
Bertrand Usclat et Martin Darondeau ne sont pas à leur première collaboration. Entre courts et longs formats, en direction d’Internet ou de plateforme de streaming, avec la série Broute (2018) et la scénarisation de Moitié.e.s (2022-), avec la participation à l’écriture du personnage principal de De la Comédie-Française : Pauline Clément.
UN BIRDMAN FRANÇAIS ?
Bon, la référence semble peut-être surprenante à première vue, mais des similitudes prouvent le contraire. Tout d’abord, par le concept, n’ayant certes pas le même contexte que l’œuvre d’Iñárritu, mais qui part du même postulat de devoir monter une pièce de théâtre et de devoir faire face aux innombrables problématiques. Ensuite, le récit du duo de réalisateur prend place à travers les murs de la Comédie-Française, tout comme dans Birdman (2014) qui se déroule majoritairement dans un théâtre à Broadway. La particularité de ce film est d’être réalisé en un (faux) plan-séquence, ce qui va être à certains moment repris dans De la Comédie-Française, voguant dans ses couloirs accompagné par le rythme frénétique de la situation donné vie par la batterie, à l’instar du lauréat de l’Oscar du meilleur film en 2015.
–Spoilers–
SORTIR DE LA FUMÉE OPAQUE
Les personnages de De la Comédie-Française sont joués par des acteurs issus de cette célèbre institution fondée en 1680. Un métrage qui va alors servir de vitrine prestigieuse afin de propager davantage l’image de cette célèbre troupe, en utilisant comme le nom du groupe l’indique : la comédie. Usclat et Darondeau vont se servir du personnage de Pauline Clément pour pouvoir faire graviter autour d’elle tout le rire intelligemment façonné, notamment grâce au comique de répétition, modernisé par le terme : running gag.
Dès l’introduction, nous aurons cet échange burlesque entre Stéphane (Guillaume Gallienne) et Nina qui va mettre le ton, à savoir la maîtrise du genre comique à la française. De là, nous allons rencontrer les autres personnages qui sont représentés par des personnalités humoristiques très définies :
- Antoine (Julien Frison) : Le superstitieux qui contribue à rendre l’un de ses partenaires de jeu cocu :
- Philippe (Laurent Stocker) : Celui qui incarne McBeth. Un comédien au comportement problématique, imbu de sa personne et irrespectueux envers son entourage, ayant néanmoins subi l’adultère de sa femme :
- Emilie (Marina Hands).
- Nadine (Danièle Lebrun), la plus ancienne de l’équipe, dans son esprit Rock ‘n’ roll, se nourrissant des pétards qu’elle fume.
- Adeline d’Hermy (Suzanne) : Celle qui ne comprend rien à l’histoire ainsi qu’à son personnage.
Mais aussi, des personnages qui travaillent pour cette représentation :
- Jacques (Christian Hecq) : Le régisseur qui se prend pour Jamy de C’est pas sorcier.
- Mélanie (Séphora Pondi) : La MAKE-UP ARTIST ! Venant du monde contrasté de la télé-réalité.
- Issa (Yeboah) : Hurlant à plein poumons sa réussite pour annoncer le début de la pièce.
Et bien évidemment l’une des icônes de La Comédie-Française : Benjamin Lavernhe qui offre une nouvelle grande performance, en incarnant ni plus ni moins que Molière.

De la Comédie-Française n’expose pas seulement l’humour, mais aussi les relations qui lient ces artistes, assimilés dans le film comme une famille. Une manière de se supporter et d’accompagner l’élan de motivation de Molière sur la responsabilité artistique d’aller au bout du projet, quoiqu’il arrive ! Le métrage décrit également ce qui est pour moi la plus grande qualité que doit posséder un metteur en scène, tant pour guider ses comédiens sur les planches que derrière la caméra, à savoir : réussir à s’adapter sur le tournage à toute situation. Nina donne cette leçon en prouvant maintes et maintes fois, que ce soit pour tenter de contrer les situations rocambolesques de sa famille de jeu, en prenant la place de l’une de ses actrices indisponibles au pied levé, ou comme cette dernière séquence où elle fait face à l’opacité de la fumée ainsi qu’aux autres soucis techniques. Car, le film a la mission de véhiculer le crédo, le slogan de la Comédie-Française (et de l’art dans toutes ses formes) : Le spectacle doit continuer !




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