
Le Festival International du Film de Toronto (TIFF) est connu pour sa programmation extensive de films venus du monde entier : pas seulement des gros métrages avec des vrais bouts de stars dedans, mais également de nombreux « petits films », pas uniquement par leur budget, mais aussi par leurs espérances de distribution et leur atypique choix de genre, surtout pour certaines régions de notre planète. Half est de ceux-là. Découvert dans la section Midnight Madness du festival, dédiée à une programmation plus alternative, orientée vers l’horreur, les arts martiaux, ou tout simplement les films qui ne rentrent dans aucune autre des catégories du TIFF, ce long-métrage indien hors du commun nous a très agréablement surpris.
Qui, dans nos pays de l’ouest, peut fièrement annoncer être fan de films d’horreur indiens, qui plus est, de vampires? Qui même sait qu’il en existe tout un genre, fièrement promu par toute une région de l’inde du Sud-Ouest, le Kerala, depuis 1968? En effet, Yakshi, un des tous premiers films à présenter le mythe du vampire, basé sur le roman à succès de Malayatoor Ramakrishnan, lui-même inspiré par un mythe autochtone, a influencé toute une génération de cinéastes keralais et créé un genre devenu une spécialité locale. Près de soixante ans plus tard, Half, deuxième long-métrage du réalisateur Samjad, en est le digne et moderne héritier.
–Spoilers–
Le film s’ouvre sur une petite famille voyageant allègrement en voiture à travers le désert du Rajasthan. Soudain, c’est le drame et tous ces sourires succombent au piège ultraviolent et mortel d’une bande locale de pirates de la route très organisée, spécialisée dans la revente de pièces automobiles. Une fois la scène choquante passée, nous rencontrons Ivy et Ethan (Aiswarya Raj, dont c’est le second rôle dans un long-métrage après Officer on Duty en 2025, et Ranjith Sajeev, dont c’est la deuxième collaboration avec Samjad après Golam en 2024) jumeaux apparemment très proches, mais à la relation tendue par des préférences familiales dues au fait qu’Ivy est née muette. Ivy doit déménager près de la frontière du Pakistan, où elle a obtenu un nouveau travail comme infirmière. Le duo se met donc en route, et suit sans le savoir, la même route que la malheureuse famille du début, augurant un funeste destin qui ne manque pas d’arriver tout aussi brutalement. Leurs corps sans vie sont abandonnés au désert par les maraudeurs, persuadés qu’ils seront rapidement consommés par la faune locale. Sitôt la nuit tombée, les tissus organiques morts se réveillent, se meuvent, se rassemblent, se régénèrent, et revoilà nos deux voyageurs, bien vivants et très en colère. Ils sont demi-vampires, nés d’un père mort-vivant et d’une mère humaine, ce qui en fait des hybrides dotés de pouvoirs vampiriques sans tous les inconvénients liés à la lumière : des « daywalkers ». Oubliant tous leurs différents, les frère et sœur s’accordent immédiatement sur la marche à suivre : retrouver tous ceux qui les ont embusqués, et leur faire payer leur acte de la manière la plus violente qui soit. S’ensuit une chasse à l’homme teintée d’ultra violence, d’humour noir, de combats mêlant bagarre de bar et arts martiaux, et de morts bien gores qui raviront les fans du genre.
Il est évident dès le premier visionnage que tout le monde s’en est donné à cœur joie sur le tournage. Les deux stars sont exquises de justesse et de charisme, et les méchants bien patibulaires ne nous laissent certainement pas sur notre soif. Avec ses paysages désertiques du Kazakhstan et du Rajasthan, Half n’est pas sans rappeler les westerns néo noirs à la El Mariachi/Desperado (1995), No Country For Old Men (2007), Comancheria (2016), ou encore, dans le même genre, Une Nuit en Enfer (1996) , mais la présence d’une distribution composée uniquement d’acteurs et d’actrices keralais donne évidemment une teinte exotique à l’aventure. Les choix du réalisateur et de son collaborateur d’écriture habituel, Praveen Viswanath,contribueront aussi à dérouter les afficionados d’histoires vampiriques, puisque les jumeaux ne sont « que » des demis vampires, leurs pouvoirs étant donc limités, mais aussi leur permettant de se mouvoir en pleine lumière du jour sans trop de difficultés. Samjad nous a ainsi partagé que cette décision n’était pas seulement liée à l’histoire elle-même, mais également pour donner un avantage et une réduction de budget non négligeable à la production, qui pouvait ainsi se dérouler en plein jour et non dans une nuit perpétuelle sur plusieurs mois de tournage.
Une autre spécificité du film, qui a fait beaucoup réagir le public de Toronto, notamment grâce à la présence sur scène de son responsable direct après la projection , est le choix des chorégraphies de combats, orchestrées par nul autre que Very Tri Yulisman, le maitre à l’origine des combats du célèbre The Raid (Réal Gareth Evans, 2012).
Bien que le budget avoué de 1.5 millions de dollars US ait été assez modeste pour des proportions hollywoodiennes, le tournage s’est tout de même étendu sur 117 jours qui furent assez épuisants en raison des multiples chorégraphies complexes, des températures très élevées, ainsi qu’à cause de multiples interruptions dues à des conflits internationaux très proches de la zone des décors naturels du film. La direction photo ainsi que la décoration sont très orientées vers les couleurs chaudes et transmettent efficacement l’ambiance bouillante du désert, tandis que la bande originale composée par Midhun Mukundan, un mélange savant électronique de Techno et de Banghra indienne aux sonorités urgentes, pousse et soutient le rythme d’enfer (presque) ininterrompu de l’aventure vengeresse.
Dans son matériel de promotion, Half promet une épopée surnaturelle de vengeance débordant d’action, de violence et de gore, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas de la publicité mensongère! Une chose qu’on peut cependant reprocher au second long-métrage de Samjad, est la rareté des informations données sur les personnages, dont l’incarnation parfaite par les deux comédiens nous donne vraiment l’envie d’en connaître plus. À la question « Y-aura-t ’il une suite », le metteur en scène à répondu « Nous y avons pensé, si Half marche bien, alors il y aura une suite, et elle s’appellera Double(rires) ».
Half est prévu pour une sortie en salles en Inde le 21 décembre prochain, et devrait pouvoir se trouver en Europe soit en streaming, soit peut-être en salles pour une sortie limitée, en 2027.




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