Max au volant du camion de Furiosa.Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.
Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.

Le monde est mort. Les crises et la guerre l’ont dévasté. Quelques années après la chute, Max Rockatansky (Tom Hardy) erre seul dans un paysage désertique, avec un seul but : survivre.

Capturé, il est fait prisonnier dans la Citadelle, une forteresse depuis laquelle le seigneur de guerre Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne) domine une population malade et assoiffée. Mais quand la générale Furiosa (Charlize Theron) aide les épouses du tyran à prendre la fuite, Max se retrouve embarqué malgré lui dans une course poursuite endiablée.

Vous renaîtrez des cendres de ce monde

Il est de retour.

Trente ans après le dernier volet de la saga, Max Rockatansky – ou « Mad Max » pour les intimes – fait son grand come-back dans Fury Road. Sorti en 2015, il s’agit du quatrième film de la franchise réalisée par l’Australien George Miller, après Mad Max (1979), Le Défi (The Road Warrior, 1981) et Au-delà du dôme du tonnerre (Beyond Thunderdome, 1985)

Et il aurait très bien pu ne jamais voir le jour. L’idée de faire un film entièrement basé sur une course-poursuite vient à Miller en 1987. Mais le script passe un temps fou dans l’enfer du développement, avant qu’une première pré-production ne commence en 1998. 

Fury Road devait être tourné dans les années 2000, mais le 11 septembre, la guerre en Irak et la crise économique s’en mêlent. Sans parler des controverses qui entourent Mel Gibson, qui tenait le rôle principal.

Immortan Joe menant ses troupesMad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.
Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.

Pendant un temps, Miller envisage de faire de ce nouveau chapitre un film d’animation, accompagné d’un jeu vidéo. Mais après avoir réalisé Happy Feet (2006 – non vous ne rêvez pas, c’est bien le même cinéaste qui a fait un dessin animé avec des pingouins qui dansent et Mad Max), il préfère revenir à la prise de vue réelle. Le tournage est finalement annoncé pour 2011, puis reporté en 2012, avec Tom Hardy dans le rôle-titre.

Nouveau casting (sauf pour Hugh Keays-Byrne, que vous reconnaîtrez peut-être), nouveaux moyens, nouvelles technologies : Fury Road est une réinvention de la saga originale, qui reprend le concept de course-poursuite dans le désert introduit dans le deuxième opus. Et ce petit coup de polish n’est pas pour nous déplaire.

Quelle merveilleuse journée !

Fury Road, c’est d’abord une claque visuelle. Dès le premier plan, montrant Max de dos face à un paysage désertique, on est saisis par la beauté du paysage post-apocalyptique que George Miller dépeint dans ce nouveau chapitre.

Ce qui frappe en premier, c’est la photographie et le traitement de la couleur. Les tons de bleus et orange saturés, les contrastes, les ombres, la nuit américaine… Entre deux phases de course-poursuite effrénée, Fury Road nous offre des petits moments de contemplation, et on en prend plein la vue.

Pour les nostalgiques ou pour les curieux, la version Black and Chrome (2016) vaut aussi le détour : l’image a été entièrement retravaillée pour correspondre davantage à la vision initiale de Miller, qui rêvait de tourner un Mad Max en noir et blanc. Et on le comprend : ça fonctionne diablement bien.

Mais tout n’est pas que contemplation – loin de là. Dans ce nouvel opus, Miller appuie sur le champignon, et les images défilent à une vitesse ahurissante : 22,5 coupes à la minute en moyenne, contre 13,3 pour Mad Max : Le défi. Pourtant, loin de nous donner le tournis, Fury Road reste très lisible, et ce pour deux raisons.

Slit, un des hommes d'Immortan Joe, au volant d'une voiture relookéeMad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.
Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.

D’abord, parce que la composition de chaque plan est pensée de sorte à ce que l’action se déroule au centre du cadre, ou pour que chaque action s’enchaîne de manière à guider le regard. Même à cent à l’heure, les spectateurs·rices peuvent donc comprendre facilement l’enjeu et le déroulement d’une scène.

Mais c’est aussi et surtout grâce au génie de la monteuse Margaret Sixel (l’épouse de Miller), qui n’avait jamais monté un film d’action auparavant, et ressort de Fury Road avec un oscar et une farandole d’autres prix. Le rendu final se détache des blockbusters traditionnels, avec un aspect plus brut. Rapide, oui, mais pas précipité.

Pour faciliter la compréhension des spectateurs·rices, une grande partie du film a aussi été ralentie en dessous du débit habituel de 24 images par seconde. C’est ce qui explique l’aspect saccadé, presque cartoonesque, de certains plans, mais aussi ce qui donne son charme à Fury Road.

