Oxford, promo 2006.

C’est l’histoire d’Oliver, un étudiant assez solitaire qui peine à trouver sa place. Il se rapproche alors du séduisant aristocrate Felix, l’un des garçons les plus populaires de son université. Et, contre toute attente, ce dernier l’invite à passer l’été dans sa luxueuse propriété familiale, Saltburn.

Oliver découvre un monde auquel il n’a absolument pas l’habitude d’appartenir.

Un cadre idyllique.
Un immense château qui appartenait à Henri VII.
Une famille ultra-riche.
Des soirées complètement démesurées.
De l’alcool.
De la drogue.
Du sexe.

Bref, pour certains, le rêve absolu.
Mais pour lui, un été qu’il n’oubliera pas de sitôt.

Au début, tout semble parfait.

Sauf que, plus Oliver se rapproche de cette famille, plus quelque chose devient étrange. Parce qu’il ne cherche pas seulement à devenir leur ami… Il semble fasciné par eux. Un peu trop, même…

Et, petit à petit, les frontières entre admiration, désir, jalousie et obsession commencent à disparaître…

Le plus fou ?
Tu passes une grande partie du film à te demander qui manipule réellement qui. Et si tu penses avoir compris où va l’histoire, crois-moi, tu n’es pas prêt pour la suite…

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AUX ORIGINES DU FILM

Saltburn, sorti en 2023, est le deuxième long-métrage d’Emerald Fennell (le premier étant Promising Young Woman, sorti en 2020). Il s’inspire directement du roman Brideshead Revisited, de l’écrivain britannique Evelyn Waugh, publié en 1945.

Ce film fut d’abord présenté au 50e festival du film de Telluride et a bénéficié d’une sortie limitée sur le territoire américain avant d’être diffusé à grande échelle. Il est disponible en streaming sur Prime Video. Il a reçu de nombreuses nominations lors des Golden Globes et des BAFTA 2024.

Ce projet marque la première collaboration réunissant simultanément Emerald Fennell, Jacob Elordi (second rôle) et Margot Robbie (productrice). Et c’est précisément sur ce tournage que la réalisatrice a eu la révélation pour leur projet suivant, Hurlevent (2026).

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SOUS LE VERNIS

Saltburn oscille entre comédie dramatique, comédie noire et thriller psychologique. C’est une satire sociale exagérée qui explore l’obsession, le privilège, l’extravagance, l’excès à l’état pur et la décadence de l’aristocratie britannique à travers le regard d’un étudiant marginal. C’est plus encore qu’une lutte ou qu’un mépris de classe.

Le long-métrage montre Oliver (Barry Keoghan) comme un prédateur sinistre, voire un parasite. On ne sait plus si son désir pour Felix (Jacob Elordi) est l’envie d’être lui, de le consommer ou de le détruire. Il ne cherche pas seulement à renverser les riches, mais à s’approprier leur pouvoir par pur narcissisme et par souhait d’attention. Il entre, il fait des trous, il dévore tout de l’intérieur et rôde en tissant sa toile.

Grâce à Linus Sandgren (directeur de la photographie), Felix est transformé en un objet de désir absolu, majestueux, noble, inaccessible et quasi divin. La mise en scène utilise les plans, le cadre et la lumière pour le magnifier et rendre tangible l’obsession d’Oliver. Le format presque carré du film met en valeur la très grande taille de Jacob Elordi. Il domine constamment le cadre, il est le centre gravitationnel et n’est pas simplement filmé. La caméra adopte presque toujours le regard d’Oliver, et Felix se retrouve alors fétichisé. Elle s’attarde souvent sur des parties isolées de son corps : ses épaules, sa nuque, ses lèvres, ses poils, sa sueur.

Oliver est fréquemment placé en amorce du plan, de dos ou dans l’ombre, en train de regarder Felix, qui est, lui, dans la lumière. Une lumière chaude et solaire. Oliver est un papillon de nuit, attiré par une source de lumière incandescente : Felix.
Nous, spectateurs, sommes littéralement installés dans la position d’admirateur secret. Beaucoup de fenêtres, portes, miroirs et cadres sont utilisés dans la mise en scène pour créer cette sensation de voyeurisme. Le format presque carré du film agit comme un trou de serrure. Il accentue l’impression qu’Oliver et nous épions Félix, créant une intimité forcée et étouffante.

La famille Catton, quant à elle, incarne la richesse superficielle, complètement déconnectée de la réalité, qui consume et utilise les autres avant de les jeter. Et l’un des personnages phares de tout ça n’est autre que le château où se déroule une très grande partie de l’action. Il symbolise tout le pouvoir de cette famille et représente l’objet de toutes le convoitises d’Oliver.

