Massacre à la tronçonneuse est sorti aux États-Unis en 1974. Il connaît de nombreuses vies pendant sa campagne française, en raison des ressorties pour terminer sur une classification interdisant les moins de 18 ans à visionner le film en 1981. Pendant ce temps, une autre grande œuvre des années 70 issue aussi du slasher semble pouvoir être en mesure de rivaliser avec le récit texan. Je fais bien évidemment référence à Halloween, paru en 1978. Selon moi, parmi ces deux film cultes, l’un d’eux se détache pour se positionner encore plus haut sur le sommet de l’horreur que son homologue…

TRANSPIRATION ET OSSEMENTS

Tobe Hooper que nous connaissons notamment pour son association avec un certain Steven Spielberg pour Poltergeist (1982), a avant cela marqué les esprits, seulement après son deuxième long-métrage, succédant au premier film du cinéaste américain : Eggshells (1970).

140 000 dollars suffiront pour produire Massacre à la tronçonneuse rapportant tout de même plus de 26 millions de dollars, ce qui est déjà un immense succès économique. Mais avant de parler score au box-office, attardons-nous sur la raison de la performance. Il suffit de comprendre à partir des premiers plans, que cette œuvre va marquer par ses images très organiques, glauques donnant directement la tonalité de ce que nous nous apprêtons à découvrir.

Nous sentons la putréfaction qui s’imprègne de l’odeur de la mort, majoritairement représentée par ces ossements, qui pour la plupart proviennent des restes de vrais animaux. Cette senteur que ce groupe d’adolescents hume au passage de l’abattoir, à bord d’une camionnette, rappelle que cette odeur va venir parfumer tout le récit. À cela se rajoute cette chaleur qui provoque cette transpiration pesante subie par les acteurs(ices) contribue à l’ambiance sèche. Il y a une sensation organique constante, que ce soit par l’odorat ou par ces innombrables ossements organisés qui vont tapisser les pièces des tueurs tels un cimetière. Une décoration inspirée, mais glauque par le fait d’utiliser des vertèbres ou des crânes pour confectionner le mobilier des maisons morbides. Même les trois tueurs ont une apparence assortie à l’ambiance de ces maisons hantées. Le grand-père a une peau cadavérique et continue à vivre tel un mort-vivant respirant tout en étant en décomposition. Leatherface, quant à lui porte un masque à la peau décomposé inspiré du tristement célèbre tueur en série Ed Gein.

Le rythme de Massacre à la tronçonneuse est tout à fait là où il doit être : entre ambiance lente, pesante et course-poursuite pour façonner la tension. Même en 2026, nous nous rendons compte que ce qu’a réalisé Tobe Hooper est à part, car il arrive à avoir un rendu dérangeant grâce au côté amateur, en l’assumant jusqu’à ce que l’on ressente la transpiration du cinéaste sur ces images aussi belles que nauséabondes.

Copyright VORTEX INC. / KIM HENKEL / TOBE HOOPER © 1974 VORTEX INC. Tous droits réservés. Stars Marilyn Burns , Paul A. Partain , William Vail , Teri McMinn Film Massacre à la tronçonneuse

Ensuite, le tour de force du film réside dans le fait que l’on ressente le budget très bas. Mais tout comme pour Evil Dead ((1981) ayant certes un budget supérieur à celui mis à disposition pour Tobe Hooper), cela reste une richesse de laisser place à l’artisanat. Le résultat est que l’on a l’impression de voir un film étudiant alors que pourtant il s’agit d’un chef-d’œuvre. Même si la fin comporte un énorme et grossier faux raccord de lumière, passant de l’aube au coucher de soleil en l’espace de quelques minutes, la dernière séquence reste néanmoins culte. Cette danse du tueur masqué à la tronçonneuse ponctue une empreinte gravée au Panthéon du cinéma.