Escape to Nowhere (1961) est le deuxième court-métrage de Steven Spielberg réalisé à l’âge de 14 ans ! Un court-métrage que l’on retrouve dans son film inspiré de la vie du cinéaste : The Fabelmans (2022) illustrant une scène de guerre de deux minutes.

Il faut sauver le soldat Ryan est peut-être objectivement l’un des meilleurs films sur la Seconde Guerre mondiale, récoltant cinq Oscars en 1999, parmi eux celui du meilleur réalisateur pour Steven Spielberg, qui n’en était pas à son coup d’essai avec La Liste de Schindler (1993). Une œuvre sur la Seconde Guerre mondiale qui lui avait permis d’avoir sept Oscars, avec déjà la statuette du meilleur réalisateur.

Spoilers

HOMMAGE DE GUERRE

Le métrage s’ouvre sur le son cuivré du cor accompagné de celui de la trompette. Une sonorité militaire rendant hommage à ces soldats morts pour la liberté. Le drapeau américain donnant sur le ciel lumineux permet de transmettre cet hommage se présentant comme premier et dernier plan, de quoi bien comprendre l’objectif du métrage qui est donc d’honorer les combattants.

La scène d’ouverture du métrage est l’une des plus impactantes de la filmographie de Spielberg. La séquence du Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie qui dure près d’une demi-heure ! Nous plongeant dans la violence frénétique de cette scène d’Histoire reconstituée avec près d’un millier de figurants, rendant un résultat profondément réaliste, brutal, couvert sous la nappe sonore des explosions et des tirs d’armes contribuant au climat anxiogène de cette longue séquence.

Le deuxième acte élabore davantage la présentation des personnages par la découverte du peloton mené par le capitaine John H. Miller (Tom Hanks) avant de revenir à un dernier acte comparable à celui du premier avec une longue séquence d’action et de réalisme portée par la grande mise en scène de Spielberg, captant le rythme de la violence de la guerre avec une grande justesse.

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LA GUERRE CHANGE L’HOMME

Tout comme le personnage de Logan Lerman dans Fury (2014), Jeremy Davies, qui incarne le caporal Upham, est un soldat absolument pas prédisposé à être un atout sur le front, ayant une adaptation plus lente que ses camarades en raison de la gestion de son humanité ainsi que de sa peur, qui contraste avec ce qu’il doit être pour pouvoir survivre et aider son armée à gagner la guerre. Il est à noter que ce retard d’adaptation est surtout dû au fait qu’il n’est pas formé à se battre en première ligne, car il est avant tout cartographe et traducteur. Néanmoins, il est un soldat de terrain et, malheureusement, cette excuse n’est pas suffisante pour fuir la triste vérité de la guerre.

Nous pouvons prendre l’exemple de la pudeur et de la froideur des autres soldats, qui se sont beaucoup plus vite adaptés à la situation, surtout bien aidés par leur expérience du terrain. Le personnage de Tom Hanks paraît être un soldat expérimenté, de formation, ayant une longue carrière militaire. Pourtant, avant de devoir rejoindre les rangs américains, il était professeur… Une manière de montrer que la guerre change ceux qui la subissent. Ils n’ont pas le choix de devenir quelqu’un d’autre pour survivre et espérer gagner la guerre. Upham finit par abattre un ennemi, c’est à ce moment-là qu’il change à son tour en perdant son humanité ainsi que son sang-froid. Une manière de montrer que pour survivre, il faut être prêt à perdre son humanité pour pouvoir répondre aux horreurs de la guerre. Tout comme le choix issu du peloton d’exécuter ce soldat allemand. Certains veulent l’épargner alors qu’il a tué l’un des leurs. Un dilemme que Spielberg souhaite façonner afin de nous questionner sur la moralité des différentes décisions qui devront être entreprises.

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UN DILEMME NUMÉRIQUE

Il faut sauver le soldat Ryan nous questionne également sur le mérite et la logique paradoxale de la guerre et de ses décisions injustes. En effet, l’un des facteurs à prendre en compte hormis gagner la guerre est de prendre des décisions permettant de limiter le nombre de victimes. Dans cette œuvre, l’intrigue principale est de risquer la vie de huit hommes pour sauver celle d’un seul soldat : Ryan (Matt Damon). Les récits de guerre racontés dans le film vont alors faire écho à cette contradiction de sauver le plus de personnes possible. À l’instar du personnage de Tom Hanks ayant perdu précisément 94 hommes pour en sauver dix, voire vingt fois plus pour finalement mener cette opération prenant à contre-pied ce résultat.

L’égalité est évidemment un des propos majeurs de l’intrigue, permettant d’enrichir notre réflexion. En effet, le Capitaine Miller n’hésite pas à rappeler à Ryan qu’il a vu énormément de personnes comme lui, n’ayant pas le même traitement de faveur que ce dernier. D’ailleurs la multitude de croix blanches personnifie cette égalité, tout en rendant hommage aux victimes de la période néfaste de 1939-1945, plantées dans la terre, de même taille, alignées équitablement, présentées en début et en fin de métrage.

La fin de l’écriture du capitaine Miller permet à Ryan de prendre conscience de sa responsabilité d’être sauvé au profit de tous ceux qui ont été sacrifiés pour lui. Le mérite énoncé dans le dernier souffle du Capitaine n’a pas vocation à faire culpabiliser Ryan, mais à lui apporter la force nécessaire pour qu’il puisse faire de sa vie une réussite valant la vie de ces hommes morts pour le sauver.

Film Il faut sauver le soldat Ryan

Il faut sauver le soldat Ryan est pour moi l’un de mes Steven Spielberg préférés de par sa force de réalisme ainsi que par ses questionnements humains menés par un grand Tom Hanks qui, comme à son habitude, transcende l’image par son aura. Une œuvre entre héroïsme et hommage désormais gravée elle-même dans l’Histoire de son art.