Les enfants vont bien signe le retour du jeune réalisateur Nathan Ambrosioni, qui met en scène l’abandon et ses conséquences sur la famille.

Suzanne (Juliette Armanet) est la sœur de Jeanne interprétée par Camille Cottin. Cette dernière porte un récit qui bascule au moment où Suzanne décide de quitter, sans prévenir, sa sœur ainsi que ses enfants. Même si une certaine gêne entre Suzanne et Jeanne se fait ressentir avant cette disparition, la raison du « pourquoi est-elle partie ? » demeurera un mystère du début à la fin du film.

Spoilers

UN CADRE DRAMATIQUE

La scène d’introduction est prémonitoire de ce qui va se passer par la suite. En effet, les deux enfants attendent leur mère dans la voiture, sur une aire d’autoroute. Le besoin de Gaspard et de Margaux d’être avec leur mère se manifeste par ces quelques minutes sans sa présence, qui les perturbent. Quelques instants après, nous rencontrons Suzanne, distante, en étant présente sans l’être vraiment. Pour représenter cette sensation, Suzanne est filmée de dos, dissimulant sa tête. Même si nous voyons juste après son visage montrant que son amour envers ses enfants est bel et bien présent, comme le confirme l’interaction qu’elle a avec eux.

Un cadre qui nous présente une famille aimante, mais distante. Comme le lien froid entre les deux sœurs, ne prenant pas le temps de se voir, ou la relation avec leur père, qui n’a pas toujours été là pour élever Suzanne et Jeanne. Cette dernière a également quitté le foyer familial jeune, ce qui a été vécu comme un abandon par son père. De plus, le décès de leur mère contribue à renforcer ce climat d’abandon au sein de la famille.

Un cadre sociétal complexe qui va le devenir davantage, en raison de la prise de décision drastique de Suzanne d’abandonner ses enfants chez sa sœur, sans intention de revenir les chercher.

On pourrait d’ailleurs assimiler Les enfants vont bien à un film de Sean Penn : Into the Wild, qui se présente finalement comme le contrechamp du film de Nathan Ambrosioni. À la différence que le personnage interprété par Emile Hirsch n’a pas de responsabilités parentales. Cette fois, nous n’avons pas le point de vue de celui qui abandonne, mais de ceux qui sont abandonnés.

Pour illustrer cette détresse, Victor Seguin, chef opérateur du film, façonne une imagerie pesante et triste, jouant sur les zones sombres, tout en apportant une colorimétrie froide.

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L’IMPACT D’UNE TELLE DÉCISION

L’abandon de Suzanne est incompris. Jeanne fera tout son possible pour retrouver sa sœur, mais ses possibilités sont limitées. Elle doit s’occuper de sa nièce et de son neveu, contre son gré. Une sensation d’être piégée émotionnellement s’installe, ce qui traduit une certaine cruauté dans la froideur de ce geste.

Suzanne ne laissera aucune trace de sa disparition volontaire, hormis cette lettre confiant ses enfants à sa sœur. Jeanne devra donc élever Gaspard et Margaux, qui réclament leur mère, tout en devant mener sa vie privée et professionnelle. En effet, l’abandon va de nouveau faire retentir son écho à travers sa relation avec Nicole (Monia Chokri). Jeanne se sent seule. Elle n’est quasiment pas aidée, se plaçant comme potentiel responsable, accusant son père, qui pourrait avoir sa part dans ce lien de cause à effet. Gaspard se sent également coupable en raison de son incompréhension face au départ de sa mère.

La situation s’apparente au deuil, notamment à l’une de ses étapes représentées dans le métrage : le déni. Les abandonnés se persuadent que Suzanne va revenir, sans avoir aucune information la concernant. Le film émet un espoir, ou plutôt un doute incertain. Contrairement au décès – sans illégitimer le déni lors de la perte d’un proche –, dans ce métrage, l’inconnu conforte le déni, empêchant Jeanne, Gaspard et Margaux d’avancer.

Les enfants vont bien dresse le portrait d’un abandon douloureux vécu à travers une famille qui communique son amour de manière distante. Cette proposition est réussie, comme la fin du métrage qui se conclut par un dernier abandon : celui de l’appartement de Suzanne, pour pouvoir finalement essayer de laisser partir afin d’avancer. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Suzanne a décidé de s’en aller…