commence par nous suggérer sa présence sans nous montrer grand-chose. Et même lorsqu’il apparaît vraiment, l’apparition se décompose en plusieurs parties. D’abord on le voit au loin, ensuite on se rend compte qu’il est dans un nuage, puis on le voit, puis on se rend finalement compte que le vaisseau n’est pas un vaisseau mais bien l’alien lui-même. Le film prend son temps pour nous montrer ce qu’il veut nous montrer et ne fait pas de compromis sur la construction de notre ressenti.

En bref, Nope est un thriller horrifique efficace et immersif. Plutôt que de passer par des raccourcis classiques, Jordan Peele, comme il sait le faire, prend le temps de construire l’ambiance qu’il souhaite instaurer. Avis aux amateurs de soucoupes volantes et de chevaux, n’hésitez pas !