Dernier épisode de la trilogie Cornetto : après Shaun of the Dead (2004) et Hot Fuzz (2007), Edgar Wright achève sa trilogie avec The World’s End (2013), comédie de science-fiction apocalyptique qui est probablement le film le plus touchant, le plus personnel et sans doute le plus mature du cinéaste parmi les trois. Mené par l’inséparable trio Edgar Wright – Simon Pegg – Nick Frost, The World’s End est une réflexion personnelle du cinéaste britannique sur la nostalgie, le passage à l’âge adulte et l’impossibilité de revenir en arrière.

Cinq potes, douze bars, soixante pintes : désireux de reproduire la nuit d’ivresse inachevée de leur adolescence, en 1990, Gary King (joué avec une incroyable intensité par Simon Pegg) regroupe ses amis d’enfance à Newton Haven vingt ans plus tard pour un marathon éthylique qui les mènera cette fois – Gary en est persuadé – jusqu’au dernier bar : The World’s End. Au cours de leur périple, les cinq protagonistes vont vite se rendre compte que quelque chose a changé à propos de leur ville d’enfance, et que quelque chose remplace la population.

Le trio reste fidèle à ce qui fait la force de cette trilogie : le mélange des genres. Dans Shaun of the Dead et Hot Fuzz, les deux précédents films de la trilogie, Edgar Wright s’amusait à parodier les genres concernés, tout en leur rendant hommage et en n’oubliant pas de développer une identité propre. Shaun of the Dead faisait des références évidentes au travail de George A. Romero (Night of the Living Dead (1968)), et met en scène un loser qui tente de reprendre sa vie en main à travers une apocalypse zombie, tandis que Hot Fuzz, comédie policière survitaminée, rappelle les buddy cop movies tels que Point Break (1991) ou encore Bad Boys II (2003).

Copyright Working Title Films Stars Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman, Paddy Considine, Eddie Marsan Film The World’s End

Dans The World’s End, Edgar Wright reste fidèle à cette ligne directrice, en mélangeant comédie et SF apocalyptique, mais met un peu de côté la parodie et l’hommage pour faire un film bien plus personnel, avec des thématiques résonnant chez le plus grand nombre. Là où The World’s End semble plus amer que ses deux prédécesseurs, c’est dans cette tension qu’existe un récit entre burlesque et mélancolie. Le personnage de Gary King, autour duquel le film gravite, incarne cette dualité : derrière son comportement enfantin, son refus de s’intégrer à la société et son incapacité à tourner la page se cache un homme en détresse psychologique, figé dans le souvenir idéalisé d’une nuit d’ivresse vingt ans plus tôt.

Edgar Wright reste aussi fidèle à lui-même et à son style qui l’a fait connaître : sens du rythme et du montage, transitions ciselées, enchaînements visuels millimétrés, et un timing comique toujours aussi aiguisé. Sans sacrifier ce qui a fait son succès, The World’s End est probablement le long-métrage le plus mature de sa filmographie, en traitant d’un fléau qui touche de plus en plus de jeunes personnes : la dépression. Pour survivre, Gary King et ses camarades vont devoir affronter le changement, dans une ville où tout semble similaire à ce qu’ils ont vécu il y a vingt ans mais où tout est illusoire.

En définitive, The World’s End est une comédie d’une intelligence bien plus aiguisée qu’il n’y paraît avec de multiples couches de lecture. Sous l’angle de la comédie, Edgar Wright traite de thématiques déchirantes dans un de ses films les plus puissants émotionnellement parlant, et sans doute l’un de ses plus matures, même à l’heure actuelle. Sous ses airs exubérants, le film touche juste. Un long-métrage extrêmement drôle, mais aussi touchant et amer, qui questionne le fait de se rattacher au passé coûte que coûte.