
Les home stories dont le titre fait allusion correspondent bien à un procédé commun dans la téléréalité. On découvre le participant au concours de chant, on apprend d’où il vient, sa famille, ses amis, ses rêves (et, bien évidemment, comment la production est déterminante pour les réaliser). Parce que, comme la jeune Léa (Frida Hornemann) l’apprend lors de sa présélection pour un télé-crochet qui est juste assez différent de La plus belle voix pour éviter des soucis de droits, son talent n’est pas suffisant. Il faut donner aux spectateurs quelque chose auquel s’accrocher, pour qu’ils souhaitent sa réussite. Le problème est qu’elle a très peu à dire. D’un côté, elle n’a que 16 ans. De l’autre, même si les soucis inhérents à l’âge ingrat n’étaient pas suffisants, sa famille paternelle est en pleine crise.
On pourrait recommencer. Éloignée de sa mère Rieke (Gina Henkel), qui ne soutient pas les ambitions musicales de sa fille, Léa quitte la maison où celle-ci, enceinte du directeur de son lycée (Florian Lukas), habite avec son petit frère, et déménage avec son père Matze (Max Riemelt), qui la soutient tellement qu’il dépose la candidature de sa fille pour le télé-crochet. Impossible alors de montrer le foyer familial ni le lycée. Il ne reste alors que l’hôtel des grands-parents paternels, Friedrich (Peter René Lüdicke) et Christel (Rahel Ohm), où la famille — qui continue d’accueillir la mère des enfants de Matze — continue à faire des repas et à faire des points en commun, même s’il y en a de moins en moins. Là, elle a aussi sa tante Kati (Eva Löbau), dont la restauration du Residenzschloss de la ville (ancien palais et ancienne usine) est proche de finir. Le lieu réunit ainsi trois générations : la matriarche y travaillait en tant qu’ouvrière et la fille organisa la restauration, avec le soutien de la nièce en tant que stagiaire. Et, pourtant, Léa refuse aussi de montrer ce lieu.
Jusqu’à ce moment, on peut bien croire que Léa est le personnage principal, celle qui observe le nid familial et essaye de trouver sa place à elle. Mais le film n’hésite pas à s’éloigner d’elle. On voit Matze qui essaie d’aider ses parents et de naviguer dans ses rapports avec Rieke, dont la séparation des corps n’a pas réduit la relation au simple coparentage. On peut imaginer que Léa leur en veut, mais elle a d’autres choses à considérer. On voit Kati essayer de mener à terme son projet, malgré la résistance de son fils et le scepticisme maternel. Sa mère et son fils, d’une façon ou d’une autre, mettent Kati en représentation d’une ancienne Allemagne de l’Est qui essaye de faire compte avec son passé tout en faisant face à la réalité des promesses qui, une trentaine d’années après la chute du Mur, n’ont pas abouti telles que prévues. Puis, on ne peut pas oublier Christel, auparavant si fière de son indépendance et qui voit le déclin de son hôtel en même temps que celui de sa famille. Jadis matriarche incontestée, elle est désormais réduite à la mamie qui dit des trucs ringards sur l’est, ce qui n’est pas idéal pour sa fille qui veut continuer un travail de réconciliation historique parmi la ligne officielle, ou pour sa petite-fille qui veut être une participante de télé-réalité parmi les autres.
On ne peut donc pas dire que Home Stories est un film vide. Il a beaucoup de choses à dire. Le problème, c’est qu’il a possiblement trop de choses à dire. Certes, on sort avec un portrait complet de cette famille, ses désirs, ses songes, ses désillusions et ses espoirs, mais on peut oublier pourquoi est-ce qu’on voit cette famille. Pire, c’est Léa, le personnage dont la trajectoire prend un tournant, qui perd en importance, au point que son élimination du télé-crochet est loin d’être le climax du film. Voir tant de personnages mener leurs propres histoires finit par diluer les liens qui les tissent ensemble. Il faut voir ces liens. Il faut voir comment une fille n’en peut plus d’aucun de ses parents. Il faut voir comment ces liens ont été perdus, pas seulement le constater lors d’une dispute. Il faut parfois se centrer sur un arbre parmi la forêt, et à travers celui-ci, faire tous les constats.

25 ans après le premier Loft Story, nous savons très bien que la télé-réalité est plus proche de son préfixe que de son radical. Dans ce cas, on apprécie l’intention de Trobisch pour son deuxième long métrage : face à un format qui présente des récits spécifiques à travers un montage (qu’on peut, du coup, apprécier à la fin du film). On montre une réalité de façon autant objective que possible. Le risque est de se perdre. C’est Léa qui décide quel sera le montage final, et si on pourrait croire que sa résistance lui a coûté l’opportunité de continuer d’avancer dans le télé-crochet, la fin contredit la possibilité. Il n’est plus si important de la voir avancer, essayer de se construire. Précisément, ce sont Kati et Christel qui nous donnent la fresque historique et comment elle se reflète dans cette famille. Léa et son rêve d’étoile perdent en puissance, au point que le montage final, censé être l’aboutissement de tout ce qu’on a vu, ressemble plus à une coda qu’on avait presque oubliée. Pourtant, la mélancolie inspirée par le décalage entre les réalités avec et sans préfixe est palpable. Comme les plans larges de cette famille, qui n’arrive pas à exister en dehors d’un lieu voué, malgré ses meilleurs efforts, à la disparition.




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