Alain Guiraudie est un réalisateur régional. Il tourne ses films dans les régions reculées de France. Pas de Repos pour les Braves est sa première œuvre, tournée avec peu de moyens sur plusieurs années et de bons amis. Ce film de potes est un OFNI cinématographique comme seul le cinéma français sait nous en sortir.

Basile Matin a fait un rêve, dans ce rêve il a entendu une chanson, la chanson du dernier rêve. Maintenant, il en est persuadé, la prochaine fois qu’il dormira sera la dernière. Alors Basile Matin ne dort plus, ou quasiment plus, il découvre que le microsommeil lui permet de se reposer tout en restant en vie. Ce manque de sommeil, cette recherche perpétuelle à ne pas dormir l’entraîne dans une odyssée pleine de rencontres.

OFNI atypique, tourné sans budget, les images sont un rêve du réalisateur. Un téléphone d’autoroute se transforme en cabine téléphonique. De petits villages de France perdus dans le Lauragais deviennent des capitales mondiales et les routes se mélangent comme les points cardinaux. Dans ce monde où notre réalité se met à rêver Alain Guiraudie commence à
explorer des thèmes qui lui sont chers : celui de l’homosexualité et des relations à grand écart d’âge. Toujours un peu dérangeant pour notre esprit éduqué au puritanisme religieux. Il est à souligner que ce n’est pas commun dans le cinéma. Ici, on se cherche, on cherche un récit cohérent, une sexualité satisfaisante, mais le manque de sommeil ne permet plus de différencier le rêve de la réalité. Avec ce premier film, Alain Guiraudie pose les bases de son cinéma. Un cinéma comme il y en a peu en France. Le réalisateur filme sa région avec amour et détresse, explore des thèmes sur la sexualité encore bien tabou. Sans pointer du doigt la différence, sans souligner le caractère homophobe, il parle de choses que l’on passe sous silence : La campagne avec la détresse affective des agriculteurs, qui finissent eux aussi par ne plus trouver le sommeil. Un film sur l’insomnie volontaire et pathologique, sur le besoin de l’humain à la sexualité et sur le rêve dans lequel Alain Guiraudie écrit un poème visuel.

Certainement l’œuvre la plus intéressante de cet auteur. Par son statut de première œuvre sans budget, il lui manque un peu de peps en montage, un peu de peps en tournage, elle offre néanmoins un bon moment à partager. Une Œuvre Filmique Non Identifiable qui fait plaisir à voir, dérange les esprits puritains et explore l’envie de rêver dans un monde où si cela se produit, le rêve sera notre dernier voyage sur Terre.