Farleigh (Archie Madekwe), lui, incarne une critique acerbe des dynamiques de classe et du racisme systémique et passif, propre à la haute société aristocratique britannique. Il est un accessoire de mode pour le domaine de Saltburn. Son statut de jeune homme métis le maintient dans une position de marginalité constante. Le racisme qu’il subit n’est jamais frontal : il prend la forme de remarques condescendantes et de rappels constants de son « altérité » (origines américaines ; Sir James Catton, son oncle, le contrôle en lui coupant ou en lui accordant ses vivres selon son bon vouloir). Ce rapport de force montre que, malgré ses liens de sang, Farleigh est traité comme un éternel obligé qui doit constamment prouver sa valeur et sa soumission pour ne pas être rejeté.

Le film mise sur une esthétique somptueuse, détestable et une bande-son pop marquante pour enivrer le spectateur. Il est construit en cinq parties : Oxford, Saltburn, l’anniversaire d’Oliver, la soirée d’anniversaire, puis vient l’après.

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CE QU’IL M’EN RESTE

Ce film, aussi choquant soit-il, même volontairement choquant, a divisé la critique. Mais, selon moi, il est l’un des plus beaux de l’année 2023. Les acteurices incarnent merveilleusement bien leurs personnages. Les images sont magnifiques. Les plans sont mémorables. Les couleurs, très saturées, donnent des visuels extrêmement prenants.

Le monologue de fin d’Oliver est admirablement interprété. En revanche, j’estime que les images sont trop explicites, ce qui est légèrement regrettable. Tout n’était pas nécessaire. J’aurais aimé avoir une fin plus ouverte, pour laisser place à l’imaginaire de chacun quant au déroulement du plan d’Oliver.

Si tu aimes les films qui te mettent mal à l’aise tout en étant absolument magnifiques visuellement, celui-là pourrait vraiment te plaire.

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DANS LES COULISSES DE SALTBURN

Voici quelques secrets de tournage… Pour en découvrir plus, rendez-vous le jeudi 1er octobre 2026 à 18h45 sur mon compte Instagram (@laurianneeu) !

  • À l’origine, Timothée Chalamet était pressenti pour jouer le rôle d’Oliver Quick. Mais étant très pris par le tournage de Wonka (2023), Jacob Elordi aurait suggéré Barry Keoghan à Emerald Fennell.
  • La propriété utilisée dans le film existe réellement. La Drayton House se trouve dans le comté de Northamptonshire en Angleterre et date des environs de l’an 1300. Elle n’avait encore jamais été utilisée pour un film – Emerald Fennell cherchait un lieu qui donne au spectateur la même impression qu’Oliver : celle de découvrir quelque chose de secret et d’inaccessible.
  • Rosamund Pike a réellement vécu dans le manoir durant toute la durée du tournage. Elle a alors pu totalement s’imprégner de son rôle de Lady Elspeth Catton.

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UN FESTIN DE RÉFÉRENCES

Voici plusieurs références musicales présentes dans le film, par ordre chronologique, qui valent le détour :

  • Bande originale du film, Anthony Willis (deuxième collaboration sur trois avec Emerald Fennell).
  • Zadok the Priest, George Frideric Handel.
  • Have a Cheeky Christmas, The Cheeky Girls.
  • No Cars Go, Arcade Fire.
  • Sound of the Underground, Girls Aloud.
  • Destroy Everything You Touch, Ladytron.
  • Hang Me Up to Dry, Cold War Kids.
  • This Modern Love, Bloc Party.
  • Satisfaction, Benny Benassi & The Biz.
  • Time to Pretend, MGMT.
  • Low, Flo Rida feat. T-Pain.
  • Rent, Pet Shop Boys.
  • You’re Gorgeous, Babybird.
  • Mr. Brightside, The Killers.
  • Perfect (Exceeder), Mason vs Princess Superstar.
  • Loneliness (Klub Cut), Tomcraft.
  • Lord of All Hopefulness, York Minster Choir.
  • Murder on the Dancefloor, Sophie Ellis-Bextor.

D’autres références à l’histoire de l’art, à la mythologie et à la littérature :

  • Le Caravage et le ténébrisme (style de peinture d’art).
  • Ophelia, John Everett Millais (le préraphaélisme, mouvement artistique).
  • Thomas Gainsborough et son portrait traditionnel britannique.
  • Les natures mortes inversées de la Renaissance.
  • Le Jardin des délices, Jérôme Bosch.
  • Thésée, le Minotaure et le labyrinthe.
  • Icare et Dédale.
  • Méduse et Persée.
  • Le Songe d’une nuit d’été, Shakespeare.
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« Mais… les accidents existent-ils vraiment ?
Je ne sais pas.
Les accidents sont pour les gens comme vous. Mais pour nous, il y a le travail. Et contrairement à vous, moi, je sais travailler.
Je n’étais pas amoureux de lui. Tout le monde le croyait. Mais non. Je l’aimais. Je l’aimais. Je l’aimais. Dieu, que je l’aimais. Mais parfois… Je… Je le détestais. Je le détestais. Oui, je le détestais. Je vous détestais tous. Et vous m’avez tellement facilité la tâche. »

– Oliver Quick