Bindspotting affiche

Réalisé par Carlos Lopez Estrada, Bindspotting (2018) est un drame musical particulier puisqu’il met en avant la poésie de rue : le slam !

Qu’est-ce qu’une comédie musicale ? C’est une question qu’a dû se poser Carlos Lopez Estrada avant de réaliser Blindspotting en 2018. Si le film s’impose avant tout par sa thématique sociale extrêmement marquée, il n’en demeure pas moins une originalité formelle avec sa mise en avant du slam.

Mais avant de plonger dans la forme, penchons nous sur le fond. Blindspotting montre les 3 derniers jours en conditionnel de Collin – interprété par Daveed Diggs (Hamilton (2020), Snowpiercer (la série 2020-2022)) – avec Miles, son meilleur ami, il devient déménageur et tente de faire bonne figure aux yeux de l’État. Seulement un soir, alors qu’il rentre seul du travail, Collin voit un homme noir se faire tirer 4 fois dans dans le dos par un policier. Cet événement remettra alors en question tous ses choix à venir : quelle est sa place dans la société ? Peut-il continuer à fréquenter Miles ? Doit-il se remettre avec son ex ? Et surtout : aurait-il dû intervenir ?

C’est dans ce contexte extrêmement dur (2 ans avant l’affaire George Floyd et le mouvement Black Lives Matter) que Carlos López Estrada développe également toute sa passion pour la culture urbaine.

Une mise en avant passionnée de la culture urbaine

Le film s’ouvre sur une succession de split screens qui montrent les différents aspects de la vie et de la culture dans la baie d’Auckland. On y voit des skaters côtoyer des vélos, de l’art moderne juxtaposé à des tags, différentes manières de célébrer la victoire des Warriors que ce soit dans un bar gentrifié ou dans la rue autour d’un feu de poubelle. Tous les sports et arts cohabitent à San Francisco avec parmi eux : le rap/le slam.

À ce compte, il est intéressant de regarder l’utilisation des phases slamées dans le film et ce qu’elles disent des personnages. Il y a en réalité assez peu de slam dans Blindspotting et seulement 2 personnages en bénéficient : Collin (afro-américain) et Miles (blanc).

On peut donc distinguer 3 phases :

  • La phase commune : Miles et Collin slament ensemble sur les burgers vegans de KwikWay. Il s’agit d’une présentation des personnages et cela permet de voir rapidement leur lien amical. Ils partagent le cadre, une passion pour le rap et le même goût pour les blagues : on comprend en quelques secondes qu’ils sont amis.
  • Les phases de Miles en solo : Miles ne se sert du slam qu’à des fins commerciales… Il s’en sert pour vendre des lisseurs cassés dans un salon de coiffure ou pour vendre un bateau sur le trottoir, mais jamais sérieusement.
  • Les phases de Collin en solo : Collin lui ne slame que pour dire ce qu’il a sur le cœur, ce qui l’habite, lui fait peur et ce qu’il ne pourrait pas dire autrement qu’en chanson.

Rien qu’avec le slam, on peut d’ores et déjà voir la différence qui sera explicitée par le récit entre Collin et Miles. L’un des deux est habité par cette culture de la rue qu’il le veuille ou non, alors que l’autre tente tout pour faire partie de cette culture et de cette imagerie urbaine sans en comprendre les racines.

Blindspotting les personnages principaux

Un film simple et efficace

Carlos López Estrada réalise un film extrêmement efficace. Son but est clairement de mettre en avant les personnages et l’excellent jeu de ses acteurs. Il n’y a pas beaucoup de fioritures ou de mise en scène « marquante » même si l’on peut noter la séquence de procès cauchemardé et un traveling compensé au tout début lorsque Collin part faire son jogging le lendemain du meurtre : montrant ainsi son inconfort mental.

Blindspotting brille par sa simplicité et le rap de fin de Collin dans un sous sol en est la parfaite illustration. Il n’est composé que de plans moyens et de gros plans : pas de mouvements inutiles pour le style, la caméra se pose simplement sur les personnages pour se concentrer sur le jeu et surtout sur les paroles !

La durée du film est également un des gros aspects positifs du film. Ne durant qu’une petite heure et demie, Blindspotting n’a aucun surplus, pas d’histoire secondaire qui aurait pu être coupée : tout est essentiel à l’histoire de Collin et par sa thématique extrêmement rude, le film met une grosse claque à son spectateur sans ralentir le mouvement.

La scène des armes à feu dans Blindspotting

Blindspotting est un vrai film coup de poing autant dans la forme que dans le fond. Un drame musical montrant à la fois la cohabitation culturel de toute une ville, mais aussi affrontant des thématiques sociales difficiles. Trop peu connu du grand public, ce film mérite d’être découvert surtout aujourd’hui – après l’affaire George Floyd et l’émergence du mouvement Black Lives Matter !