« Si je m’adresse à tous les élèves de troisième, c’est parce que je veux pas qu’il y ait de malentendu. Je m’appelle Otto Vidal, j’ai 14 ans et quand vous lirez cette lettre je serai déjà mort. C’était la seule chose à faire. Parce que la mort c’est juste une fois, et la vie c’est tous les jours…« 

Otto Vidal, brillamment interprété par Milo Machado-Graner (révélé dans Anatomie d’une chute en 2023), entame le film en voix off, lisant sa lettre d’adieu au monde des vivants. Bien déterminé à mourir, allant même jusqu’à poster sa lettre en plusieurs dizaines d’exemplaires à tous ses camarades de classes. Mais Otto ne parvient pas à franchir le pas… S’il ne choisit pas de quitter le monde, il décide néanmoins de quitter sa vie, son quotidien et ses angoisses d’adolescent isolé et harcelé. Otto disparaît de la circulation, un avis de recherche est publié dans les journaux et à la télé, sa photo d’écolier est visible partout dans les rues… Pendant que tout le monde le croit mort, il erre comme un fantôme, comme entre deux mondes, pas encore tout à fait décidé dans lequel poursuivre
son chemin… On a l’impression d’être dans un songe, ni un cauchemar ni vraiment un rêve, mais tout dans la mise en scène suppose des instants suspendus, oniriques, parfois à la limite du fantastique.

Après plusieurs jours d’errance dans des lieux abandonnés, Léna (Jane Beever, révélation du film), une fille de son lycée finit par croiser Otto une nuit en train de déambuler dans les
rues de la ville, c’est ici que tout commence.

Adieu monde cruel est un film très fort et doté d’une immense tendresse pour ses personnages. Un coming-of-age movie singulier, poétique, narré par la douce voix de
Françoise Lebrun.

Félix de Givry ne cache pas avoir été très influencé par la Nouvelle Vague à laquelle il rend nettement hommage dans son premier long-métrage en tant que réalisateur. De par le grain de l’image d’abord, ses couleurs désaturées et ses plans souvent plongés dans la pénombre, mais aussi par son casting : Il choisit Françoise Lebrun (La Maman et la Putain (1973)) comme narratrice, grande comédienne emblématique de la période. De Givry cite les premiers films fondateurs du mouvement, principalement Les Quatre Cents Coups (1959), premier long-métrage de François Truffaut, et son récit centré autour du fameux Antoine Doinel, adolescent du même âge. La musique du film joue aussi un rôle essentiel dans la citation avec des mélodies un peu datées pour nous (re)plonger dans les années 1950 / 1960… Adieu monde cruel possède malgré tout son identité propre, des personnages qui impriment la rétine et une histoire simple, plutôt minimaliste, mais d’une redoutable efficacité ! On est immédiatement pris dans ce récit à la fois tragique et poétique, duquel se dégage une grande douceur.

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Entre réalisme et rêverie, Félix de Givry signe un premier long-métrage d’une rare délicatesse, qui traite d’un sujet profondément grave avec une infinie pudeur. Adieu monde cruel est moins un film sur la mort qu’un film sur ce qui nous rattache à la vie. Un film lumineux sur les secondes chances, qui rappelle qu’il suffit parfois d’une rencontre pour retrouver l’envie de vivre.