Projet en gestation depuis plusieurs années, et adaptation du roman éponyme d’Andy Weir, Projet Dernière Chance, le nouveau film du duo de réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller (auteurs notamment de 21 et 22 Jump Street (2012/2014), La grande aventure Lego (2014) et scénaristes de la franchise d’animation Spider-Verse 2018-2027), est un trip spatial solitaire et bouleversant, avec un Ryan Gosling très touchant dans un rôle de scientifique peiné et introverti.

Imaginez-vous seul, perdu dans l’espace, dans un vaisseau fonçant à une vitesse faramineuse dans les confins de l’Univers, entouré de noirceur et de vide intersidéral. Sans aucun moyen de communication avec la planète Terre, à des années-lumière de distance. Le professeur de sciences Ryland Grace, interprété par Ryan Gosling, est envoyé en mission quasi-suicidaire, Le Project Hail Mary (en version originale), dans un autre système planétaire afin de récupérer des ressources pour pouvoir sauver toute vie sur Terre, alors que le Soleil se meurt à petit feu au contact d’un mystérieux micro-organisme spatial. Après un long coma artificiel, il se réveille à 12 années-lumière de la Terre, seul. Au cours de son périple, il va se lier d’amitié avec un extraterrestre.

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Lord et Miller s’emparent dans Projet Dernière Chance d’un genre largement traité et essoré dans l’histoire du cinéma, consistant à isoler un ou plusieurs astronautes dans l’espace : on pense notamment à Gravity (2013), Ad Astra (2019), ou encore Interstellar (2014), mais surtout à Seul sur Mars (2015), tiré d’un bouquin écrit également par Andy Weir, l’auteur de Project Hail Mary. Ryan Gosling n’en est pas à son premier coup d’essai, ayant campé le légendaire astronaute Neil Armstrong lors du premier voyage sur la Lune dans le long-métrage de Damien Chazelle, First Man (2018). Contrairement à d’autres films du même genre, le duo de réalisateurs opte pour un ton beaucoup plus léger dans un film de SF bourré d’humour et de tendresse. 

Project Hail Mary se concentre davantage sur le relation entre Ryland Grace et l’extraterrestre nommé “Rocky”, dans un effort de sauver leurs mondes respectifs, que sur le fait d’être spectaculaire. Le film possède ses beaux moments de bravoure, comme lors d’une impressionnante séquence en orbite autour de Tau Ceti, mais passe le plus clair de son temps à disséquer le personnage de Grace et sa relation avec Rocky. Si le film est long (2h40), il ne souffre que de peu de longueurs et ne paraît jamais vraiment indigeste.

En utilisant un récit non-linéaire, alternant entre temps présent avec Rocky et temps passé sur Terre où l’on comprend la genèse du projet, Lord et Miller construisent peu à peu un personnage torturé, solitaire et peinant à trouver sa place, qui ne ressemble en rien à un héros au départ : un simple professeur, timide, réservé, terrifié à l’idée de partir en mission suicide, pas du tout destiné et programmé pour de telles épreuves. Au fur et à mesure que ces dernières se dressent devant lui et Rocky, leur relation se solidifie, et les deux personnages, face à leur solitude, grandissent et trouvent du réconfort l’un grâce à l’autre. Sans aucun cynisme, Lord et Miller façonnent une expérience touchante, légère et émouvante, et ça fait du bien.