
Sorti à l’aube du XXIème siècle, Matrix, le long-métrage des sœurs Wachowski, est devenu un classique instantané, inspiré de l’animation japonaise et des films d’arts martiaux, entre autres. Aujourd’hui, il a toujours une influence énorme sur la scène vidéoludique et sur le reste du genre SF. Très philosophique, le film a également une portée éminemment visionnaire, et prend même encore plus de pertinence dans le virage qu’opère notre société aujourd’hui.
Programmeur informatique dans un service administratif le jour, Thomas Anderson devient Neo la nuit. Sous ce pseudonyme, il est l’un des pirates informatiques les plus recherchés du cyberespace. Naviguant entre deux mondes, Neo est assailli par d’étranges songes et des messages cryptés provenant d’un certain Morpheus. Ce dernier le pousse à aller au-delà des apparences et trouver réponse à la question qui le hante : la double vie qu’il mène est-elle bien réelle ? Qu’est-ce que la Matrice ?
C’est une question qui taraude les plus grands esprits scientifiques de la planète, et que l’on s’est tous déjà posé au moins une fois : et si la réalité dans laquelle nous vivons est en fait une gigantesque simulation ? Les sœurs Wachowski en font leur postulat de base dans Matrix, avec une intrigue très classique voire même usée jusqu’à la moelle (le voyage initiatique du héros et sa consécration, “l’Élu” qui doit sauver l’espèce humaine de l’emprise de l’intelligence artificielle et de la Matrice, etc.) mais redoutablement efficace dans sa mise en scène.
Matrix tire sa genèse de plusieurs sources d’inspiration différentes, en particulier le Neuromancien de William Gibson, ouvrage fondateur du mouvement cyberpunk. Outre ces influences notables, l’étonnante facilité avec laquelle le long-métrage parvient à mélanger les genres (le film débute comme un thriller noir, avant de basculer dans la post-apocalypse la plus pure tout en y injectant de l’action héritée du cinéma asiatique) est à souligner. Le reste du long-métrage est une gigantesque quête initiatique et messianique sur le développement personnel du protagoniste, thématique qui continuera à être développée dans les deux autres films de la trilogie. Neo est clairement érigé comme une déité et est filmé comme tel.

Plusieurs thèmes mythologiques et philosophiques sont convoqués par les sœurs Wachowski dans Matrix, comme l’allégorie de la caverne de Platon (l’être humain prend conscience qu’il est dans un monde sombre et déchiré, et tente de se libérer) ou encore le conte Alice au pays des Merveilles, avec le symbole du lapin blanc comme tatouage (“follow the white rabbit”). De multiples couches d’interprétation mythologiques et philosophiques donc, avec une conception du monde que questionne l’espèce humaine encore aujourd’hui, sur la notion de réalité et du libre arbitre.
Le questionnement sur l’intelligence artificielle et sa place grandissante prend également une tournure encore plus pertinente aujourd’hui, avec un Agent Smith (campé par un impeccable Hugo Weaving) terrifiant en vecteur de la Matrice. Avec des paroles glaçantes sur l’avènement de l’IA : “dès que nous avons commencé à penser à votre place, l’humanité est devenue notre civilisation.”
Mais Matrix est aussi et avant tout un pur blockbuster d’action, et les sœurs Wachowski s’amusent à rendre hommage au cinéma d’action asiatique avec des séquences plus jouissives les unes que les autres. En popularisant le bullet time, cette technique permettant de donner l’illusion d’une caméra se déplaçant à vitesse normale autour d’une action figée ou ralentie, le long-métrage des sœurs Wachowski s’offre quelques séquences cultes qui ont fait sa renommée, comme évidemment celle où Neo évite les balles sur un toit, ou encore quand Morpheus ou Neo s’affrontent dans un combat de kung-fu mémorable avec d’élégantes chorégraphies martiales.
Tout cela a permis à Matrix de construire sa mythologie, et d’en faire un film marquant, qui influence la pop culture depuis maintenant près de trente ans. Un film audacieux et pertinent, plus profond et philosophique qu’il n’y paraît.




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