
Alejandro G. Iñárritu revient au grand écran 11 ans après The Revenant (2015) avec un casting 5 étoiles ! Tom Cruise en tête d’affiche dans un rôle de milliardaire extravagant : que vaut le retour de la star à un vrai rôle (oscarisable) ?
Après les succès critiques de Birdman (2014), The Revenant (2015) et Bardo (2022 exclue Netflix), Alejandro Gonzalez Iñárritu revient avec un film énigmatique. Vendu par les bandes-annonces comme un genre de farce autour d’un milliardaire excentrique, le film se déploie en réalité bien au-delà de ce simple cadre. Si bien, qu’il est impossible de rédiger une véritable critique du film sans spoiler… C’est pourquoi, il y aura ici une première partie sans spoiler et une deuxième partie avec dans cet article.
Un grand film d’acteur et un immense Tom Cruise
La première chose qui saute aux yeux devant Digger est à quel point l’ensemble de ses acteurs brillent tout au long du film. John Goodman en président des États-Unis est absolument excellent, Riz Ahmed touche d’une justesse extrême dans son rôle ambiguë de scientifique qui travaille tout de même dans une boîte qui détruit la planète et surtout Tom Cruise…
Cela fait longtemps que l’on avait pas vu Tom Cruise vraiment jouer un rôle pour le cinéma. En effet, lorsque l’on regarde sa filmographie, il est possible de la décomposer en 3 phases :
- Son début de carrière où il n’incarne que des jeunes hommes beau gosse au sourire enchanteur,
- Un âge d’or (artistique) où il multiplie les rôle de compositions auprès de grands réalisateurs,
- Un âge d’or (financier) où il multiplie les rôles de films d’action sans grande demande de jeu d’acteur.
Et cet âge d’or financier s’étend tout de même de 2010 avec Night and Day à aujourd’hui avec les derniers Mission Impossible… Sauf qu’avec Digger, Tom Cruise est peut-être en train d’amorcer le début d’une 4ème phase, celle d’un retour à l’artistique loin des cabrioles, car au-delà d’être un fantastique cascadeur de l’extrême, Tom Cruise était et reste encore un magnifique acteur !

Une satire déjà dépassée…
Durant toute la première partie du film, on suit « Digger » un riche milliardaire, un héritier qui se vante de creuser alors qu‘il n’a en réalité jamais tenu une pelle de sa vie et que son arrière grand père a eu, un jour, la chance de trouver du pétrole en creusant… Depuis la fortune se transmet de père en fils, chacun mettant en avant son propre travail acharné et rappelant la glorieuse lignée dont ils font partie.
Cet entrepreneur, donc, possède des carrières de pétroles au Groenland qu’il exploite jusqu’à ce qu’un immense morceau de banquise se décroche, flotte vers l’Europe et menace d’engloutir sous un tsunami la moitié de la scandinavie…
Les scènes ubuesques avec un président décérébré, des militaires fous de la gâchette et des milliardaires qui n’écoutent rien des scientifiques pour gérer la catastrophe écologique à venir se succèdent durant une grosse demi-heure, mais le gros « problème » de ces scènes est qu’elles semblent aujourd’hui déjà bien dépassées… Les personnages auxquels elles font références sont d’ores et déjà plus fous que dans la satire présentée… MAIS !

… mais c’est du génie [SPOILER]
Il est impossible d’expliquer pourquoi cette satire « ratée » ne l’est en fait pas du tout sans spoiler un élément majeur du film que la communication a pris grand soin de cacher dans les bandes-annonces, donc à partir de là : ça spoile.
Ce que l’on pense être un film à la base est en réalité une pièce de théâtre. Tom Cruise incarne en fait un acteur qui joue un personnage de milliardaire excentrique dans une pièce de théâtre et ce sont précisément les scènes en dehors du plateau qui viennent mettre en avant le sous texte du film : « A quoi sert l’art ? »
Nous ne spoilerons pas plus que cela car d’autres révélations, notamment vers la fin, viennent étayer cette réflexion, mais c’est un point crucial du film qui jongle constamment entre « la réalité » et « la fiction » grâce à une mise en abime coutumière d’Iñárritu. En effet, il est très facile de dresser des ponts entre Digger et Birdman (2014) tant les 2 films semblent incarner les deux faces d’une même pièce.
Tous deux ont fait ressurgir un acteur à la lumière (Michael Keaton dans l’un qui ne faisait plus de films ou presque, et Tom Cruise dans l’autre qui sort enfin de son registre d’action), tous deux utilisent le théâtre pour remettre en question la réalité et la place de l’art, et tous deux jouent habilement avec les codes du cinéma pour nous tromper. Le seul véritable point noir dans ce tableau de maître se trouve dans 10 minutes du dernier acte où un personnage vient globalement expliquer tout le film… C’est dommage…

Digger est un excellent film ! Que ce soit par sa réalisation soignée, sa superbe photographie ou le talent de ses acteurs, Iñárritu ne déçoit absolument pas avec ce nouveau long-métrage dans la droite lignée de Birdman. Il est aujourd’hui trop tôt pour décrypter les nombreuses couches de lectures qui se cachent derrière chaque ligne, chaque décors, mais nulle doute qu’il occupera une grande place dans l’ère du « cinéma trumpien » (qui critique ouvertement l’Amérique de Donald Trump) avec des films comme Une bataille après l’autre ou Eddington.




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