Cerise sur le gâteau, la beauté de l’image est rehaussée par un traitement virtuose du son, qui a valu deux oscars au film. Les fans de handbanging ne seront pas insensibles à la bande originale, qui alterne métal, tambours et classique pour un rendu des plus épiques.

Mais la musique laisse souvent la place au silence, brisé par des bruitages étonnamment bien travaillés et, bien sûr, par le ronronnement des moteurs et le tonnerre des explosions, qui forment presque une mélodie à part entière. De quoi ravir les fans de tuning comme les ingés sons.

Lustré et chromé

Comme tout film de science-fiction post-apocalyptique qui se respecte, Fury Road met en scène une société dystopique, bâtie sur les ruines d’un monde dévasté. Et quel monde ! Des décors aux costumes en passant par le maquillage FX, tout forme un ensemble cohérent et détaillé, qui participe à faire vivre l’univers de Max.

Et cet univers est construit sur les ruines de l’ancien temps : les survivants ont recyclé ce qu’ils pouvaient, et bricolé avec les moyens du bord. Cette esthétique de la récup’ est particulièrement visible sur les 150 véhicules – entièrement fonctionnels – qui ont été fabriqués pour le tournage. Même la religion pratiquée par les fidèles d’Immortan Joe est fondée sur des bribes de vieilles croyances tordues et réinterprétées.

Le convoi de guerre d'Immortan JoeMad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.
Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.

Quant à la mise en scène, elle ne laisse rien au hasard. Rien du tout : avant même de plancher sur un scénario, Miller avait fait appel à plusieurs artistes pour créer un storyboard détaillé de 3 500 cases, soit pile poil le nombre de plans qu’on retrouve dans la version finale du film (à une vache près).

Le meilleur dans tout ça ? La grande majorité des trucages du film sont des effets pratiques, réalisés non pas sur fond vert, mais directement sur le tournage, grâce au travail de 150 cascadeurs·euses et de 1 700 techniciens·ennes, que l’on salue bien bas. Un réalisme rafraîchissant, qui rend les pirouettes des figurants beaucoup plus plausibles.

Il reste tout de même quelques effets numériques, mais ils sont si réussis qu’on leur pardonne aisément leur caractère virtuel. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on trouve de la poésie dans une voiture qui explose, emportée par une tempête de sable titanesque de laquelle jaillissent des éclairs.

Qui a tué le monde ?

Mais Fury Road n’est pas juste un gros blockbuster avec une jolie cinématographie et des décors convaincants. Sous les voitures, les cascades et les explosions, le film cache un propos résolument féministe.

La violence des hommes a tué le monde de Fury Road et continue à le détruire après l’apocalypse. Dans la Citadelle, Immortan Joe se sert de son monopole sur l’eau pour contrôler la population, et recréer une société patriarcale et capitaliste sur les cendres de celle qui existait déjà avant la chute – la nôtre.

Les femmes sont des « pondeuses », gardées dans un coffre fort, ou des vaches à lait (littéralement) dont le corps profite à des pseudo-vikings, qui prient sur l’autel de la voiture et louent le très saint V8 en espérant aller au Valhalla. Difficile de faire plus macho.

Et si les épouses d’Immortan Joe sont d’abord introduites comme de purs produits de male gaze, elles se révèlent vite courageuses et empathiques. Ce ne sont pas leur ventres ou les graines que leur confient les matriarches qui pourront faire renaître le monde : c’est leur humanité.

La course horizontale de ces femmes symbolise leur volonté de fuir le patriarcat, dans l’espoir de trouver un monde meilleur. Mais leur retour à la Citadelle n’est plus une fuite : c’est un combat contre la société créée par Immortan Joe.

Et si le tyran dominait son peuple du haut de sa forteresse, sa mort entraîne un changement des rapports de verticalité. Lorsque Furiosa et les épouses reviennent victorieuses à la Citadelle, elles s’élèvent sur la plateforme qui sert de pont-levis, et laissent monter le peuple avec elles. Une fin bien plus optimiste que celles des autres films de la saga Mad Max.

Mais Max n’est plus vraiment le héros de cette saga : Furiosa partage désormais ce titre, et c’est d’ailleurs elle qui sera au centre de l’opus suivant, un préquel qui porte son nom. Le futur est définitivement féminin.

Les épouses d'Immortan Joe et Furiosa.Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.
Mad Max: Fury Road © 2012 Warner Bros. Entertainment Inc.