
Le film d’action à Cannes
Dans le cinéma d’auteur, les films d’action furent très longtemps méprisés. Les grands festivals, comme celui de Cannes, ne se risquaient pas à sélectionner en compétition officielle : Heat (1995) de Michael Mann, Mission: Impossible (1996) de Brian De Palma, The Killer (1989) de John Woo, Time and Tide (2000) de Tsui Hark ou encore, plus récemment, l’essentiel Mad Max: Fury Road. D’ailleurs, le chef-d’œuvre de George Miller, en 2015, avait électrisé la Croisette, mais avait été relégué hors compétition. Comme si l’institution cannoise maintenait en place un cordon sanitaire envers le film d’action, situation que subit également le cinéma d’animation.
Mais voilà que cette année vient s’immiscer en compétition le très attendu Hope, projet du réalisateur sud-coréen Na Hong-jin. Cinéaste rare, il est derrière les deux singuliers thrillers The Chaser (2008) et le glaçant The Strangers en 2016. L’excitation était donc palpable, au vu de la réputation de Na Hong-jin, mais aussi de la promesse de l’œuvre : un film d’action total mélangeant science-fiction, horreur et comédie. S’il y a bien un pays duquel on peut attendre un bouleversement et une redéfinition du film d’action, c’est bien la Corée du Sud. Le pays nous a habitués, depuis le début du siècle, à réinventer le cinéma de genre en étant à l’avant-garde de la modernité. On pense bien sûr à Oldboy (2003) de Park Chan-wook et à Parasite (2019) de Bong Joon-ho. Deux emblèmes majeurs de la Corée du Sud, qui ont permis d’élargir le sillon du cinéma de divertissement contemporain.
Une ouverture tonitruante
La séquence d’ouverture de Hope, nous fait suivre Beom-seok, un officier de police maladroit, d’une aisance grotesque, arrivant sur une scène de crime. Une fois sur place, accompagné de trois chasseurs, il découvre le corps lacéré d’une vache au milieu d’une route. En quelques minutes, une angoisse s’installe, teintée d’humour noir, dans laquelle un suspense diffus et haletant attrape le spectateur. La mise en scène éblouit d’entrée : un grand angle cristallin épouse les grands espaces de la campagne coréenne. On pense à la photographie de Emmanuel Lubezki sur The Revenant (2015). L’officier de police remonte la piste et arrive dans le petit village de Hope Harbor. Il découvre, sidéré, un trou monumental dans une maison. D’abord hébété par l’étendue de l’impact, le policier est comme drainé par l’autre côté du trou béant. Le lieu symbolise un passage vers un ailleurs ; le personnage décide de le traverser, pour le plus grand plaisir du spectateur.
À partir de cet instant, le film bascule dans un spectacle grandiloquent et ahurissant ! La virtuosité des travellings s’enchaîne avec une limpidité et une précision chirurgicales. Pendant trente minutes, le film nous absorbe ; les ruelles étroites du village deviennent un terrain de jeu pour la mise en scène de Na Hong-jin. Un suspense gigantesque cimente chaque plan, par un hors-champ ravageur et glaçant. Cette longue séquence est assurément un grand geste de cinéma, habité par un souffle homérique. Nos yeux sont écarquillés ; notre mâchoire, quant à elle, est grande ouverte.

Une accumulation boulimique
Malheureusement, après ce tour de force sublime, le récit s’essouffle et tourne en rond. Le rythme endiablé de l’ouverture se disloque afin de créer un montage alterné et plusieurs trames. La faiblesse du scénario pèse sur le film, et les problèmes d’effets visuels deviennent flagrants. Avec ses 40 millions de budget, l’infographie reste souvent défaillante dans les séquences d’action. Malgré cela, le design des créatures lorgne vers les jeux FromSoftware et offre un dépaysement esthétique revigorant dans le genre. Le découpage technique, si inventif se noie dans des procédés répétitifs ad nauseam. Avec notamment l’utilisation excessive du ralenti, qui voudrait illustrer l’absurdité, mais qui nous offre finalement une dilatation temporelle sans audace et grossière, proche d’un film de Zack Snyder.
Le long-métrage demeure tout de même une relecture percutante et moderne de l’héroïsme, familière de ce qu’on pouvait trouver dans The Host de Bong Joon-ho. D’ailleurs, les deux œuvres peuvent parfois dialoguer d’une manière assez surprenante. En revanche, contrairement au discours politique fort de son compatriote, Na Hong-jin dilue la fin de son histoire dans une mythologie extraterrestre poussive et ratée. Ce qui ne permet pas à Hope d’avoir une consistance suffisante afin de commenter nos sociétés contemporaines et d’acquérir une réelle profondeur politique. Dommage, on est passé à deux doigts d’un grand film.
Hope est attendu pour la fin d’année en France ; il sera normalement le premier volet d’une trilogie.




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